GUAPO – History of the Visitation

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GUAPO – History of the Visitation
(Cuneiform Records / Orkhêstra)

Changer de label à chaque changement de formation, changer de formation à chaque nouveau disque, telle semble être la philosophie éditoriale des Anglais de GUAPO, au demeurant idéale pour perdre en cours de route les fans amassés le long du chemin. Mais quand en plus on se permet de faire une pause de quasiment cinq ans, c’est qu’on a vraiment envie de courir le risque de se faire oublier. Sauf qu’il y a eu des concerts, et donc des souvenirs parfois tenaces. En vérité, si GUAPO s’est offert le luxe d’une période sabbatique, c’est qu’il savait qu’on se souviendrait de lui à son retour.

Mais tout de même, par acquis de conscience, Dave SMITH et sa nouvelle formation a cette fois re-signé sur un label qui a amplement contribué à lui aliéner la sympathie des séides de l’avant-garde progressive qui ne le connaissait pas encore, j’ai nommé Cuneiform. L’album qui a été publié par ce dernier, Five Suns (2004), correspondait précisément à une direction musicale taillée sur mesure pour les amateurs du label, plus ouvertement inspirée par MAGMA, avec des structures de composition héritées des groupes qui ont « fait » le rock progressif de la grande époque. (Il est loin, le temps de Hirohito et de Great Sage, Equal of Heaven !) Les albums suivants, publiés chez Ipecac (Black Oni) et Neurot (Elixirs), ont permis à GUAPO de parachever un triptyque qui a contribué à sa nouvelle réputation.

Et ce retour sur Cuneiform correspond comme par hasard à une confirmation de l’orientation prise par GUAPO depuis Five Suns, c’est-à-dire nourrie d’un conglomérat d’influences qui vont du rock progressif à la Zeuhl en passant par le psychédélisme vintage, le krautrock, le post-rock et la musique répétitive.

C’est donc une nouvelle formation en quartette qui a conçu cette History of the Visitation, dans laquelle le batteur Dave SMITH est entouré du guitariste Kavus TORABI (CARDIACS), du bassiste James SEDWARDS (NØGHT) – présents sur scène
depuis plusieurs années mais non sur disque – et du nouveau claviériste, Emmett ELVIN (CHROME HOOF).

Crépusculaire et tendue, tantôt cosmique profonde, tantôt chtonienne-infernale, la musique de GUAPO atteint une sorte de complétude avec cette History of the Visitation, qui, symptomatiquement, est structurée comme ces bons vieux albums de rock progressif. Ça démarre avec une longue plage de 26 minutes (The Pilman Radiant), assez caractéristique du style qui a fait la notoriété de GUAPO : sectionnée en cinq parties faites de ruptures, de détours et de retours, et introduite par un drone lourd et brumeux qui plante l’ambiance générale.

Puis, par souci de contraste, une courte pièce suit (Complex #7). Plus abstraite, vaporeuse et tournoyante, elle, est censée permettre à l’auditeur de souffler (sur les braises ?). Enfin, un troisième morceau (Tremors From The Future) de durée moyenne (11 minutes), vient secouer l’auditeur en multipliant les riffs dans une cavalcade frénétique.

À nouveau, GUAPO s’est mis en quatre pour frapper fort et asseoir sa maîtrise tant technique qu’artistique. Afin de travailler dans le détail ses ambiances et ses tonalités, le quartette s’est payé le luxe de rameuter plein d’invités (dont deux membres des MUFFINS) afin de distiller des cuivres et des cordes classiques-contemporaines dans sa mixture. D’aucuns y verront là une volonté de se rapprocher de l’esthétique du Rock In Opposition d’un PRÉSENT, mais GUAPO navigue quand même dans une autre mare, certes pas très loin…

Cela dit, GUAPO suit un terrain déjà très balisé et ne cherche pas nécessairement à révolutionner quoi que ce soit en matière de progressif avant-gardiste. (La preuve en est qu’on lui trouve toujours plein de références…) Il affiche juste sa détermination à parfaire son style correctement et efficacement. En la matière, History of the Visitation est une belle réussite qui contentera amplement les fans d’un rock progressif de pointe fait avec du neuf et du… moins neuf.

Cet album est d’autant plus amené à être un classique qu’il contient en plus un DVD qui permet de retrouver GUAPO dans une autre formation en quartette (avec le multi-instrumentiste Daniel O’SULLIVAN, de SUNN O))) et ULVER) qui n’a hélas pas laissé de trace discographique. Il reste donc ces films, réalisés pour une part au NEARfest 2006, avec un joli noir et blanc de circonstance, et pour l’autre part au festival Rock in Opposition 2007, de façon certes plus amateur mais fort convenable.

Au premier festival cité, le groupe interprète une version ramassée de Five Suns, et dans l’autre, il nous joue une « early » version de King Lindorm, avant qu’il soit enregistré pour Elixirs. Autant dire que ce DVD propose une sorte de « best-of GUAPO », qui complète admirablement l’album studio. C’est pourquoi History of the Visitation est aussi à conseiller aux néophytes ou à ceux qui auraient raté des épisodes, car tout ce qu’il faut connaître de GUAPO y est consigné, en son et en images.

Stéphane Fougère

Site : www.guapo.co.uk

Label : www.cuneiformrecords.com

Distributeur : www.orkhestra.fr

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°34 – janvier 2014)

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