FESTIVAL INTERCELTIQUE 2017 – Salle Carnot – Entretien avec Jean-Michel LEIGNEL

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FESTIVAL INTERCELTIQUE 2017

Salle carnot

 

C’est un lieu qui ne paie pas de mine, un gymnase ordinaire comme on en croise dans de nombreuses communes, mais qui devient le temps du Festival Interceltique un endroit incontournable pour tous les danseurs chevronnés comme pour tous ceux qui souhaitent apprendre à danser.

L’inscription en 2012 du fest-noz au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO a de plus attisé la curiosité.

Fréquentée par des centaines de personnes l’après-midi pour les cours et le soir pour la mise en pratique, la Salle Carnot s’est transformée en temple du fest-noz.

Chaque jour s’y produisent des musiciens renommés. Le FIL est partenaire des festivals de La Bogue d’Or de Redon, de La Gallésie en fête de Monterfil, du Kan ar Bobl de Pontivy et du Championnat des sonneurs de Gourin. Si les lauréats des concours de ces différentes manifestations sont des couples de sonneurs, ils seront programmés à Lorient ensuite.

Depuis 1979, Daniel MINIOU était le responsable de la salle Carnot. Il a été rejoint en 2015 par Jean-Michel LEIGNEL. En 2016, tous deux étaient respectivement chargés de la programmation et de la gestion de la salle. Depuis cette année, Jean-Michel est seul aux commandes et reste fidèle à la volonté d’afficher une programmation de qualité.

Entretien avec Jean-Michel LEIGNEL

Tu es désormais le responsable de la Salle Carnot. Comment se prépare le Festival Interceltique ?

Jean-Michel : Il y a deux étapes principales. La première, c’est bien sûr le travail de programmation qui se fait en début d’année. J’ai la chance de bénéficier de l’expérience de mon prédécesseur qui m’a légué un carnet d’adresses très fourni. A l’évidence, c’est plutôt l’embarras du choix. Il y a aussi au fil de l’année nombre d’artistes qui se manifestent, qui adressent leur CV au bureau du Festival, qui me contactent, qui me proposent leurs services. Comme tout programmateur, je m’intéresse à ce qui se passe sur toutes les scènes, même si le temps est parfois court, et c’est ce qui m’a permis pour cette année de découvrir des talents qu’on ne connaît pas encore à Lorient.

Ensuite, il y a la gestion de salle au quotidien. Je dirige une équipe de bénévoles qui fait un tas de travaux, de l’entretien de la salle jusqu’à la gestion de la scène le soir, et ceci de manière répétée sur toute la durée de l’événement.

Vous êtes combien dans l’équipe ?

Jean-Michel : Cette année, l’effectif est très réduit. Moi compris, nous sommes six ! Cela veut dire que l’activité est assez intense et la fatigue commence à se faire sentir.

Il y a en tout huit festou-noz et un fest-deiz. Cela représente beaucoup d’artiste à gérer ?

Jean-Michel : Une année normale, nous avons neuf festou-noz. Compte tenu du fest-noz de l’Espace Marine avec l’orchestre symphonique, on a annulé le fest-noz du jeudi 10 août, bien évidemment pour éviter une concurrence qui n’aurait pas été de mise,

On tente cette année l’expérience du fest-deiz. Compte tenu du constat qui a été fait de la fréquentation très importante des cours de danses des après-midis en semaine, on a pensé qu’il y avait un public potentiel pour y être présent l’après-midi et qui pourrait ne pas forcément l’être le soir.

Sur ces neuf manifestations, cela représente environ deux cent vingt-six artistes. Les choses se déroulent d’une manière assez calibrée, à savoir que sur une soirée, on a trois ou quatre formations biniou/bombarde, deux ou trois formations au chant a cappella et une ou deux formation(s), c’est variable, à base d’accordéon (accordéon solo, accordéon/clarinette, accordéon/saxophone). Voilà à peu près la recette.

Tout cela est géré dans le travail de programmation qui est fait en amont. Ensuite, il y a des modifications qui sont marginales parce qu’il peut se passer un tas de choses entre le moment de la programmation et le moment de l’événement. Après, on bouge les curseurs, on essaie de tenir compte des contraintes des artistes. Je dois dire que globalement cette année encore, il n’y a pas de catastrophes et le travail de programmation et celui de la gestion de l’événement sont en cohérence.

Quels sont les terroirs de danses proposés. Les artistes viennent-ils avec leur répertoire ou un terroir précis leur est imposé ?

Jean-Michel : Nous n’imposons rien, mais dans le cadre du travail de programmation, le terroir préférentiel des artistes est un des paramètres qui est pris en compte. Il faut savoir que nous sommes partenaires de quatre organisations et concours qui nous envoient leurs lauréats. Dans le travail de programmation, il est tenu compte des terroirs et l’effort est fait justement pour que tous les terroirs de Bretagne soient représentés. J’ajouterai que cette année, un effort particulier a été fait en direction des terroirs gallos y compris le terroir nantais. L’objectif est de proposer au public de Carnot une programmation diversifiée avec un panel de danses qui soit aussi large que possible.

L’après-midi, il y a aussi des cours de danses. Ce sont seulement des cours de danses bretonnes ou vous vous tournez également vers d’autres pays celtes ?

Jean-Michel : Les deux ! Pour précision, les cours n’ont pas lieux sur toute la période du Festival mais démarrent le lundi. Nous avons cinq après-midis de cours. La première heure est consacrée aux danses bretonnes avec un professeur qui est fort réputé, à savoir Raymond LE LANN qui est connu dans toute la Bretagne. Ensuite, nous accueillons des cours de danses d’autres nations celtes. Comme il n’y a que cinq jours, on ne peut pas accueillir toutes les nations celtes et il y a parfois des arbitrages un petit peu difficiles à opérer mais globalement ça se passe bien. On est cette année encore extrêmement satisfaits de la fréquentation des cours parce que tous les après-midi, on a dans la salle Carnot entre deux cent et trois cent personnes d’où l’idée du fest-deiz du samedi 12 août qui a pour but de s’adresser à ce public-là.

Justement, à propos du public, savez-vous qui vient danser, qui vient apprendre ?

Jean-Michel : Sur les après-midi de danses, on a beaucoup de festivaliers curieux d’apprendre les danses bretonnes. Les gens qui sont des pratiquants convaincus et habituels ne les fréquentent pas, évidemment. Il y a à l’évidence une grosse volonté de la part des festivaliers de découvrir l’ensemble des cultures et là aussi dans les cours de danses on est vraiment dans l’interceltisme. Il y a une vraie curiosité de la part du public. Je qualifierai ce dernier de familial dans le bon sens du terme. On voit, en discutant avec les gens, qu’ils arrivent de tous horizons et pas seulement d’autres régions de France.

La reconnaissance par l’UNESCO du fest-noz comme appartenant au patrimoine immatériel de l’humanité a-t-elle changé quelque chose ?

Jean-Michel : Oui et non ! A titre personnel, elle a changé quelque chose. C’est quelque chose qui me parle très fort. J’ai d’ailleurs constaté, en tant que musicien moi-même, que cet événement avait été finalement, dans notre milieu culturel, dans les festou-noz ou ailleurs, fort peu mis en avant. L’an dernier, ici dans la salle Carnot, nous avons pris l’initiative, avec notre service de communication, de faire créer des affiches spécifiques qui rappellent ce fait. Le fest-noz qui a eu lieu à l’Espace Marine était là aussi pour rappeler quelque chose qui devrait être une notion forte et un témoin fort de l’importance de notre culture au regard du reste du monde.

C’est quelque chose qui est en train d’entrer dans les consciences et, en tout cas, nous nous efforçons d’y apporter notre contribution.

Tu es musicien toi-même. Comment es-tu venu vers la musique bretonne ?

Jean-Michel : J’ai commencé les instruments traditionnels il y a un peu plus de quarante-cinq ans. Ayant été élevé dans le jazz par un père passionné de cette musique, j’ai eu, comme beaucoup de gens de mon âge au début des années 70, quelques petits chocs. Je ne résidais pas en Bretagne à l’époque parce que je suis issue d’une famille d’émigrés. J’ai pris quelques petits chocs qui m’ont amené à cette prise de conscience de l’intérêt de notre culture. Il y a eu les années STIVELL puis les années DIAOULED AR MENEZ. Ayant été, depuis tout jeune, passionné par les musiques d’anches et de cornemuses, j’ai très vite compris que ma voie musicale était là-dedans. Je ne la différencie pas, finalement dans le fond, de mon amour pour la musique de jazz parce que nous sommes au cœur des musiques populaires tout simplement.

Tu joues de quel(s) instrument(s) ?

Jean-Michel : J’ai commencé comme tous les apprentis par la flûte irlandaise pour passer très vite à la bombarde, puis à la grande cornemuse et au biniou. Étant un passionné de musiques à danser et du fest-noz, voilà les instruments vers lesquels je me suis naturellement tourné. Je ne suis pas un musicien de bagad, je n’ai pas eu cette occasion. Je suis un pur sonneur de couple et j’espère pouvoir me définir comme un sonneur de tradition.

T’est-il arrivé d’animer le fest-noz de la salle Carnot ?

Jean-Michel : Je l’ai fait en 2016. Notre sonorisateur fait des enregistrements et je me suis rendu compte que la fatigue générée par la gestion de l’événement n’est pas très compatible avec une pratique musicale de qualité (rires) et donc pour cette année, j’ai décidé de ne pas monter sur scène. Disons que s’il se produisait un événement fâcheux qui rende un artiste indisponible, je serais là pour suppléer mais je ne le souhaite pas.

Tu fabriques aussi des instruments ?

Jean-Michel : Avec mon prédécesseur qui est lui aussi un luthier amateur, je me suis intéressé très tôt à la facture d’instruments. Ces instruments m’ont séduit depuis mon plus jeune âge. Je rêvais depuis longtemps de fabriquer mes propres instruments pour répondre à une recherche personnelle de sonorités, de style et j’y suis parvenu après beaucoup d’années de tâtonnements. Il faut savoir que lorsqu’on joue pour la première fois d’un instrument qui sort de ses mains, c’est une sensation assez exceptionnelle. C’est une pratique purement amateur que je réserve à mon propre usage. Cette pratique est extrêmement artisanale, je n’ai pas le matériel d’un professionnel, et je la réserve à mon usage personnel pour faire des instruments dans différentes tonalités. C’est de la facture de proximité, dirons-nous.

Les cornemuses électroniques, cela évoque quoi pour toi ?

Jean-Michel : J’en possède une moi-même. Cela me permet de répéter avec des écouteurs sans déranger mon entourage et de travailler les morceaux. C’est une évolution et une option intéressante. En plus, on peut faire varier le son. Quand on voit l’usage qu’en font certains musiciens comme HEVIA, on se dit qu’on peut en faire quelque chose de bien.

Entretien réalisé par Didier Le Goff
au Festival Interceltique de Lorient 2017

Lire aussi le Compte-rendu du Festival Interceltique 2017

Site du Festival : http://www.festival-interceltique.bzh/

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