Anthony PHILLIPS – Private Parts & Pieces I-IV

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Anthony PHILLIPS – Private Parts & Pieces I-IV
(Cherry Red Records)

anthony-phillips-private-parts-and-pieces-I-IVIl y a quelques semaines, nous avons eu la surprise de voir ce box set  orchestré par le label Cherry Red Records, et qui regroupe les quatre premiers volumes de la série Private Parts & Pieces qui compte aujourd’hui onze volumes. Nous retrouvons ces albums avec les bonus tracks, des inédits et diverses prises, versions alternatives ou démos (au total, quinze bonus dont la démo de Siver Song enregistrée en 1986 sur P. P. & P. vol.1, ou Theme from Operation Whale, une pièce pour guitare de 1980 pour un film de Greenpeace sur P. P. & P. vol.4), qui étaient parus lors des précédentes campagnes de rééditions du catalogue d’Anthony PHILLIPS menées par Virgin et Voiceprint Records dans les années 1990 et 2000.

A côté des albums Wise After the Event (1978), Sides (1979), 1984 (1981) ou Invisible Men (1983), où Anthony était accompagné de musiciens réguliers, les P. P. & P. sont généralement des albums où Anthony est seul (volumes 1, 2 et 4), interprétant des pièces au piano ou à la guitare. A l’instar des deux volumes de Archive Collection parus en 1998 et 2004, ils ont l’allure de compilations mais sans en être véritablement. Il faut les considérer comme des albums à part entière puisqu’ils ne proposent que des pièces inédites majoritairement instrumentales, composées à différentes périodes, entre le début des années 1970 après son départ de GENESIS et le début des années 1980 ; cela nous permet à la fois d’entendre des compositions historiques, une vieille chanson comme Lucy: an Illusion sur le volume 2 ou une pièce instrumentale comme Stranger sur le premier volume, toutes deux écrites en 1969 (donc à l’époque où il était avec GENESIS) et enregistrées bien des années plus tard, mais également du matériel accumulé au fil des années, parfois prévu pour les albums auparavant cités mais écarté au dernier moment.

Ce box set a pour vocation de redécouvrir ces disques sortis entre 1978 et 1984, et de s’immerger dans un univers à l’ambiance particulière, indéfinissable, insaisissable. C’est comme si nous étions hors du temps. C’est l’aspect acoustique et classique de la musique d’Anthony qui est mis en avant à quelques exceptions près. Que ce soit à travers la guitare classique, le piano ou l’harmonium, c’est la beauté d’un autre monde, d’une Angleterre d’une autre époque qui se reflète ici. C’est majestueux, élégant, mélancolique, tendrement romantique. C’est une musique d’un passé révolu (la période Send Barns, son home studio, installé dans la maison de ses parents dans le Surrey), ce qui la rend encore plus émouvante aujourd’hui.

Sur le premier volume, sous titré A Collection of Guitar and Piano Solos, Duets and Ensembles, 1972-1976 (dont il était question qu’il paraisse sur le label de Brian ENO mais son objectif étant de sortir uniquement de l’ambient music, ENO n’a pas été intéressé par un album de guitare classique), Anthony offre d’exquises pièces à la guitare ( notamment à  la guitare à douze cordes) avec Field of Eternity, Tibetan Yak Music, Reaper, Flamingo ou Lullaby- Old Father Time (un quartet de guitares à six et douze cordes) mais aussi joue de l’harmonium (Harmonium in the Dust ou Harmonium Stratosphere, composée en 1974). Nous sommes facilement transportés ailleurs à l’écoute de compositions datant de 1969, 1972 (enregistrées quatre ans plus tard) et surtout de 1976.

Le volume suivant, Back to the Pavilion, est paru en 1980 et propose vingt titres composés entre le début des années 1970 (le titre éponyme par exemple date de 1972) et 1979 avec une importance donnée à la période 1977-1978. Outre un flamboyant Scottish Suite avec la participation de Mike RUTHERFORD et Andy McCULLOCH (qui résonne comme du bon vieux GENESIS), il y a de superbes pièces au piano (Lindsay-1979, Magic Garden émouvante pièce de 1977) témoignant du fait que PHILLIPS est un digne héritier de SATIE.  Nous retrouvons bien entendu des titres joués à la guitare comme Spring Meeting, Nocturne, Will O’ the Wisp datant de 1978. Il y a deux duos très courts, Tremulous avec Mel COLLINS à la flûte , Von Runkel’s Yorker Music entre Anthony (sitar) et Rob PHILLIPS (hautbois), puis une autre pièce de 1977 avec sa formation de l’époque comprenant Michael GILES, John G. PERRY et Rupert HINE intitulée Romany’s Aria. N’oublions pas de citer quelques pépites comme l’énigmatique K2 (1979), une improvisation au polymoog et à  l’ARP 2600 de presque neuf minutes, Heavens (1978), une autre impro bouleversante au polymoog ou de charmantes petites chansons comme I Saw You Today et Lucy: an Illusion.

Le volume 3, Antiques – A Collection of Guitar Duets and Ensembles (1982) – se démarque de ses deux prédécesseurs (qui sont une sélection d’enregistrements divers), puisqu’il veut être avant tout un album de collaboration avec un autre musicien et offrant de nouvelles compositions. Anthony est accompagné par le guitariste argentin Enrique BERRO GARCIA  rencontré lors du mixage de Sides en 1978 aux Strident Studios. Les deux amis enregistrent au mythique Send Barns en juin 1981, composent tous les titres sauf deux pièces par PHILLIPS lui-même, à savoir Old Wives Tale, dont l’origine remonte à 1968 (une chanson intitulée Little Leaf et jouée au début de GENESIS) et Ivied Castles (1976) intégrée pour Hurlingham Suite. Cet album de duos acoustiques séduira les amateurs de guitares classiques,  à six ou douze cordes. Si interpréter des pièces à la guitare sous la forme d’un duo reste l’idée dominante de la part des principaux intéressés, ils vont cependant se permettre  d’ajouter quelques overdubs sur certains titres: par exemple, les parties de guitare électrique et de basse sur Suite in D Minor ajoutent beaucoup à la beauté atmosphérique du morceau.

A Catch at the Tables, dernier volume présenté dans ce box set, réunit du matériel composé entre octobre 1979 et octobre 1982 et demeure encore maintenant un album d’une grande richesse mélodique avec des morceaux typiquement PHILLIPS mais tout aussi originaux. Paru en 1984, il propose une magnifique suite en quatre parties, Arboretum Suite (1980) à l’intention de deux amis nouvellement mariés et des pièces (Dawn over the Lake, Bouncer) mêlant guitare à 12  cordes et boîte à rythme (le Roland CR 70 rendu célèbre par Phil COLLINS). Nous avons une nette préférence pour Earth Man, une impro space et dramatique au polymoog, ou le classicisme d’un poignant Heart of Darkness où nous pouvons entendre du polymoog et du “mellotron-flûte”.

Ce box set ne mériterait peut-être pas que nous en parlions autant maintenant, si ce n’est qu’il propose un cinquième CD constitué d’inédits. Au total, et avouons que Cherry Red Records fait bien les choses pour appâter le fan, ce n’est pas moins de dix huit titres que nous découvrons pour la première fois. Couvrant la période 1975-1983, nous avons par exemple droit à des versions alternatives de Sistine (jouée au piano) et Over the Gate, dont les versions originales figurent sur A Catch at the Tables. Il y a toujours des pièces à la guitare classique ou à douze cordes (Prelude 3, Study in D Major, Sea Piece Intro, Sea Sketches), et des variations de titres figurant sur Wise (Moonshooter Piano), Back to the Pavilion (K2 Link) ou A Catch at the Tables (Armadillo Air, dont le mix proposé permet d’entendre PHILLIPS jouer uniquement du charango, instrument à cordes pincées très répandu dans les pays andins comme l’Argentine, le Pérou, la Bolivie).

La présence de ce CD  rempli de nouveautés rend indispensable l’acquisition de ce box set, qui est certes tout de même bien onéreux. Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous interroger sur l’intérêt de telles rééditions et le fait d’acheter toujours les mêmes albums pour une poignée d’inédits. Regardez par exemple, le box set comprenant deux CD+un DVD consacré à l’album The Geese & the Ghost  sorti en mars dernier sur le même label, et qui ne contient qu’un seul inédit (Only Your Love de 1973 avec Phil COLLINS au chant) ! Les passionnés de la musique d’Anthony ont déjà tous les P. P. & P. depuis longtemps et peut-être aurait il mieux fallu sortir un coffret ne contenant que des inédits pour éviter de faire doublon avec les précédentes éditions. Mais c’est hélas, le prix à payer pour tous les fans. Et l’objet en lui-même est plutôt bien présenté. Donc, finalement, pourquoi s’en priver ?

Site : www.anthonyphillips.co.uk

Label : www.cherryred.co.uk

Cédrick Pesqué

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