AY-KHEREL – The Music of Tuva

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AY-KHEREL – The Music of Tuva
(ARC Music / DOM)

Par quel étonnant prodige une aussi petite contrée du fin fond de la Sibérie comme la République de Touva peut-elle se transformer en une si florissante pépinière de talents musicaux ? Le souci de retrouver et de préserver un héritage d’origine chamanique et lamaïque qui a bien failli disparaître dans la première moitié du XXe siècle y est assurément pour quelque chose… Dans la famille déjà bien fournie des groupes en provenance de Touva, AY-KHEREL est probablement très peu connu du public français, mais il n’est pas pour autant un nouveau venu.

Ce groupe existe effectivement depuis 1994, année où il a été fondé entre autres par Vladimir SOYAN et par Gennadi TUMAT, un maître du chant diphonique et du luth “doshpuluur” qui a contribué, d’abord avec le très officiel SAYAN ENSEMBLE puis avec le TUVA ENSEMBLE, à populariser la culture musicale touvaine dans le monde entier. Le label des Pays-Bas PAN Records lui a du reste consacré en 2000 un album posthume (Gennadi TUMAT est prématurément décédé en 1996) dans lequel on pouvait trouver plusieurs pièces jouées par AY-KHEREL.

Depuis, le groupe a évidemment changé de personnel mais reste dirigé par Vladimir SOYAN, autre expert du chant diphonique. Sur ce disque, il est entouré de sa fille, Lilya, et de trois autres talentueux chanteurs qui maîtrisent pas moins de cinq techniques de chant harmonique, le khöömei, le sygyt, le kargyraa, le borbangnadyr et l’ezengileer. Parmi eux, on retrouve Mergen MONGUSH, autre figure célèbre de la scène musicale touvaine. Ancien membre de SHU-DE et du groupe expérimental BIOSINTES, il a lui aussi trop tôt disparu en 2002.

Le disque qui nous occupe ici a été en fait enregistré en 2001 en Lithuanie et n’était guère disponible que dans ce pays sous le titre Five Elements. Il est aujourd’hui disponible à plus grande échelle grâce au label anglais ARC, qui lui a préféré le titre paresseux mais culturellement plus identifiable The Music of Tuva.

C’est évidemment de musique foklorique dont il est question, avec comme on l’a dit toute la panoplie des techniques touvaines de chant de gorge, mais encore une pléthore d’instruments typiques de Touva, comme le luth doshpuluur, la guimbarde khomus, le violon à quatre cordes byzaanchy, le violon à deux cordes igil, le tambour chamanique dungur, la flûte limbi, la crécelle synyi, les sabots de cheval duyug, les clochettes shyngyrash, etc.

Comme on peut s’y attendre, on retrouve de plus dans le répertoire d’AY-KHEREL des chansons à la gloire du cheval, animal mythique à Touva, et toutes sortes d’histoires relatives à la vie nomade des Touvas, de la chanson de mariage à l’évocation des combats pour la liberté du peuple touva en passant par la contemplation des paysages montagneux, des limpides rivières et des pâtures environnantes, bref, bon nombre de chants dont certains sont devenus d’inévitables classiques, pour ne pas dire des “tubes”.

Tout y est ou presque pour contenter l’auditeur curieux de parfaire sa connaissance de ce folklore et qui, on ne sait trop comment, serait passé à côté des “incontournables” HUUN-HUUR-TU et autres CHIRGILCHIN…

Stéphane Fougère

Label : www.arcmusic.co.uk

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°15 – septembre 2004)

 

 

 

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