Carlos NUÑEZ – Os Amores Libres

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Carlos NUÑEZ – Os Amores Libres
(BMG)

Après le succès de son premier CD, Brotherhood of Stars, et de ses impressionnantes prestations scéniques, l’enfant chéri du Festival de Lorient nous présente ses “amours libres” (musicales, bien sûr !). Os Amores Libres, tout comme son prédécesseur, a été fait avec pas mal de moyens et d’invités, dont une grande partie de musiciens irlandais, tels Donal LUNNY (bouzouki, bodhran), Liam O’FLYNN (uillean pipe), Derek BELL (harpe), Frankie GAVIN (fiddle), Mairtin O’CONNOR (accordéon)… Carlos y joue toujours de différentes gaitas, flûtes, ocarinas… Mais, outre la fusion des musiques galiciennes et irlandaises, Carlos a intégré le flamenco dans sa musique et nous réserve encore bien des surprises lors de ses rencontres.

Il flirte avec le fado portugais dans Maria Solina, chant de détresse d’une femme de pêcheur galicien devenue veuve, superbement interprété par la voix cristalline et mélancolique de Teresa SALGUIERO (MADREDEUS), qui contraste avec la voix rauque de la chanteuse de flamenco Carmen LINARES sur A Orilla del Rio Sil, un chant de noce.

Toujours plus loin, Carlos NUÑEZ continue son voyage sur les traces des gitans (et prend par la même occasion une orientation plus moderne dans cette seconde partie de l’album) avec quelques anciens des WATERBOYS dont le charismatique Mike SCOTT au chant, pour un joyeux et vivifiant Raggle Taggle Gipsy, avant d’effectuer un retour à la guerre civile espagnole de 1936 grâce à cette célèbre chanson irlandaise de Christy MOORE (PLANXTY, MOVING HEARTS…) dédiée aux brigades internationales, Viva la Quinta Brigada, interprétée ici avec le TARAF DE CARANCEBES.

Les femmes sont à l’honneur sur cet album puisqu’on retrouve ensuite la chanteuse israélienne NOA sur A Lavandeira da Noite, qui évoque la solitude féminine, accompagnée par une guitare flamenca, une vielle à roue et des arrangements modernes (batterie, programmations).

Le voyage est à son apogée avec la Danza da Lua en Santiago, arrangé par l’étonnant Hector ZAZOU, qui est sans doute le plus beau morceau de l’album. Cet hommage à GARCIA LORCA s’ouvre magistralement sur un chant de femme enregistré dans les années 1920, et laisse la place à la voix recueillie de Jackson BROWNE accompagné de l’émouvant Chœur andalou soufi de Tanger dirigé par Omar METIOUI. Les notes de livret parlent d’elles-mêmes : “ Fermez les yeux, car nous voici à la Quintana des morts. Asseyez-vous comme LORCA, sur les escaliers qui descendent à la Quintana des vivants (…) l’ancien style du chant irlandais, le luth d’Omar qui transmigre en ‘gaita’, l’incroyable chœur soufi des fossoyeurs… ”. Le travail des arrangements est si remarquable, et pourtant si sobre et dépourvu d’artifices, qu’il nous transporte bien vite dans un autre monde.

Pour clore cet album, Carlos NUÑEZ a fait appel à un autre arrangeur qui n’est autre que Simon EMMERSON, fondateur du célèbre AFRO CELT SOUND SYSTEM. Le travail de création est fort différent de celui de Hector ZAZOU, mais reste intéressant.

Pendant treize minutes, O Castro da Moura, lieu de rencontre des amours libres, autorise la rencontre d’instruments aussi variés que gaitas, flûtes, guimbardes, cornemuses, bombardes, tambours, bodhrans, violons, mais aussi boîtes de conserves, paysages sonores de la nature galicienne et programmations assez osées parfois, sur des rythmes évoluant et s’envolant sans cesse avec légèreté et désinvolture.

Voilà donc des “amores libres” qui invitent aux voyages, à moins que ce ne soit ces voyages qui forment les amours…

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°5 – octobre 1999)

 

 

 

 

 

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