DUO BARBEDETTE-QUENDERFF – Penhoat

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DUO BARBEDETTE-QUENDERFF – Penhoat
(Autoproduction)

Voilà un album comme je les aime, s’organisant autour d’un concept improbable mais assumé jusqu’au bout. De plus, il est enregistré sans tricherie ni rajout dans les conditions du live. Il faut dire que si la harpe celtique et la contrebasse sont deux instruments à cordes pincées, les associer relève a priori de l’idée un peu folle. Mais à l’écoute, pourtant, cela fonctionne, et même très bien. En fait, mieux, Delphine QUENDERFF à la contrebasse et Hoëla BARBEDETTE à la harpe s’appuient sur les différences de leurs instruments, façon Yin et Yang, pour explorer des possibilités sonores et musicales encore inouïes.

Ce duo est né en 1998 et cela fait donc maintenant plus de dix ans que Delphine et Hoëla défient les lois de l’improbabilité. Pour cet album, elles ont choisi d’inviter une chanteuse et un musicien. La chanteuse, c’est Nanda LE TROADEC, qui chante en breton et que Delphine et Hoëla ont depuis longtemps l’habitude de croiser à l’occasion d’un fest-noz ou d’un festival et avec qui elles ont déjà partagé quelques concerts. Le musicien, c’est Guillaume LE GUERN, clarinettiste qu’on a pu déjà écouté sur l’album Norkst.

Penhoat, cela signifie lisière en breton. Selon le sens de la marche, c’est la tête du bois ou le bout du bois, ce qui change suivant le cas la signification de cette entre-deux du bois en hauteur d’arbres et la plaine en étendue de terre. Bref, ce n’est ni l’un l’autre, c’est un ailleurs entre deux au-delà.

C’est exactement la position adoptée par le DUO BARBEDETTE-QUENDERFF afin d’amener l’auditeur à la lisère entre la harpe et la contrebasse. Et de là que naît le son très particulier de ce duo, d’une impression de chevaucher les frontières, de se maintenir sur la crête. Et il en va de même du style. On frôle le traditionnel de la différence d’un brin de modernité et on frôle la musique actuelle de l’écart du souvenir des mélodies ancestrales. Ni dehors ni dedans, toujours dans l’entre-deux.

Penhoat, c’est aussi le nom d’un joli village près de Trémargat, ville dans laquelle se trouve la salle des fêtes qui a servi de studio d’enregistrement de cet album. Bâtir tout un album dans un endroit qui n’est pas conçu dès le départ pour l’enregistrement demeure toujours un exploit. Surtout quand il s’agit, comme ici, d’une autoproduction. Et c’est Pierre-Louis CARSIN, un spécialiste reconnu de la prise de son en conditions difficiles qui a été appelé pour cette mission délicate. Heureux choix. Le son est limpide, détaillé et sans artifice. En fermant les yeux, on se croirait juste à côté des deux instrumentistes.

Et au final, les yeux clos, c’est une vision nouvelle qui naît en nous de la musique bretonne, une musique bien plus aventureuse et riche de surprises que nous ne l’aurions jamais imaginé.

Frédéric Gerchambeau

Site : www.hoelabarbedette.eu

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS le 10 janvier 2010)

 

 

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