Bishwo SHAHI – Folk Songs and Soundscapes from Nepal

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Bishwo SHAHI – Folk Songs and Soundscapes from Nepal
(ARC Music)

bishwo-shahi-folk-songs-and-soundscapes-from-nepalLes titres d’albums parus sur le label ARC Music sont toujours de nature à attirer et à rassurer l’amateur de base de musiques traditionnelles qui cherche du sur-mesure. Dans le cas qui nous occupe, Folk Songs and Soundscapes from Nepal fait même office de programme culturel. On imagine bien un disque de chansons folkloriques népalaises enregistrées in situ, dans les steppes et les montagnes, interprétées par des paysans locaux et incrustées de sons de la nature et de l’environnement. En un sens, on pourrait écouter cet album dans cette optique. Sauf qu’il ne s’agit pas d’enregistrements de terrain effectués par quelque musicologue universitaire érudit.

Élevé à Kathmandu mais résidant à Londres, Bishwo SHAHI combine les talents de compositeur et d’ingénieur du son (et occasionnellement de guitariste). On ne s’étonnera donc pas qu’il soit surtout tenté par la composition électro-acoustique, un peu à la manière d’un Hector ZAZOU dans Chansons des mers froides ou Lights in the Dark. Inspiré par la musique classique et le folklore de son pays natal, Bishwo SHAHI singularise ses compositions et leur donne un cachet identitaire en utilisant des enregistrements de terrain illustrant la vie quotidienne dans l’Himalaya, qu’elle soit profane ou religieuse.

Le flot d’une rivière, le cri d’un yak, le chant d’un oiseau, le tintement d’une cloche, la résonance d’un bol chantant sont autant de matériaux qui structurent les pièces de Bishwo SHAHI, lesquelles intègrent également des voix, différentes à pratiquement chaque morceau : des moines en prière ou en train de philosopher sur le déclin écologique de la planète, des bergers revenant des pâturages, des autochtones célébrant quelque festivité… Chacune de ces voix s’exprime dans une langue locale différente (en népali, en tamang, en tibétain, en manang…), révélant ainsi la diversité linguistique du Népal.

Bishwo SHAHI se charge principalement d’élaborer des programmations basées sur les rythmes locaux, et la seule présence instrumentale récurrente est celle d’une flûte bansuri jouée par Rubin Kumar SHRESTHA.

Bref, à défaut d’avoir affaire à un disque de chansons folkloriques authentiques, nous voici face à une suite de paysages musicaux, chantés ou instrumentaux, entièrement dévouées à la culture traditionnelle népalaise. Ces soundscapes mêlent une part de rêve et une part de souvenirs de leur auteur, et tendent volontiers vers des ambiances contemplatives et méditatives. Compte tenu de l’importance du sentiment religieux et spirituel dans les cultures bouddhistes, cela n’étonnera guère. On peut juste regretter que les pièces plus ancrées dans le quotidien profane népalais ne respirent pas davantage la terre, le bruit et la sueur.

C’est ce qu’on était en droit d’attendre d’une pièce comme Bazaar, dont l’auteur nous dit qu’elle est censée évoquer un jour de marché voué aux turbulences humaines et qu’elle contient des captations d’ambiances des festivals newari de Khatmandou. Or, la pièce s’avère étonnamment minimaliste en termes de matériau sonore et d’ambiance, et on peut trouver curieux que la flûte bansuri y ait autant de place pour s’exprimer en toute quiétude. L’originalité de la pièce tient à sa boucle rythmique, que l’on jurerait construite à partir d’un cri de yak ! Mais c’est insuffisant pour restituer une impression de chaos et d’agitation. La même remarque pourrait être faite pour Return of the Caravan, qui, pour toute « caravane », ne fait intervenir que deux voix…

Sans doute Bishwo SHAHI n’a-t-il pas voulu que « le bruit du peuple » ne vienne troubler la dimension contemplative à laquelle la majorité des auditeurs occidentaux associent d’ordinaire la culture népalaise…

Flirtant avec le new-age fonctionnel sans jamais y verser complètement, la démarche de Bishwo SHAHI revêt un caractère cinématique qui laisse toute latitude à l’auditeur pour « rêver du Népal » avec de vrais morceaux d’« authentique » dedans, les notes de livret étant suffisamment fournies pour l’aiguiller dans ce sens.

Label : www.arcmusic.co.uk

Stéphane Fougère

 

 

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