Festival Interceltique de Lorient 2018 – Exposition cornemuses et bombardes du monde

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FESTIVAL INTERCELTIQUE 2018

Exposition cornemuses et bombardes du monde

 


Connaissez-vous la Tsambouna/Tullum, la Djura Gaïda, la MIH, la El Mezoued ou El Meswed ? Ces instruments respectivement originaires de Grèce/Turquie, Croatie, Maghreb ou Lybie, font partie de la grande famille des cornemuses et sont visibles durant le Festival Interceltique au Palais des Congrès dans le cadre d’une exposition de cornemuses et de bombardes du monde.

Cette exposition est proposée par l’association DASSON AN AWEL. Cette dernière est à la tête d’une collection rassemblant plus d’une centaine d’instruments. Tous ne sont pas visibles durant la manifestation lorientaise mais le visiteur qui s’aventure en ces lieux en découvrira un riche panorama.

Alain LE BUHÉ, président de l’association, est l’animateur de l’exposition. Il répond de bonne grâce aux questions et interrogations des visiteurs et parle volontiers de l’histoire de ces instruments.

Entretien avec Alain LE BUHE

Alain, tu es le responsable de cette exposition d’instruments. Qui la gère ?

Alain LE BUHÉ : C’est une association qui va fêter ses dix ans d’âge au printemps prochain, DASSON AN AWEL, qui signifie « l’écho du vent » ou « les résonnances du vent ». Cette association est basée à Locoal-Mendon et est formée de gens venant de toute la Bretagne notamment des professeurs de musique, des luthiers et des spécialistes des instruments traditionnels des pays du monde, bref des gens qui s’intéressent de manière passionnée à tous ces instruments qui ouvrent des horizons par rapport au biniou et à la bombarde.

Comment cette association est-elle financée ?

Alain : Il n’y a aucun financement. C’est un travail de bénévoles. Il y a juste depuis cinq ans maintenant deux petites subventions, une de la commune de Locoal-Mendon de deux milles euros et une autre de la Communauté de Communes du Pays d’Auray de mille euros. Ces trois milles euros permettent de nous procurer une cornemuse et une bombarde par an pour augmenter et amplifier le patrimoine.

Vous êtes nombreux dans l’association ?

Alain : Nous sommes une trentaine, originaires de toute la Bretagne, comme je le disais, d’horizons très différents. Sur les trente personnes, il y a trois retraités actifs (rires).

Le Festival Interceltique est important pour vous chaque année ?

Alain : Oui car c’est un moment de rencontre essentiel avec des gens qui ont des tas de choses à nous apporter, qui ont des échanges à mettre en place avec nous soit sur le plan des instruments, prêts ou dos d’instruments, et renseignements particuliers sur tel ou tel instruments car on sert un petit peu de référents dans la connaissance des cornemuses et des bombardes du monde.

Quand on découvre cette exposition, ce qui surprend, c’est la diversité des cornemuses.

Alain : C’est un des objectifs de l’association, montrer l’universalité des bombardes, c’est-à-dire des hautbois populaires non-tempérés, et des cornemuses. C’est aussi de montrer qu’en soufflant dans un biniou ou une bombarde, on ne fait pas du communautarisme mais on s’ouvre à un monde beaucoup plus large qui s’étend pour ce qui est de la bombarde, de la Bretagne au Japon, et pour ce qui est des cornemuses, dans toute l’Europe et le Proche-Orient.

On peut voir des cornemuses du Maghreb, de Lybie, de Syrie ou de l’ancienne Europe de l’Est.

Alain : On peut dire Europe Centrale maintenant, dont on a été coupé pendant pratiquement soixante-dix ans. L’Europe de l’Est est un endroit très riche en cornemuses.

Si je prends par exemple la Croatie, on trouve cinq sortes différentes de cornemuses. Et encore, je ne parle pas de toutes les variétés des cornemuses dalmates. Il y a environ une centaine d’îles entre la péninsule d’Istrie et la frontière albanaise et sur chacune de ces îles, il y a une cornemuse légèrement différente de celle de l’île précédente et de celle de l’île suivante. Mais, on peut ramener ça à cinq modèles.

Cependant, le pays le plus riche en cornemuses, c’est la France puisqu’on y trouve quatorze sortes.

Paradoxalement, c’est un pays qui considère cet instrument comme ringard !

Alain : Voilà ! C’est un des rares pays d’Europe ou un écolier n’entendra jamais parler de cornemuses ni de hautbois populaires non tempérés durant toute sa scolarité primaire, secondaire et supérieure. Il faut vraiment, à la fin du supérieur, se trouver dans des classes spécialisées en musicologie, par exemple, pour entendre parler de ces instruments.

Comment vous procurez-vous tous ces instruments ?

Alain : Il y a trois choses. Il y a des dons. Il y a des prêts à usage, des gens nous prêtent des instruments avec renouvellement par tacite reconduction tous les ans. Il y a des achats. Ce sont les achats qui deviennent majoritaires maintenant.

Comment les découvrez-vous ?

Alain : C’est une vieille question ! En 1957-58, il y avait à Brest ce qu’on appelait le Festival des Cornemuses. Tous les ans venaient des délégations de sonneurs de pays étrangers. Ces sonneurs nous « éblouissaient » avec la présence d’instruments « exotiques » que l’on ne connaissait pas forcément en Bretagne mais qui étaient proches des instruments bretons. On restait en prise directe avec ces gens-là, on prenait des adresses si bien que, très jeune, j’ai pu très tôt constituer un réseau relationnel dans toute l’Europe. Aujourd’hui, je connais des luthiers dans la plupart des pays d’Europe, ce qui nous permet d’aller très vite pour un achat ciblé.

Avec quels matériaux sont fabriqués les instruments ?

Alain : On va parler des poches. En Europe Occidentale, les poches sont faites en peau de vachettes. Alors la vachette, c’est le cuir de vos souliers mais en plus souple. On trouve dans le nord de l’Europe, notamment en Estonie, des cuirs de rennes. On trouve aussi des cuirs de poulains, de moutons et de chèvres. En Europe centrale, c’est essentiellement de la chèvre et du mouton.

Parfois, on peut employer des viscères comme en Russie. Dans la République de Mari El, chez les tchérémisses, on trouve une cornemuse en vessie de bœuf.

Sinon, il y a des choses assez rares comme la peau de chien. Nous avons une cornemuse roumaine qui est en cuir de chien. Pourquoi le chien ? Parce que c’est un des cuirs les plus hermétiques qui soit. L’homme possède deux milles pores au centimètre carré et très proche de l’homme, on trouve le cochon, qui est un cuir impropre car trop perméable à faire des poches de cornemuses.

Donc, l’idéal c’est le chien qui n’a que quatre ou cinq pores au centimètre carré, ce qui en fait un cuir parfaitement imperméable.

Toi-même tu es sonneur. Tu as déjà joué de ces cornemuses exposées ?

Alain : J’ai commencé à sonner à l’âge de neuf ans et j’ai sonné toute ma vie avec des compères différents. On appelle compère le compagnon qui sonne avec vous.

Dire que j’ai sonné avec toutes les cornemuses du monde, non ! Je sais tirer des notes de toutes ces cornemuses mais je n’en connais pas le répertoire. Je sais utiliser une cornemuse mais sans connaitre le répertoire ou alors des bribes d’airs sans plus.

Il y a une façon différente de sonner par rapport à la provenance de la cornemuse ?

Alain : Chaque cornemuse a son doigté particulier. Grosso-modo, c’est le doigté ouvert ou semi-fermé, c’est-à-dire quand on rabat les doigts, qui sont les plus courants.

Un breton pourrait sonner d’une cornemuse bulgare et inversement ?

Alain : Oui tout à fait. Enfin, il pourrait mettre en branle une cornemuse bulgare.

Il y a des pays vers lesquels tu aimerais prospecter ?

Alain : Oui, l’Iran ! Je devais recevoir un instrument iranien, un Ney Anban. C’est l’archétype de beaucoup de cornemuses, notamment des cornemuses méditerranéennes. Eh bien je ne peux pas parce que la banque de l’association ne veut pas envoyer d’argent à cause de l’embargo américain. Or, ce n’était pas une grosse somme, juste deux cent euros.

Que penses-tu des cornemuses électroniques ?

Alain : Je t’avouerais que je n’y ai pas du tout pensé jusqu’à présent. Il ne me déplairait pas de montrer à des étrangers à cette culture, qu’il y a aussi des évolutions dans ce milieu-là. Mais ce n’est pas ma préoccupation première. Pour l’instant, je rassemble des cornemuses traditionnelles et après, on verra ! Si je devais présenter des cornemuses électroniques aux gens, ce serait dans un deuxième temps.

Est-il possible de voir les cornemuses exposées en dehors du Festival Interceltique ?

Alain : Hélas, nous n’avons pas de lieux d’exposition et c’est ce qui nous manque. C’est ce dont la Bretagne devrait se doter.

Encore un fait paradoxal, si un jeune, par exemple en Bretagne, veut voir des cornemuses, il faut qu’il aille au MUCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à Marseille, et s’il veut voir des bombardes, il faut qu’il aille au musée de Céret, à côté de Perpignan. Ces gens là-bas, qu’ils soient provençaux ou catalans sont de fameux sonneurs.

Le miracle breton, que tu connais bien, c’est celui d’une centaine de sonneurs seulement entre les deux guerres qui sont devenus douze mille depuis.

C’est un objectif de l’association, doter la Bretagne de son pôle patrimonial binious et bombardes qu’elle ne possède pas.

Entretien réalisé par Didier Le Goff
au Festival Interceltique de Lorient 2018

Site : www.dassonanawel.bzh

Ce dossier est dédié à Yvon PALAMOUR, luthier, ébéniste, sonneur et militant culturel breton, ayant participé à la création de DASSON AN AWEL et décédé le 31 aout 2018.

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