Byungki HWANG – The Best of Korean Gayageum Music : Darha Nopigom

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Byungki HWANG – The Best of Korean Gayageum Music : Darha Nopigom
(ARC / DOM)

Toute tradition a ses rénovateurs, et le XXe siècle n’a pas été avare de ces derniers. Les compositions qu’ils ont léguées sont devenues à leur tour des classiques pour les générations plus récentes. Dans le cas de la musique traditionnelle de Corée, et plus précisément de la musique populaire instrumentale soliste et improvisée qui s’est développée au cours du XIXe siècle et qui fut dénommée « sanjo », il n’a pas suffit de présenter de nouvelles formes d’écriture, il a fallu aussi passer du mode de transmission orale aux partitions et imposer la notion même de composition et de compositeur, jusqu’alors inconnue. C’est tout cela qu’a accompli Byungki HWANG quand il a présenté en 1962 La Forêt, sa toute première composition soliste pour gayageum ou kayagum, qui a en quelque sorte initié un nouveau mouvement, le « ch’angjak gugak », la musique traditionnelle coréenne rénovée.

Ce n’est pas par hasard si le kayagum est aujourd’hui certainement le plus emblématique des instruments traditionnels coréens (avec les percussions SAMULNORI, quand même). Cette cithare sur table et à chevalets amovibles (les « anjok ») comprenant généralement douze cordes – bien qu’il existe des modèles qui peuvent en avoir le double – passe pour être un dérivé de la cithare chinoise guzheng au même titre que le koto japonais, au moins du fait de la similitude formelle entre ces trois instruments. Le kayagum se distingue toutefois de ces autres cithares par son timbre relativement plus cuivré.

Artiste révolutionnaire devenu figure majeure de la musique coréenne, Byungki HWANG s’est fait connaître à travers son enseignement et ses concerts donnés en Asie, aux États-Unis et en Europe (notamment au Carnegie Hall de New York et au Musée Guimet de Paris). Paradoxalement, sa discographie n’a guère été diffusée jusqu’ici, ce qui relève de l’aberration en bonne et due forme.

C’est sur un label coréen, C & L Music, que l’on peut trouver la réédition CD, parue en 2001, de son
LP de 1965 qui contient ses premiers opus de légende (La Forêt, Automne…), ainsi qu’une collection d’enregistrements plus récents, Kayagum Masterpieces, qui s’élève jusqu’à présent à cinq volumes. Le label anglais ARC Music est le premier label européen à proposer un disque de Byungki HWANG. Sous le titre quelque peu emphatique et déplacé de The Best of Korean Gayageum Music, c’est semble-t-il le Volume 5 des Kayagum Masterpieces qui est mis à disposition du public occidental.

Les fidèles du Festival de l’Imaginaire, qui se tient tous les ans à Paris, se souviennent sans doute que l’édition 2006 avait accueilli Byungki HWANG pour un récital exceptionnel. Il était alors accompagné par quelques-uns de ses élèves, non seulement au kayagum, mais aussi à la flûte traversière en bambou taegum, à la cithare à six cordes komungo et au tambour sablier changgo. Le concert a ainsi permis de découvrir que certaines compositions de Byungki HWANG peuvent être jouées par d’autres instruments que le kayagum.

C’est sur un modèle semblable qu’a été conçu le programme enregistré sur ce CD. Trois parties le constituent : la première moitié du disque présente trois pièces, ou suites, solistes pour kayagum, lesquelles comprennent plusieurs parties qui ont été chacune indexées pour une lecture plus souple du CD. Byungki HWANG joue les deux premières pièces au kayagum à 17 cordes, et la troisième au kayagum à 12 cordes. Chaque partie de ses compositions se distingue par son thème mélodique, son climat et son cycle rythmique, et Byungki HWANG déploie des techniques de jeu très diversifiées et inventives qui offrent un riche panel de couleurs et de parfums très contrastés au sein de chaque pièce. Comme le veut la tradition du sanjo, Byungki HWANG est rythmiquement soutenu au tambour-sablier changgo par Chungsu KIM.

Les deuxième et troisième parties de l’album se distinguent singulièrement par l’absence de Byungki HWANG. Ce sont cependant toujours ses compositions qui sont jouées, cette fois par ses élèves dont certains étaient présents au concert du Festival de l’Imaginaire. On trouvera donc une pièce soliste pour flûte taegum jouée par Chongjin HONG, qui déploie d’impressionnantes techniques, allant jusqu’à faire sonner sa flûte comme une trompette !

Suit une autre composition soliste, cette fois pour la cithare komungo de Yoonjeong HEO, soutenue au tambour changgo. Enfin, les trois dernières compositions de ce CD, qui sont en fait des chansons, permettent de retrouver le son du kayagum, mais joué cette fois par Jiyoung JI, qui accompagne le chant de Kwonsoon KANG.

On voit donc que le répertoire de ce disque dépasse la stricte musique soliste de kayagum, et permet surtout de se familiariser avec l’univers compositionnel de Byungki HWANG, qui mêle musique de cour et musique populaire, tradition et avant-gardisme, et distille une poésie visuelle et sensitive aussi profuse que subtile qui ne s’adresse pas qu’aux oreilles…

Le livret multilingue est de plus très fourni, comportant de très doctes commentaires pour chaque morceau, ainsi qu’une brillante analyse sur l’art de Byungki HWANG, dont les paradoxes font sa richesse. Souhaitons que cette publication exemplaire d’une partie de l’œuvre de Byungki HWANG soit suivie par d’autres…

Stéphane Fougère

Site : www.bkhwang.com

Page label : www.arcmusic.co.uk

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS en 2008)

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One comment

  1. Dans la famille du Gayageum coréen, on trouve le Gu-Zheng en Chine, le Koto au Japon et le Yatga en Mongolie.

    Pour sortir de la musique purement traditionnelle les albums de Namgar (Bouriatie) fait la part belle au Yatga.

    Mais cette famille d’instruments est souvent utilisée pour des réinterprétations de toutes sortes de musique allant du pur traditionnel de tout pays à la pop en passant par le rock et bien d’autres.

    Quand je vois un Gayageum, je pense, souvent à une reprise d’un morceau qui a fait le tour de la planète sous diverse forme et qui a trouvé une terre d’accueil en Corée.

    Il s’agit d’une chanson lettonne qui a très vite été reprise et popularisé par une artiste russe alors en vogue.
    Elle (la chanson) est venue chez nous en France, on la trouve aussi en allemand, espagnol, anglais, etc.
    Il en existe une version au style arabe andalou, une orchestration dans le style judaïque d’Europe centrale pour violon, etc.

    Et la Corée et probablement le pays qui compte le plus de reprises. (rechercher 백만송이 장미)
    et nombre d’entre elles avec un Gayageum.

    Je vous propose donc celle d’Infinity of Sound
    https://www.youtube.com/watch?v=6acY0kdn7Cg

    Digression faite, merci c’est toujours un plaisir d’écouter de tels albums

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