Christian BURCHARD (EMBRYO) a quitté sa caravane vagabonde

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Le compositeur, percussionniste, vibraphoniste, batteur et santouriste bavarois Christian BURCHARD est mort le 17 janvier 2018, à l’âge de 71 ans. Il avait été le co-fondateur, avec Edgar Hoffmann, du groupe allemand EMBRYO, l’un des pionniers du genre krautrock. Auteur d’une plantureuse discographie comptant une bonne quarantaine de disques, EMBRYO a généré une musique qui ne se laisse pas facilement enfermer dans les casques stylistiques et qui a grandement évolué à travers les décennies, passant d’un jazz-rock psychédélique au jazz-fusion puis à une forme de world music – ou d’ethno-fusion – avant l’heure.

Avant de former EMBRYO en 1969, Christian BURCHARD avait commencé par jouer de la musique à la croisée du jazz, du free, du rythm n’ blues et du contemporain avec son copain de classe Dieter SERFAS (qui a fait lui aussi partie d’EMBRYO), bientôt rejoints par Edgar Hoffmann, avec qui ils ont monté un trio de musique contemporaine qui n’a pas laissé de traces. De pianiste, Christian BURCHARD est devenu vibraphoniste, et a intégré le quartet du pianiste américain Mal Waldron. (On retrouve des enregistrements de cette formation sur l’album For Eva, crédité à EMBRYO, paru en 2000.) BURCHARD a également participé à l’enregistrement du premier album d’Amon Düül 2, Phallus Dei.

Avec EMBRYO, Christian BURCHARD et ses complices Hoffmann et Serfas ont cherché à développer une autre forme de musique psychédélique davantage portée sur l’improvisation et des structures harmoniques et rythmiques plus proches du jazz (Opal, Embryo’s Rache, Father Sons & Holy Ghosts). Le groupe a ensuite intégré des éléments jazz-rock, puis ethniques (Steig aus, Rocksession, We Keep on), avec notamment l’apport de Roman Bunka au oud, au saz ou à la veena.

Véritable communauté de musiciens plutôt que groupe fixe, EMBRYO a effectué à la fin des années 1970 un voyage de près d’un an en Orient, rencontrant et jouant avec des musiciens en Iran, en Afghanistan, en Inde, etc. Les albums Embryo’s Reise, La Blama Sparozzi et Life (avec Charlie Mariano et le Karnataka College of Percussions) témoignent d’une mutation musicale assez significative vers ce qu’on n’appelait pas encore la world fusion.

Désormais, c’est sur les routes des continents asiatique et africain (les albums avec Yoruba Dun Dun, Zack Glück, Africa, Live in Berlin…) que la musique d’EMBRYO prend corps (et âme). Les nombreux albums qui ont suivi ont tous été constitués à partir de sessions improvisées avec de nombreux musiciens rencontrés ici et là lors de tournées (Turn Peace, Ibn Battuta, Ni Hau, Tour 98 : Istanbul-Casablanca), ou de concerts non moins improvisés (One Night in Barcelona). Des archives live des années 1970 (Invisible Documents, Bremen 1971, Wiesbaden 1972…) sont également venues compléter un tableau de chasse discographique éloquent.

Ces dernières années, la fille de Christian BURCHARD, Marja, avait intégré le groupe et sur le dernier album en date, It Do (2016), on assiste à une véritable « passation » entre le père et sa fille. Enfin, des problèmes de santé ont ces derniers mois obligé Christian BURCHARD a cédé intégralement le flambeau à Marja, qui, avec divers musiciens allemands et indiens, continue d’entretenir la flamme EMBRYO.

Hors EMBRYO, Christian BURCHARD ne s’est guère impliqué dans une carrière soliste, mais il a néanmoins enregistré avec Mal Waldron (Into the Light) ainsi qu’avec Paolo Lotti (Waterplay, avec aussi Luc Van Lieshout et Steven Brown, de Tuxedomoon). Mais pour le reste, la carrière de Christian BURCHARD se confond avec celle d’EMBRYO, dont la nature communautaire incarne un mode de vie total et intègre, toujours ouvert aux cultures et aux sons du monde.

Salut l’artiste, et merci pour tous les « trips » musicaux dans lesquels tu nous a plongés, tu as ouverts à la fois des portes et des consciences.

Stéphane Fougère

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