CLUSTER – Qua

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CLUSTER – Qua
(Nepenthe Music [2009] – Klangbad [2010] – réédition : Bureau B [2017])

Un nouveau CLUSTER, c’est comme un nouveau KRAFTWERK, cela relève de l’événement. Si, si ! Parce qu’il s’agit d’un album studio et qu’il n’y en avait pas eu depuis longtemps : Apropos Cluster en 1990 scellait de nouveau les retrouvailles entre MOEBIUS et ROEDELIUS, suivi 4 ans après par One Hour. Viendront ensuite Japan Live 1996, First Encounter Tour 1996 et Berlin 07 qui sont des témoignages hautement live ! Qua est donc une étoile filante supplémentaire qui brille dans la constellation CLUSTER, où notre duo s’est retrouvé en novembre 2008 au Seventh Chance Studio dans la ville de Maumee (Ohio) chez leur ami et producteur Tim STORY.

Qua possède toutes les caractéristiques d’une œuvre complexe : de l’expérimental “made in Germany” teinté d’indus (les premières notes de Flutful), et d’ambient visionnaire (Gissander). C’est une œuvre d’art de musique abstraite composée de 17 tableaux sonores : portes ouvertes à un univers de rêves étranges, insaisissables. Nous prenons la voie inverse de Zuckerzeit avec ses naïves mélodies synthétiques. Seul, un morceau comme So Ney possède des réminiscences à cet album de 1974. Qua n’est pas franchement un album énergique, sans pour autant atteindre les limites de l’ambient extrême d’un First Encounter.

Totalement décalé par rapport aux travaux personnels et “motorik” de MOEBIUS, refusant la facilité en balançant de l’électro-techno tape-à-l’œil, Qua ne tombe pas dans le soporifique, grâce notamment à quelques rythmes tribaux froids et lancinants, tels des souvenirs de célébrations oubliées (Lerandis, Putoil, Malturi Sa ou Ymstrob), rappelant l’intérêt des musiciens pour la world music.

L’entité CLUSTER est une “picture music” silencieuse (Imtrerion) au cœur d’une ville industrielle encore endormie, brumeuse et irréelle : entre mirage métallique (Xanesra) et vision futuriste (No Ernel), tout n’est que mystère. Comme les nombreux sons non-identifiés qui sortent des machines : est ce une guitare électrique sur Diagon, une flûte sur Stenthin ? Y a-t’il des cuivres sur Formalt ? Comme ces compositions aux titres bien curieux qui libèrent une musique accidentelle, où cette impression constante d’imprévu est source de richesse, de variété sonore, et de souvenirs lointains : Curvtum fait penser à du ENO à l’époque de Music For Films, et Formalt à KRAFTWERK au temps de Ralf & Florian.

Qua est d’une précision nette, ne se noyant pas dans les flaques boueuses de l’insignifiant. MOEBIUS et ROEDELIUS ne se perdent pas dans de longs développements futiles et vont à l’essentiel. À quelques exceptions près (Gissander qui atteint presque les sept minutes), les morceaux sont assez courts, et nous prenons un réel plaisir à les écouter en boucle.

Cédrick Pesqué

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(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°29 – novembre 2010)

 

 

 

 

 

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