Ensemble KHAN BOGD – Chinggis Ayalguu (Vol. 3) – Ardiin Ayalguu (Vol. 4)

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Ensemble KHAN BOGD – Chinggis Ayalguu (Vol. 3) –
Ardiin Ayalguu (Vol. 4)
(Face Music)

Groupe à géométrie variable constitués d’artistes mongols sortis de l’académie d’Oulan-Bator, l’Ensemble KHAN BOGD s’est rendu célèbre pour ses performances scéniques mêlant différentes facettes de l’art traditionnel mongol, ses chants, sa musique, ses instruments et ses danses (“tsam” ou contorsionnistes). Deux disques du groupe, publiés en 2005 par le très avisé label suisse Face Music, présentaient un panorama assez complet des formes traditionnelles de musique mongole.

On ne voyait guère ce qui pouvait être ajouté de plus, d’autant que le catalogue de Face Music est déjà somptueusement garni de productions dédiées au même sujet, avec d’autres ensembles aussi recommandables. Mais – n’importe quel amateur vous le dira – une fois qu’on a goûté aux délices du chant de gorge, des chants longs ou courts ou des inflexions de la vièle morin-khuur, on ne peut plus s’en passer, et l’on a de cesse de creuser plus encore le répertoire traditionnel mongol, à la recherche de joyaux rares…

Aussi ces deux nouveaux disques de KHAN BOGD enfoncent-ils le clou en proposant d’autres perles de urtyin duu, ou chant long, et de bogino duu, ou chant court, et ce, rien que pour la bonne bouche !

La formation de KHAN BOGD (“khan” signifie roi et “bogd” se réfère au nom Bouddha – les deux termes sont souvent utilisés par les Mongols pour désigner des montagnes sacrées) est ici réduite à un quartet comprenant des instruments à cordes (la vièle à tête de cheval morin-khuur, le violon khuuchir et le yatga, sorte de dulcimer), occasionnellement des percussions (le damar, sorte de petit tambour, des cymbales, des petites cloches denshig) et une voix, en l’occurrence celle de la nouvelle chanteuse, Nomin-Erdene BATTULGA, qui irradie de bout en bout ces deux albums avec son timbre haut perché et qui porte loin, très loin…

C’est qu’il faut un organe vocal de cette trempe pour se faire entendre dans les steppes ! Sans avoir le souci de rendre son chant plus commode ou plus doux à la fragile oreille occidentale, Nomin-Erdene fait montre d’une spectaculaire maîtrise tant des chants longs que des chants courts.

Rappelons au passage que la dénomination de ces chants n’est pas strictement due à leur durée. Et si l’on trouve dans le vol. 3 un splendide chant long de plus d’un quart d’heure, il y en a aussi un de moins de trois minutes dans le vol. 4, alors qu’on y trouve un chant court de 9 minutes ! Il y a heureusement d’autres critères, plus musicaux, pour distinguer les urtyin duu des bogino duu.

Les premiers (chants longs) sont de nature mélismatique, les syllabes y étant portées sur une longue durée. Ils comportent des lignes mélodiques très ornementées, aux larges intervalles, sans rythme fixe, et dont l’interprétation couvre trois octaves. Bien que la respiration y soit libre, elle est toutefois régie par des règles très précises, car il ne s’agit pas d’interrompre à n’importe quel moment l’ornementation mélodique. C’est à ce prix que la performance sera appréciée pour son intensité.

Et particulièrement intense et imposante est l’interprétation de Nomin-Erdene BATTULGA qui, pour ces chants longs, est accompagnée de la seule vièle morin-khuur, qui souligne et relance ses contorsions vocales.

Les chants courts ont pour leur part un aspect plus strophique, syllabique, et ne sont pas ornés. Ils suivent de plus un rythme défini. Pour ceux-ci, la chanteuse est soutenue non seulement par le morin-khuur, mais aussi par le yatga, le khuuchir et éventuellement des percussions, à l’exception d’une berceuse dans le vol. 3, que Nomi-Erdene chante a capella.

Dans le même volume figure un tuuli, soit un chant épique qu’elle interprète seule, en s’accompagnant d’un tovshuur (luth à deux cordes). Chacun des deux CD comprend également un magtaal, soit un chant de louanges issu du répertoire religieux, et le vol. 4 contient de même une prière bouddhiste.

Pour une fois – et au risque de courir au suicide commercial – on ne trouve aucun chant de gorge dans ces deux disques. Mais on aura compris que la tradition mongole ne s’arrête pas à cet aspect, et il y a incontestablement dans ces deux volumes de quoi satisfaire les âmes avides de chants vibrants qui parlent de et à la nature, dont l’ample écho traverse les grands espaces battus par les vents…

Avec KHAN BOGD, on y est vraiment, sans édulcorant !

Stéphane Fougère

Label : http://face-music.ch

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n° 45 – hiver 2010)

 

 

 

 

 

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