Asie – Chansons des gorges froides (1e partie) : en Sibérie

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Asie – Chansons des gorges froides (1e partie) : en Sibérie

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Intriguant et fascinant chant de gorge… sa résonance suffit à persuader l’auditeur qu’il vient d’être projeté dans une dimension parallèle. Également nommé «chant harmonique», chant diphonique», «chant laryngal», guttural ou perçant, le chant de gorge semble créé par un larynx à deux, voire trois voix, avec une note fondamentale et une note harmonique amplifiée. Cette pratique, qui remonte dit-on aux premiers temps de l’histoire de l’homme, est restée profondément liée à plusieurs cultures traditionnelles en divers points de la glotte… pardon, du globe terrestre ! On en retrouve des traces chez les Inuits, chez certains chanteurs japonais, en Afrique du Sud et en Sardaigne, mais le creuset principal reste l’Asie. Le chant de gorge tient évidemment une place de choix dans la musique rituelle des moines tibétains, mais c’est surtout en Sibérie, dans les fédérations russes de Touva, de l’Altaï et en Mongolie, toutes imprégnées de tradition chamanique, qu’on en trouve les exemples les plus élaborés, car allant jusqu’à former des mélodies entières.

Différents styles de chant de gorge, ou «khöömei» (prononcez «heur-mi») ont ainsi été développés dans ces contrées de la taïga sibérienne, au point d’en devenir l’essentielle marque identitaire musicale, avec quelques instruments pittoresques, comme le tambour, la guimbarde ou la vièle à tête de cheval…

Passé l’effet de surprise exotique, plusieurs chanteurs et musiciens occidentaux ont focalisé leur intérêt sur ce chant viscéral et en ont fait le principal moteur de leur démarche créative, parmi lesquels Tran Quang HAI, David HYKES, Michael VETTER, Jill PURCE, Stuart HINDS, etc.

Depuis quelque temps, de nombreux artistes et formations «du cru» asiatique, à commencer par ceux de Touva, sont eux aussi montés au créneau pour rappeler leur droit de cité au sein du village global de la world music. SAINKHO NAMTCHYLAK, HUUN HUUR TU, YAT-KHA, SHU-DE, CHIRGILCHIN, KONGAR-OL ONDAR, BIOSINTES, TYVA KYZY, NOHON, BOLOT, URAGSHA, BATTUVSCHIN, NAMGAR, EGSCHIGLEN, et plein d’autres encore, ont ainsi décliné leur bagage traditionnel sous toutes ses formes et, pour certains, l’ont combiné à d’autres expressions musicales.

RYTHMES CROISÉS vous propose de faire plus ample connaissance avec les acteurs de cette scène asiatique «gorgée» de talents, tant ceux qui ont opté pour une fidélité (toute relative) à leur tradition d’origine que ceux qui ont inscrit leur propos musical dans une perspective évolutive et novatrice.

Vous découvrirez donc dans les pages qui suivent des portraits d’artistes et de groupes provenant principalement de républiques autonomes liées à la fédération russe, en Sibérie : Touva, l’Altaï et la Bouriatie. Nous avons mis l’accent sur les parutions discographiques récentes de chacun d’eux et indiqué le contact des labels, la plupart de ces disques n’étant pas diffusés en France. Le choix pourra paraître arbitraire et limité. Il est vrai qu’on trouve également trace de chanteurs de gorge dans d’autres points de l’immense territoire russe comme la Kalmoukie ou le Bachkortostan, plus près de chez nous… Mais les trois pays choisis offrent déjà un panel assez large de personnalités artistiques. Bienvenue chez les «glotte-trotters» !

Au sommaire de ce dossier :

Touva : HUUN-HUUR-TU

Touva : SAINKHO NAMTCHYLAK

Altaï : BOLOT BAIRYSHEV – NOHON SHUMAROV

Bouriatie / Mongolie : URAGSHANAMGAR

Colonisés par l’Empire russe au XVIIe siècle, les Bouriates, de tradition nomade et regroupés dans la région du lac Baïkal, au Nord de la Mongolie, sont liés, par leur histoire et leur langue, aux Mongols. Il y a donc une parenté très proche entre la musique traditionnelle de Mongolie et celle de la république autonome de Bouriatie. C’est ce que s’emploient à démontrer URAGSHA et NAMGAR, deux formations bouriato-mongoles.

 

Dossier, entretiens, traductions et chroniques :
Stéphane Fougère
(Special thanks to Dmitri Morenkov!)
(Version originale parue dans Ethnotempos n°8, avril 2002)

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