CLUSTER & FARNBAUER – Live in Vienna 1980

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CLUSTER & FARNBAUER – Live in Vienna 1980
(Important Records)

Nous ne le répéterons jamais assez, mais écouter un enregistrement live de CLUSTER s’avère être pour certains une expérience sonore difficile… Une exploration sans limite et dangereuse dans le monde de la musique dite ambiante et expérimentale. Et cette réédition d’un concert datant de 1980 ne défaillit pas à la règle, tant elle s’adresse aux adeptes de sons stratégiquement obliques.

Le 12 juin 1980, CLUSTER, c’est-à-dire Dieter MOEBIUS et Hans-Joachim ROEDELIUS, se réunissaient sur scène, accompagnés de Joshi FARNBAUER, au Wiener-Festwochen Alternativ de Vienne. Important Records a eu l’audacieuse idée de ressusciter ce document en deux CD, plutôt rare, paru auparavant notamment en K7 et en édition limitée sur le label anglais York House Records.

Jusqu’à aujourd’hui, il semblait bien peu probable d’y mettre la main dessus. Il était possible malgré tout de découvrir quelques fragments de cette soirée, sur d’anciennes rééditions des premiers albums de KLUSTER, le trio comprenant MOEBIUS, ROEDELIUS et Conrad SCHNITZLER.

Ce live de 1980 vaut le détour, car il marque une rupture nette avec les albums précédents (ceux avec ENO et Grosses Wasser de 1979), et un retour aux expérimentations de l’ère KLUSTER. Ils délaissent les ballades synthétiques de Zuckerzeit, les atmosphères romantico-ambiantes qui parfument des albums comme After The Heat ou Grosses Wasser, pour retrouver ici une musique foncièrement expérimentale et très sombre.

Le son maléfiquement dark de KLUSTER renaît de ses cendres, dès le premier morceau, Service. Vous allez devoir supporter 32 minutes de musique, ou plutôt de sonorités étranges et oppressantes. Ne cherchez pas la trace d’une quelconque mélodie : il n’y en a pas ! Un autre long morceau de 25 minutes, intitulé Metalle, poursuit la même route sinueuse et vénéneuse. Les musiciens nous entraînent vers des territoires arides et rugueux, de vastes déserts saupoudrés de brumes grisâtres : une musique électronique pas facile d’accès, aux ombres funèbres, se mélangeant aux percussions tribales obscures pour cérémonies démoniaques en l’honneur de divinités infernales ! C’est un véritable délire de sons dissonants et de cauchemars expérimentaux… Une bande son parfaite sortie de l’univers de LOVECRAFT et des visions hallucinées d’un David LYNCH au temps d’Eraserhead (Kurz).

Entre les bidouillages futuristes et les percussions hypnotiques conférant aux morceaux un côté tribal et indus (Drums), CLUSTER et FARNBAUER offrent de purs moments de fascination et d’angoisse.

Si vous avez supporté cette épreuve, alors vous serez récompensés en trouvant un peu de réconfort à l’écoute de titres plus accessibles, émouvants et tranquilles, où le piano est l’instrument dominant, et qui concluent chaque CD : Piano et Ausgang permettent d’apprécier quelques minutes de mélodies au piano, et un classicisme romantique rappelant certains albums de ROEDELIUS.

Les fidèles vont reconnaître dans le morceau Piano, un extrait de Grosses Wasser, à savoir Manchmal. CLUSTER redevient mélodieux, offrant un peu de repos pour nos sens maltraités ; nous ne pouvons pas nous empêcher ici de penser à TANGERINE DREAM qui avait aussi l’habitude de terminer leurs longues improvisations cosmiques par un final au piano !

Comme nous l’avons fait remarquer au début, ce live est réservé à un public averti. Les non-initiés resteront de glace à ces appels soniques d’un autre monde, comme ils ont pu l’être face aux autres live de CLUSTER (les Japan/USA 1996 et le Berlin 07). Pour nous, cela reste un document étonnant, une évasion totale vers des dimensions lointaines, un florilège de découvertes sonores et d’ambiances mystérieuses. Le manque
d’informations est le seul point négatif de cette réédition.

L’absence d’un livret d’accompagnement qui aurait pu nous renseigner sur ce concert et cette unique collaboration entre le duo allemand et FARNBAUER est une faute regrettable.

Cédrick Pesqué

Label : www.ImportantRecords.com

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°31 – janvier 2012)

PS : Ce double CD a été réédité en 2017 chez Bureau B en intégralité sur un double LP, et sur un seul CD (avec une version raccourcie du morceau Drums).

 

 

 

 

 

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