Andrea SEKI – Son Atlantel

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Andrea SEKI – Son Atlantel
(Coop Breizh)

andrea-seki-son-atlantelLa renaissance de la harpe celtique ayant déjà été activée par qui vous savez, il restait à amorcer la renaissance de la harpe atlantique. Andrea SEKI était un candidat tout trouvé pour ce faire, lui qui a arpenté le littoral de l’Europe atlantique, de l’Irlande à la Galice en passant par l’Écosse et le Bretagne, où il a élu domicile.

Ce musicien d’origine sarde avait auparavant versé dans la musique modale médiévale et de la Renaissance (prédestination, quand tu nous tiens !) et dans la musique indo-européenne, tâtant du luth et du sitar. Et en 1995, une rencontre avec un certain Alan STIVELL l’a définitivement converti – allez savoir pourquoi ! – à la harpe celtique, et même à d’autres harpes (la « Clairseach » gaélique, la harpe électroacoustique, la harpe éolienne…).

Parti d’un premier album expérimental dès ses 18 ans (A Profanation of Art, tout un programme !), Andrea SEKI a poursuivi son activité musicale au sein de l’ELFIC CIRCLE, une association de musiciens avec laquelle il a enregistré deux disques. Son précédent album chez Coop Breizh, Through the Passage (2010), semble être passé un peu trop loin de nos phares, mais Son Atlantel a pris soin de se rapprocher de notre champ de vision (et d’écoute).

Bénéficiant d’une production léchée, ce disque révèle, s’il fallait encore le faire, un harpeur-pélerin pleinement inspiré par ses contemplations du paysage maritime au large du rocher armoricain, et plus précisément les falaises du Cap-Sizun, auxquelles sont dédiées les deux volets de la suite Feunteun Aod. Le caractère limpide et la nature liquide des notes de SEKI dessinent l’un des moments de grâce qui ne se goûtent que dans le recueillement intime. L’oreille avertie y trouvera des échos forcément stivelliens, eu égard au penchant prononcé de SEKI pour la recherche sonore, manifeste dans les harpes utilisées ou dans les incursions de boucles liquides, de voix à la cantonade, de drapés de percussions (merci David HOPKINS, très présent sur ce disque !), etc., dans la palette de couleurs de plusieurs compositions (le morceau éponyme, Sentier secret, Windy Hills…). Pour un peu, ce disque aurait pu être intitulé « The Mist of Atlantel », ou « Au-delà des vagues (de mots) » que ça n’aurait pas gêné grand-monde.

Singulièrement, la fascination qu’a exercé sur Andrea SEKI les côtes atlantiques l’a conduit à suivre aussi les chemins vicinaux de la musique indo-européenne. Et si jamais vous vous demandez comment on peut atteindre la vallée de l’Indus par l’Atlantique, écoutez donc Raga de la pluie ou la Suite indo-armoricaine. Ici et là, la contribution de Fabrice de GRAEF à la flûte bansuri réduit forcément les distances… Et quand les rayons lunaires sont mis en relief par des traitements électroniques et réveillent une voix lutine (Luna Atlantika), c’est toujours avec finesse.

Andrea SEKI est aussi un magicien, puisqu’il est capable de ressusciter des voix bretonnes mythiques que l’on croyait terrées à jamais dans un hameau hors d’atteinte. C’est ainsi que l’on retrouve, non sans frisson, celle de Kristen NIKOLAS, dans un rusticité sublime qui éblouie, accompagnée par quelques autres voix du cru, la route des vents solaires. La surprise est d’autant plus grande que la gwerz Solar Wind’s Road est présentée comme un « bonus track », alors qu’elle est aussi une belle conclusion, ou un débarquement consécutif, à cette escapade océanique certes surtout instrumentale. En fait, c’est plutôt Morning Star, seule autre chanson et deuxième plage de l’album, qui jure un peu dans ce contexte.

Mais le reste du temps, aucune avarie matérielle ne vient gâcher cette expédition maritime dont les enivrants clapotis résonnent sous la lune comme sous le soleil, et que les mots de l’illustre harpeur MYRDHYN, dans le livret, place sous des vents auspicieux.

Le capitaine Andrea SEKI sait faire bien mieux que mener sa barque : avec Son Atlantel, il a pris le contrôle d’un vaisseau amiral !

Site : https://www.facebook.com/andrea.seki

Label : www.coop-breizh.com

Stéphane Fougère

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