Anthony PHILLIPS – Archive Collection Volume I & Volume II

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Anthony PHILLIPS – Archive Collection Volume I & Volume II
(Cherry Red Records)

Voici la nouvelle « boîte à musique » d’Anthony PHILLIPS. Elle propose cinq CD et poursuit la politique de rééditions de son catalogue menée par le label anglais Cherry Red, en s’intéressant ici aux deux volumes des Archive Collection parus sur Blueprint en 1998 et en 2004. Le Volume I (CD 1 et 2) et le Volume II (CD 3 et 4) sont des documents précieux et essentiels proposant un grand nombre de trésors, d’inédits, de démos, de versions alternatives (par exemple, le titre Promenade qui figurait  sur une obscure compilation, Double Exposure, en 1987 sur le label No Man’s Land), ou de versions instrumentales (notamment plusieurs titres des albums Sides et Invisible Men).

C’est particulièrement émouvant de pouvoir redécouvrir des pièces datant de la fin des années 1960 (époque où il jouait encore avec GENESIS) ou d’autres composées et jouées parfois avec son ami Mike RUTHERFORD ; ce-dernier est très présent sur des démos de 1969 ou des prises de 1974-1975 pour des titres qui vont figurer sur The Geese & The Ghost.

Sur le CD 1, les amateurs de GENESIS seront amusés par une superbe démo jouée uniquement à la guitare et datant de 1969, F Sharp, où ils reconnaitront les prémices de ce qui allait devenir The Musical Box.  Il y a également sur le CD 3, ce Scottish Suite II constitué de huit parties totalement inédites (seul, le premier titre au piano Leaping Leap se transformera en Salmon Leap dans une « band version » plus prog, pour intégrer la véritable Scottish Suite de l’album Back to the Pavilion). Composée initialement pour un projet voulant combiner musique et dialogues de SHAKESPEARE et enregistrée entre 1973 et 1976 à Send Barns et aux Olympic Studios, cette suite, où figurent Mike RUTHERFORD, Andy McCULLOCH et Ralf BERNASCONE, n’a rien à voir avec la version définitive de 1980. C’est impressionnant même si nous préférons la version sur Back to the Pavilion qui est plus aboutie et cohérente.  

Ces archives proposent tellement de documents sonores historiques qu’il faut de nombreuses écoutes pour apprécier le contenu.  Les fans de son premier disque peuvent  découvrir une belle version alternative de 1975 de la chanson God If I Saw Her Now  chantée par PHILIPPS lui-même (sur l’album, cette fonction incombe superbement à Phil COLLINS) et Vic McAULIFFE. Il y a aussi cette poignante version instrumentale de Master of Time de 1973 (une autre très belle chanson qui figure  en « bonus track » sur The Geese & The Ghost). Notez bien que ces deux derniers exemples complètent le CD 2 et font partie de la dizaine d’inédits qui paraissent pour cette occasion. 

Parmi ceux-ci, nous entendons par exemple la chanson Lucy : An Illusion provenant d’un enregistrement de mars 1978 (pour rappel, la version figurant en bonus sur Back to the Pavilion a été enregistrée en 1990), une version « guitars only mix » de Henry Goes to War de 1975, une prise orchestrale de Regrets de 1977 ou une version instrumentale de Greenhouse qui nous ramène au temps de son deuxième album Wise After the Event (1978). Et, même ses débuts avec son groupe ANON ne sont pas oubliés avec, pour clore le deuxième CD, une démo de 1966 (Pennsylvania Flickhouse) qui était auparavant sortie sur un disque du fan-club allemand de GENESIS.

Archive Collection met en évidence, d’une manière encore plus prononcée que d’habitude, l’extrême variété des musiques de PHILLIPS (n’oublions pas qu’il est un incroyable multi-instrumentiste). De même, il n’y a pas d’ordre chronologique dans la présentation des titres. Ce qui implique que nous pouvons passer d’un titre joué uniquement au piano, au synthétiseur (sa « library music », les pièces pour Tarka) ou à la guitare 12 cordes à d’autres compositions demandant la présence d’un véritable groupe (les années Sides et Invisible Men où PHILLIPS côtoyait des musiciens comme Michael GILES, Jeff DUNNE ou Richard SCOTT). 

Imaginez donc les changements d’ambiances possibles. C’est assez fascinant, car en tant qu’auditeur, au niveau de l’écoute, c’est un sacré challenge. Il est certain aussi que cela puisse s’avérer être une expérience déroutante et incompréhensible pour les plus frileux ; ce n’est effectivement pas du tout évident.

Prenons au hasard quelques exemples : d’abord sur le CD 1, nous passons de Exocet (album Invisible Men), en mode instrumental très prog-rock avec beaucoup de sons de claviers et de guitare électrique à une pièce intimiste à la guitare classique de 1978 intitulée Study in G.

Sur le CD 2, après toute une série de titres à la guitare (les fameuses démos de 1969, F Sharp, The Geese & The Ghost, F Sharp 2 ainsi que Rowey Reprise de 1972), nous abordons d’autres territoires sonores mettant en avant les synthés (Slow Dance – Single Demo) et le très court The Burn-Out Cattle Truck Hits the Road, pour finir avec l’instrumental rock et diablement rythmé The Women Were Watching. 

Sur le CD 3, après un titre bien eighties Sally avec Richard SCOTT au « Roland 808 Drum Machine », il y a une petite démo au piano de 1971, une autre à la guitare de 1973 puis une « library piece » de 1979 offrant des claviers féériques et oniriques. 

Sur le CD 4, après trois morceaux à la guitare acoustique datant de 1981 (Prelude # 1, Siesta, Bubble & Squeak), nous enchaînons directement avec une version instrumentale (guitare, claviers, boite à rythmes) d’un autre titre de Invisible Men intitulé Guru, toujours avec son complice de l’époque, Richard SCOTT.

Voilà donc une parfaite représentation de l’univers musical de PHILLIPS, qui est un musicien capable d’aborder tous les genres (néo-classique, chansons folk-rock / prog-rock, musique synthétique ou  plus orchestrale). De sa musique, quelle soit acoustique, intimiste à la SATIE ou plus pop-rock, émane cette même impression de pureté et de simplicité dépouillée à l’extrême. L’essence de sa musique est animée de couleurs automnales, d’une mélancolie raffinée d’un autre temps sans être également non dénuée d’un côté kitch drôle et charmant lorsqu’elle aborde des sons plus eighties (Invisible Men en est le plus bel exemple).

Le dernier CD propose 57 minutes de musique inédite avec The Masquerade Tapes (en rapport avec le livre de Kit WILLIAMS), soit quinze pièces majoritairement instrumentales, enregistrées en 1980, 1981 et 1983, pour des projets de spectacles musicaux (dont Alice).

À dire vrai, ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux. De tout ce matériel mis de côté pendant toutes ces années, PHILLIPS gardera deux pièces qu’il réenregistrera au piano pour son album Ivory Moon : Tara’s Theme et Moonfall (présentée ici sous la forme d’une émouvante chanson, The Moon’s Lament for the Sun, interprétée par la regrettée Lindsey MOORE). 

Parmi des morceaux assez ennuyeux au piano ou à la guitare, heureusement, il y a quelques beaux moments comme les premiers titres (Overture, Moon) qui sont assez proches de l’esprit de l’album 1984, où PHILLIPS utilise notamment des instruments comme le polymoog et le ARP 2600. 
Sun reste sans hésitation le plus beau titre de ce CD : la guitare classique puis les envolées de claviers sont du plus bel effet. Masque Moon au piano est très émouvant de sobriété et le dernier titre, Only a Dream, avec cette rencontre entre la guitare classique et une boite à rythmes, annonce tout simplement un album comme A Catch at the Tables.

Cette box est vraiment un pur régal pour ceux qui ne connaissaient pas ces Archive Collection.  C’est un voyage unique de découvertes sonores, de mélancolie et de rêverie avec ici une centaine de titres dont plus d’une vingtaine d’inédits. Ce document est une merveille essentielle pour les fans appréciant cet artiste attachant et discret.

De même, ces nombreuses pépites sont richement détaillées dans un épais livret et, après avoir lu ces notes, vous deviendrez probablement incollables au sujet de sa longue discographie et de son travail réalisé seul ou avec d’autres musiciens (de Mike RUTHERFORD dans les années 1970 à Richard SCOTT au début des années 1980).

Cédrick Pesqué

Label : Cherry Red Records

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