FORABANDIT

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FORABANDIT
(Full Rhizome / Buda Musique / Socadisc)

Forabandit1Alors que certains s’évertuent à faire de la world music un (sous-)produit de plus de consommation courante, prémâchée, variétisée et conformiste, d’autres lui font prendre ces « grands chemins » traditionnellement fréquentés par des irréductibles bandits de cœur et d’esprit. C’est sur l’une de ces routes buissonnières que le trio FORABANDIT est parti en pèlerinage, à la recherche des expressions poétiques libertaires de deux cultures méditerranéennes que l’on n’a pas jusqu’à présent eu coutume de voir fricoter ensemble.

FORABANDIT, c’est la rencontre d’un troubadour moderne du pays d’Oc avec un « aşik » d’Anatolie, le croisement d’une voix rauque et ardente – celle de Sam KARPIENIA (DUPAIN, KANJAR’OC, GACHA EMPEGA) – et d’une voix plus veloutée et caressante – celle d’Ulaş ÖZDEMIR – et la réunion de deux instruments à cordes au caractère bien trempé, le mandoloncelle et le baglama, aux sonorités aussi cinglantes et insoumises que le sont les textes choisis par nos deux compères. Entre les deux, le percussioniste « multipistes » Bijan CHEMIRANI (ONEIRA, TRIO CHEMIRANI…) scelle l’intersection de ces deux mondes de ses rythmes complexes et nuancés qui renvoient évidemment un arrière-goût de Moyen-Orient, histoire de donner encore plus de champ et de résonance au répertoire itinérant et hors normes de FORABANDIT.

Le nom du trio a été formé à partir du terme occitan « forabandi », qui désigne précisément ceux qui sont « mis à l’écart », terme auquel a été malicieusement ajouté un « t » pour associer avec plus de fermeté marginalité et banditisme.

Chez FORABANDIT, peu importe donc les distances géographiques, historiques et culturelles, les voix de l’insoumis, du brigand et de l’« eşkiya » (le bandit, en turc) y sont affirmées, célébrées, magnifiées dans une collaboration qui ne cherche pas de compromis aseptisant. Les trois quarts des morceaux du CD illustrent parfaitement la démarche du trio : des paroles en turc (et occasionnellement en langue zazaki) alternent avec des versets en occitan, tous les textes étant empruntés à des poètes occitans et anatoliens des XIXe et XXe siècles – ou carrément médiévaux – qui chantent la lutte pour les convictions, l’amour courtois ou irrépressible, l’engagement qui entraîne les sacrifices… Les langues et les voix alternent, et se rejoignent parfois subrepticement pour engendrer des pics d’intensité émotionnelle que l’on aurait aimé plus fréquents.

Mais Sam KARPIENIA et Ulaş ÖZDEMIR n’ont pas systématiquement cherché le mélange ou la polyphonie. Il leur arrive aussi de chanter séparément, chacun dans son répertoire. Mais dans l’ensemble, la priorité ets à l’entrelacement des voix et des cordes, soulevées et propulsées par le zarb et autres percussions de Bijan CHEMIRANI, qui nous régale de rythmes impairs ou boiteux. L’amalgame n’est pas le but ultime de FORABANDIT, mais plutôt la mise en écho de voix provenant d’époques et de lieux différents. Les musiques sont parfois traditionnelles (d’Occitanie et d’Anatolie), mais le plus souvent arrangées ou même composées par Ulaş ÖZDEMIR, Sam KARPIENIA et Bijan CHEMIRANI.

En traçant une ligne d’horizon à partir de deux extrêmes méditerranéens, FORABANDIT réinvente les complaintes buissonnières et séduira ceux qui aiment que soient contées les choses de la vie… à la mode des brigands, vous m’entendez ?

Site : www.forabandit.com

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Stéphane Fougère

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