ART ZOYD – u.B.I.Q.U.e

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ART ZOYD – u.B.I.Q.U.e
(In-Possible Records)

Quatre ans se sont écoulés depuis Häxan, le précédent CD d’ART ZOYD, et ce n’est pas peu dire que beaucoup de choses ont changé dans et pour le groupe depuis ce temps. À première vue, u.B.I.Q.U.e inaugure une nouvelle ère pour ART ZOYD, celle de l’« après-ZABOITZEFF » pourrait-on dire, mais plus encore celle de l’auto-production puisque ce CD paraît sur le nouveau label du groupe français, In-Possible Records.

Toutefois, bien qu’enregistré dans des conditions live lors d’une unique représentation en janvier 2000, ce nouvel opus ne saurait toutefois renseigner parfaitement sur le parcours musical effectué par ART ZOYD depuis quatre ans. Car entre Häxan et u.B.I.Q.U.e, il y a eu le cycle Dangereuses Visions avec l’Orchestre national de Lille. Il faut s’y faire, l’actualité discographique d’ART ZOYD n’est pas forcément liée à son actualité scénique. De même, la formation qui joue sur cet album (Gérard HOURBETTE, Patricia DALLIO, Daniel DENIS, Mireille BAUER et Emma STEPHENSON-POLI) n’est plus celle qui se produit actuellement… Les formations diffèrent en fonction des projets.

u.B.I.Q.U.e n’a donc été qu’une étoile filante sur scène, mais le projet trottait dans l’esprit de Gérard HOURBETTE depuis environ 4 ans, et on n’a pas lésiné sur les moyens pour sa concrétisation. Ainsi, les 5 membres d’ART ZOYD, qui se partagent les claviers, les échantillonneurs et les percussions électroniques, sont accompagnés de 13 guitaristes, 10 batteurs, 6 bassistes, 6 saxophonistes, 4 trompettistes, 3 trombonistes, 1 tubiste et 1 percussionniste, soit 49 musiciens, dirigés par Michel BERCKMANS (UNIVERS ZÉRO, VON ZAMLA, JULVERNE).

Le recours à de tels renforts est évidemment de nature à faire battre en brèche le soupçon de froideur lié à l’usage croissant de l’électronique chez ART ZOYD. Mais la quantité n’amène pas forcément la densité. Dans sa globalité, u.B.I.Q.U.e ne provoque ni révolution ni hiatus dans le cheminement musical d’ART ZOYD et s’inscrit plus sûrement dans le prolongement des précédents albums, notamment Häxan. En l’occurrence, cette transcription des ambiances sous-jacentes à l’ouvrage de Philip K. DICK comprend deux volets, dont le premier n’est autre que la continuation de Glissements progressifs du plaisir, une « suite » commencée sur Häxan, le second étant Métempsycose.

u.B.I.Q.U.e s’étale sur 73 minutes telle une liturgie démesurée, troublante et obsessionnelle, dont la structure, sévèrement formalisée, est criblée d’éléments arithmétiques et de plusieurs schémas rythmiques étirés ou rétractés. Ce « poème symphonique », comme il se présente, joue ainsi sur les contrastes, en alternant pièces minimalistes génératrices de menace sourde (Septima du Centaure), confinant aux portes du silence (Compartiment 14/128), mais dont le dépouillement lancinant parfois excessif provoque la crispation (Portuaire), et d’autres pièces qui jouent la carte de la progression dans l’intensité (L’Adoration des mages, Activités prédérivées), implorant le cataclysme (La Tentation de Saint-Antoine). Et toujours cette dose salvatrice d’humour planquée sous les couvertures…

Reste à se demander si cela nécessitait vraiment le défraiement d’un tel personnel, d’autant que, à l’écoute du CD, on ne sent pas trop la différence entre 1 guitariste et 13 guitaristes, par exemple. Le concours de musiciens extérieurs – amateurs de surcroît mais pas forcément moins motivés que des « pros » – semble se borner à apporter à certaines séquences une couleur supplémentaire, voire une matière sonore supplémentaire, même si, à l’écoute du CD, on ne sent pas toujours la différence entre 1 guitariste et 13 guitaristes, par exemple. Ce sont des musiciens-échantillons, en quelque sorte.

Ubiquité, invisibilité… Sont-ce là les « glissements progressifs de la MIDIfication » ?

Stéphane Fougère

Site : www.artzoyd.net

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°9 – août 2001)

 

 

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