GJALLARHORN – Ranarop

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GJALLARHORN – Ranarop
(Vindauga Music)

La majorité du public français a dû découvrir le groupe finno-suédois GJALLARHORN avec le disque Sjofn, paru en 2000. Il ne s’agissait cependant pas de sa première œuvre puisque GJALLARHORN avait auparavant été primé “meilleur groupe de musique folk” en 1997 en Finlande suite à la parution de son véritable premier opus, Ranarop, lui-même élu “disque folk de l’année” dans le même pays. Ce disque, bien que distribué alors dans 39 pays, a été soigneusement ignoré en France. Il est par la suite devenu introuvable. De là à croire qu’une conspiration du silence a été ourdie autour de ce premier album, il n’y a qu’un pas. Il arrive certes parfois qu’un groupe, eu égard à son évolution postérieure, préfère ignorer son premier essai, jugé trop immature ou artistiquement à côté de la plaque. Mais peut-on imaginer que ce fut le cas pour un album primé ?

Quoiqu’il en soit, Ranarop bénéficie enfin d’une réédition que le succès des deux disques postérieurs avait rendue impérative. Alors, GJALLARHORN était-il si différent à ses débuts ? Pas vraiment. On peut même affirmer que sa démarche et son identité étaient déjà très affirmées, avec ces violons et ces violes (tenus par Christopher ÖHMAN et Adrian JONES) caractéristiques de la tradition et suffisamment grinçants pour donner un ton rustique à la musique du groupe ; le didgeridoo de Tommy MANSIKKA-AHO, remplaçant la guimbarde traditionnelle dans sa fonction de bourdon et de pulsation chamanique ; et les percussions afro-cubaines, indiennes et moyen-orientales en lieu et place du tambour chamanique.

Pas moins de quatre percussionnistes se partageaient alors les peaux, dont, ô surprise, le célèbre percussionniste turc Okay TEMIZ ! Certains des musiciens assuraient aussi les choeurs (devenus plus discrets depuis) et répondaient ou accompagnaient “LA” voix de GJALLARHORN, j’ai nommé l’éblouissante Jenny WILHELMS, aux ornementations et microtons typiques du chant traditionnel. On remarquera de plus la participation d’un contrebassiste, Marcus SÖDERSTRÖM.

Bref, dès Ranarop, GJALLARHORN s’était donné les moyens d’une formule innovante et tout à la fois nourrie de tradition, bref de proposer une “world music scandinave” intelligente et évolutive. Comme celui de ses successeurs, le répertoire de Ranarop provient lui aussi de cette région de la Finlande où l’on parle plus volontiers le suédois et est constitué de ballades médiévales, de menuets, de valses, de prières et de poèmes “runiques” conçus sur le mode métrique du Kalevala, avec des textes mettant en scène des chevaliers, des rois ou des princesses aux prises avec quelque événement surnaturel et bien sûr des créatures mythologiques (Ranarop signifie “l’appel de la sorcière des mers”).

Tout l’univers de GJALLARHORN était donc déjà là, dans cet opus inaugural dont le principal tort était de souffrir d’un mixage un peu étriqué. C’est pourquoi cette réédition a aussi un rôle de réhabilitation. L’album a en effet été retravaillé, remastérisé et surtout remixé ; et ceux qui ont eu l’opportunité d’écouter la première version de Ranarop risquent d’être agréablement surpris par le surplus de dynamique, de relief et de clarté de cette réédition ! Le remixage a permis d’exhumer des détails, des timbres sonores (percussions, voix…) un peu noyés auparavant.

Toutefois, il n’y a pas de changements dans les versions des morceaux de l’album, exception faite sans doute pour Elvira’s Waltz/ Oravais Minuet, qui dure plus longtemps que sur le disque originel et dont les arrangements sont un tant soi peu différents.

Sinon, la structure de l’album a globalement été préservée, l’ordre des morceaux également, mais des raccords entre certains d’entre eux renforcent la cohésion et le déroulement épique de l’album. De plus, l’Epilogue initial a été replacé dans l’Intro (qui, ainsi, passe de vingt secondes à deux minutes), et un morceau inédit a été ajouté à la fin du disque. Il s’agit d’une suite de thèmes conçus par GJALLARHORN pour un film de Antti HAASE, Reindeer Dreaming. Ce morceau bonus s’inscrit parfaitement dans la continuité du disque originel tout en exploitant des idées moins courantes dans les albums de GJALLARHORN.

Vous avez aimé Sjofn et Grimborg ? Vous aimerez certainement Ranarop. Vous connaissiez déjà Ranarop ? Découvrez-le dans cette nouvelle édition.

Stéphane Fougère

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°14 – mars 2004)

 

 

 

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