Didier SQUIBAN – Ydill

48 vues
Print Friendly, PDF & Email
Didier SQUIBAN – Ydill
(Dider / Coop Breizh)

Fort d’une bonne trentaine d’années d’expériences musicales de toutes sortes, le pianiste et compositeur Didier SQUIBAN peut s’enorgueillir d’une discographie plantureuse (plus d’une trentaine d’albums) et riche d’un répertoire évoluant entre la musique traditionnelle bretonne, le jazz et la musique symphonique dite “classique”, avec la tradition bretonne et l’élément maritime attenant pour source intarissable d’inspiration (ce que la plupart de ses pochettes d’albums illustrent volontiers). Depuis 2019, l’heure du bilan semble avoir sonné pour Didier SQUIBAN puisqu’après avoir réalisé le coffret de 3 CD à caractère rétrospectif One for…, qui contient une sélection de 44 titres piochés dans 23 albums pour 4 heures de musique, le voilà qui enchaîne avec cet album, Ydill, qui a tout l’air d’en être un complément.

Certains auditeurs suspecteront sans doute le musicien finistérien d’en faire un poil trop en matière de compilations, d’autant qu’il y avait déjà eu Trilogie pour piano en 2001 et Bretagne en 2009. Mais il faut croire que tout n’avait pas été dit et que, malgré l’imposante matière de One for…, il restait des aspect de l’œuvre du pianiste à retracer.

Ydill comprend en effet quinze titres témoignant des rencontres artistiques en duos et en trios que le pianiste a réalisés dans sa carrière et qui lui ont paru importantes, durables et déterminantes – bien que le terme breton “ydill” signifie en fait rencontre éphémère ou de jeunesse… plaisantin, va ! On a tous en tête son duo avec le regretté Yann-Fanch KEMENER, avec qui il a réalisé trois superbes albums Enez Eusa, Ile-Exil et Kimiad, qui ont marqué la production bretonne des années 1990. Ydill rappelle cette complicité artistique avec la gavotte Ar Martolod Yaouank, extraite d’Ile-Exil.

La seule autre composition mêlant piano et chant à avoir été incluse dans Ydill est Femmes d’Ouessant, un poème de René-Guy CADOU magistralement interprété par Manu-Lann HUEL, et qui avait été enregistré pour son album Manu LANN HUEL chante René-Guy CADOU (1993), et réarrangé ensuite pour Ile-Elle (1998). C’est cette version qui a été retenue ici. Le parcours musical de Didier SQUIBAN n’a peut-être pas croisé beaucoup de chanteurs, mais quand ce fut le cas, la rencontre a fait indéniablement mouche !

Les treize autres pièces sélectionnées pour Ydill sont instrumentales, et trois sont inédites. Mais compte tenu que plusieurs références discographiques sont aujourd’hui devenues rares, voire sont épuisées, on peut avancer que plusieurs sélections d’Ydill paraitront quasiment inédites pour bon nombre d’auditeurs.

Ainsi, l’album débute avec trois pièces (Valdez, Ballenas et Eussa) que Didier SQUIBAN avait écrites pour le documentaire l’Odyssée de la mer du centre scientifique brestois Oceanopolis (1992). Ces trois pièces voit le concours de Jean CHEVALIER, qui déploie ses talents sur plusieurs instruments : claves sur Ballenas, saxophone soprano sur Eussa, et gong sur Valdez. Ce morceau improvisé, placé en exergue d’Ydill, fait une bien inattendue introduction puisque SQUIBAN y joue – une fois n’est pas coutume – du synthétiseur, et qu’on y entend la harpe hypnotique de la regrettée Kristen NOGUÈS. L’envoûtement est garanti…

On peut entendre à nouveau Jean CHEVALIER, cette fois à la batterie, aux côtés de Didier SQUIBAN sur la pièce éponyme à l’album, jouée en trio avec le contrebassiste Patrick STANISLAWSKI, et à l’accent plus “cool jazz”. C’est encore avec Jean CHEVALIER que SQUIBAN avait enregistré son album La Plage en 2006, toujours en trio, cette fois avec le très demandé contrebassiste Simon MARY (fondateur du groupe MUKTA). C’est le swinguant Da Lec’h All qui a été retenu sur Ydill pour rappeler cet album.

D’autres formations en trio sont également représentées, notamment celle qui a enregistré, sous le nom Didier SQUIBAN TRIO, le disque Concert Mexico, paru en 2010. Notre pianiste de la mer avait effectivement fait escale dans la capitale mexicaine en compagnie du percussionniste Jérôme KERIHUEL et du flûtiste Pascal VAN DEN BULCKE. Mais la Gwerz qui figure dans Ydill – au demeurant imprégnée de fragrances indiennes – ne provient pas du disque susnommé, mais de l’album L’Estran (2009).

SQUIBAN et KERIHUEL ont de même formé un trio avec le saxophoniste Bernard LE DRÉAU, représenté dans Ydill par le morceau PPP (Pièce pour la paix), qui clôturait le CD Sonate en trio (2016). C’est encore avec LE DRÉAU, mais cette fois en compagnie du contrebassiste Gildas BOCLÉ, que SQUIBAN a enregistré Pedenn, une des rares pièces qu’il n’a pas composée, puisqu’elle est l’œuvre du guitariste Gilles LE BIGOT et qu’elle provient du disque du groupe SKOLVAN Cheñchet’n Eus An Amzer (2000).

Un autre notable trio, qui plus est atypique, est celui dans lequel le piano de SQUIBAN dialogue avec l’ueillean pipes de Ronan LE BARS et la guitare acoustique de Nicolas QUEMENEUR, pour un Jackie’s Tune aux couleurs évidemment celtiques.

Enfin, il sera difficile de ne pas être ému à l’écoute de cette autre pièce jouée en trio, Song for Jacques, le Jacques en question n’étant autre que le guitariste Jacques PELLEN, que l’on entend ici égrener de très délicates notes, de même que le contrebassiste Jean-René DALERCI. On retrouve du reste ce dernier sur le morceau Tendances, extrait de l’album du même nom, la première œuvre soliste enregistrée par Didier SQUIBAN, c’était en 1990.

Molène, on s’en souvient, était le titre du premier disque de la trilogie pour piano solo de Didier SQUIBAN (1997). On se souvient peut-être moins que Molène est aussi un thème que le pianiste avait auparavant enregistré dans une somptueuse version en duo avec l’accordéoniste Alain TREVARIN pour son disque La Valse des Orvilliers, initialement paru en 1992. (On y retrouvait de même – faut-il s’en étonner ? – Jean CHEVALIER et Patrick STANISLAWSKI.)

Ydill s’achève sur la seule pièce que Didier SQUIBAN joue en piano solo ; il s’agit de Song for Jacques II, sorte d’hommage intimiste entre blues et classique, capté en public.

On aura remarqué que plusieurs pièces incluses dans Ydill ont été enregistrées avec des artistes aujourd’hui disparus : Jacques PELLEN, Kristen NOGUÈS, Jean CHEVALIER et Yann-Fanch KEMENER. C’est pourquoi ce disque leur est dédié et que, au-delà de sa fonction de compilation, Ydill peut s’écouter aussi comme un album à part entière, imprégné qu’il est de méditations musicales aux couleurs changeantes et aux cheminements variés, mais faisant preuve d’une unité de vision.

Ydill est en somme une collection de tableaux paysagistes et existentiels, et ce n’est pas un hasard si son générique de fin est une piste cachée qui permet d’entendre une reprise d’une célèbre chanson de Léo FERRÉ… Véritable îlot artistique aussi singulier que charmeur, Ydill alterne clapotis et vagues qui parleront à l’âme encline aux moments de partages intimistes.

Stéphane Fougère

Site : www.didier-squiban.net

Distributeur : www.coop-breizh.fr

 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.