BERTOLINO / LE GAC – Lumes

Print Friendly, PDF & Email
BERTOLINO / LE GAC – Lumes
(Sarband / L’Usinerie / FeM)

Chercher un itinéraire bis, s’attarder sur des routes départementales, des chemins de terre, des bras de rivière à peine mentionnés sur les cartes, pas forcément pour faire plus ample connaissance avec les terroirs, les micro-climats culturels locaux, mais pour tracer sa route en s’inventant son propre univers folklorique… Si vous partagez cette tendance, alors nul doute que le duo BERTOLINO/LE GAC vous apparaîtra comme le meilleur des guides. Et son album Lumes sera indubitablement de nature à éclairer votre lanterne…

Pierre-Laurent – Pierlau – BERTOLINO et Gurvant LE GAC n’habitent pas vraiment à côté l’un de l’autre : le premier est marseillais, ancien bidouilleur de boîtes à rythmes et de synthétiseurs devenu vielliste autodidacte à la faveur d’un hasard dont la roue a tourné dans le bon sens ; et le second se terre dans l’Argoat breton, où il a été formé à la flûte traversière en bois par une légende régionale, Jean-Michel VEILLON en personne, avant d’intégrer la Kreiz Breizh Akademi (formation IZHPENN 12) et de former des groupes bretons atypiques et défricheurs comme BAYATI et CHARKHA et de jouer aux côtés de la chanteuse aventurière sicilienne Maura GUERRERA.

À priori, rien ne prédestinait Pierlau et Gurvant à se rencontrer. Sauf DUPAIN. Pierre-Laurent BERTOLINO en était la cheville ouvrière avec Sam KARPIENA depuis une bonne vingtaine d’années et, pour la dernière incarnation du groupe en date (cf. le passionnant album Sorga, sorti en 2015) ils ont embarqué Gurvant LE GAC. Depuis, DUPAIN a de nouveau été mis au sec, et pendant que Sam KARPIENA a rejoint les libertaires méditerranéens de FORABANDIT, BERTOLINO et LE GAC se sont dits qu’ils avaient tout intérêt à aller prendre l’air ensemble et se créer leur propre vent du large. Un label associatif et indépendant plus tard (Sarband), et voici Lumes (« lumières » en occitan) !

N’allez pas chercher dans cet opus une quelconque volonté d’exhiber une incertaine connexion culturelle ou musicologique entre le Centre-Bretagne et la côté méditerranéenne. BERTOLINO et LE GAC sont plutôt du genre à baguenauder hors des clous traditionnels. C’est pourtant bien un duo flûtes traversières et vielle à roue électro-acoustique (plus quelques percussions) qui s’exprime ici, certes influencé par diverses racines folk plantées dans les parcours de chacun, mais orienté « quatrième monde » avec son lot de textures parfumées, de mélodies bariolées et polyphoniques, de rythmes libérés, de tourneries grinçantes juste un peu et de paysages intérieurs aussi traversés de grand air qu’un horizon de plaines.

Les Lumes que nous donnent à contempler le duo BERTOLINO/LE GAC, affinées par le bienveillant ingénieur du son Julien LE VU, ont été engendrées à la faveur d’élans spontanés. Certaines sont nées improvisations pour devenir des compositions structurées mais un tant soi peu ouvertes, et d’autres sont restées à l’état sauvage, livrées telles quelles, encore imbibées de cette instantanéité liée aux humeurs du jour, ou même de certaines moments du jour, à la manière des ragas indiens. On a ainsi une Improvisation du matin (Mintin) et une Improvisation du soir (Anuech).

« Et entre ces deux pôles, ils font quoi de leur journée, ces deux lascars SDF ? » Mais ma bonne dame, cet album montre à quel point ces artistes, comme vous dites, ont un emploi du temps de ministres ! Investis de quelques moments de Blues, notre vielliste et son flûtiste de compagnon s’activent à tracer un Cercle aérien autour d’une Ruche bourdonnante afin d’en tirer le meilleur miel possible, et accessoirement foutre un Joyeux Bordel ! « N’est ce pas un comportement un poil outrancier ? » Mais certainement, et avec plaisir ! Ils nous invitent même à les rejoindre dans une danse à l’onirisme rustique répondant au doux nom de Borderline Bourrée, qui s’achève littéralement la truffe dans les étoiles ! Ils se sont même aventurés dans une zone délocalisée par temps d’orage (Glizh) !

Reconnaissez qu’après tant d’investissement à colorer leur imaginaire – et notre imagination par-dessus le marché – on peut bien leur autoriser à « buller » le reste du temps, en se perdant dans une méditation enrobée de rugosité ensoleillée, forever blowing… Bubbles.

Alors soyez avertis : les Lumes de BERTOLINO/LE GAC ne vous feront pas préférer le train(-train) des routes folk conventionnelles. Osez donc prendre le temps d’errer sur leurs « chemins de lumières », ils vous marqueront plus durablement…

Stéphane Fougère

Label : http://labelsarband.com/

 

 

 

Un commentaire

Laisser un commentaire