Dieter MOEBIUS – Blotch // Nurton

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Dieter MOEBIUS – Blotch // Nurton
(Bureau B)

Les albums Blotch et Nurton, sont parus sur le label canadien Scratch Recordings. Ils sont la preuve qu’aujourd’hui, il est encore possible d’éblouir et de transporter les simples auditeurs que nous sommes. Ils font figures de réussites totales, en matière de musique électronique européenne, d’exemples de modernité et trouvent aisément leur place dans la musique du XXIe siècle. MOEBIUS reste le détenteur d’un style qui, avec le temps, ne s’est pas démodé. Reconnaissable entre tous, il entre dans la continuité de CLUSTER, parfois de Brian ENO, tout en s’ouvrant au monde avec des ambiances résolument world music.

Nous sommes en 1999, à Berlin. Comme si le temps s’était à jamais figé, telle une image prisonnière d’un miroir brisé, avec pour toile de fond la senteur vaporeuse de CLUSTER, notre musicien façonne un diamant sonore ciselé sur mesure pour nos douces nuits de solitude électronique. Après tant d’années, cette musique n’a pas encore révélé tous ses secrets.

Les sept morceaux, dont deux dépassent les dix minutes, respirent cette ambiance robotique à la CLUSTER version XXIe siècle (Ondulation, Meltaway). Une lutte sans merci va ainsi se dérouler entre le cyborg et l’homme, l’humain trop humain. Comme pour freiner cette avancée implacable de sons technoïdes, MOEBIUS dissémine ici et là des parfums volontairement ethniques. Sur Temperate, il y résonne des percussions ancestrales venues de contrées perdues. Nous pensons immédiatement à Jon HASSELL et à son magnifique Dream Theory in Malaya (Fourth World Volume Two), datant de 1981.

À l’opposé, le titre The Tracker est dominé par une musique répétitive, telle une machinerie assourdissante, hypnotique, au goût d’acier. Se voulant plus mystérieux et basé sur un rythme lent et menaçant de douze minutes, In Raum peint un décor futuriste oppressant, à la limite claustrophobique, à la couleur grisâtre.

Tout aussi inquiétant et étrange, Kohlzug livre onze minutes de bidouillages en tout genre et s’aventure vers une sorte de free-jazz électronique. Nous avons l’impression d’entendre jouer un vrai saxo. C’est le morceau le plus surprenant de l’album.

Blotch se conclue sous la forme d’un duo avec Tim STORY, compositeur renommé qui a enregistré un album avec ROEDELIUS (Lunz en 2002). Balistory est une pièce apaisante, ambiante, mélangeant des sons modernes, électroniques et de douces notes de piano et de piano préparé.

La principale qualité de ce disque est avant tout cette volonté d’aller plus loin dans la recherche sonore. Sa richesse se dévoile à chacune de ses écoutes et de nouveaux mondes insaisissables et mélodiques s’offrent à nous. La musique devient un flux sonore libérateur de luminosité.

Entièrement réalisé avec un 8-Track Yamaha, un Korg Prophecy et un EMU Orbit, MOEBIUS a élaboré une galerie éclatante d’atmosphères exceptionnelles, propices à mille rêveries.

Nurton fut enregistré en 2005, soit six ans après Blotch. MOEBIUS est là, dans toute sa splendeur, méritant son titre de maître de l’électronique. Cet hymne aux machines dévoile de nouveau un MOEBIUS faisant des merveilles avec le Korg Prophecy, le Microkorg et le EMU Orbit. Les premières notes du titre Anfahrt nous sont familières. Les nostalgiques de CLUSTER ne seront pas déçus. Il en est de même pour les inconditionnels de Peter FROHMADER, et notamment l’album Transfiguration avec Artemiy ARTEMIEV en 2002).

Au total, nous dégustons quatorze pépites électroniques, quatorze peintures musicales d’expressions sonores les plus parfaites d’un monde représenté par des machines motorisées (Flag, Mahalmal, Warum ?). L’osmose entre l’homme et son matériel futuriste est complète.

Parfois, sa musique répétitive et minimaliste subit des mutations inattendues, allant vers une sorte de world-music électronique : Anfahrt, Born Neo, Gängig aux réminiscences orientales et africaines révèlent un musicien ouvert au monde et à ses multiples cultures. D’autres pièces rythmées (April, Schleudergang, Moskito, Snorkel) se présentent comme la suite logique à de vieux morceaux pré-techno, tels que Nervös, Pitch Control, Speed Display.

À l’opposé, Sad se distingue par une ambiance plus douce et reposante, poursuivant la même voie tracée par l’album Eno And Cluster. Nurton est à l’image de son créateur : secret et insondable ; il livre des sons volontairement étranges, mécaniques et industriels, et pourtant toujours très accessibles. Il laisse de côté les longs morceaux, et réussit à exprimer l’essentiel en moins de quatre minutes. Comme au temps de Zuckerzeit, MOEBIUS a cette qualité première de savoir trouver les bonnes mélodies : simples et émouvantes (Opaque, Das Letzte).

Cédrick Pesqué

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°23 – mars 2008)

Label : www.bureau-b.com

 

 

 

 

 

 

 

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