Hasan YARIMDÜNIA – Gargona

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Hasan YARIMDÜNIA – Gargona
(Innacor)

Le label breton initié par Erik MARCHAND, Jacky MOLARD et Bertrand DUPONT quitte son terroir breton de base pour nous emmener faire un nouveau tour en Turquie, à la (re)découverte de la musique du brillant clarinettiste Hasan YARIMDÜNIA, révélé entre autres par le film Latcho Drom de Tony GATLIF. Souvenez-vous, c’était déjà Hasan qui avait inauguré le catalogue Innacor avec l’album au titre en forme de carte de visite : Dardanelles, Turquie, Gelibolu, en 2006. Ce premier disque avait été une révélation ; ce second CD, Gargona, en est une somptueuse prolongation.

La musique de Hasan YARIMDÜNIA est – à l’image du détroit des Dardanelles qui fait communiquer la mer Égée et la mer de Marmara – à la croisée des mondes européen et oriental, des cultures tsiganes rom et des modes turcs (makam), englobant les répertoires populaire et classique de plusieurs régions de Turquie tout en s’inspirant des apports grecs, macédoniens, bulgares, roumains et faisant montre d’une aisance éblouissante avec les taksim (introductions modales improvisées des musiques turco-arabes).

Gargona n’est cependant pas plus un disque de soliste que ne l’était son prédécesseur. C’est encore une fois une musique de groupe qui se fait entendre ici, et qui plus est un groupe à caractère familial. Hasan YARIMDÜNIA y est accompagné une fois encore par Tamer GIRNATACI aux davul et daf et par Taner GIRNATACI à la derbouka. Or, il faut savoir que Hasan (dont le nom civil est GIRNATACI) est le père de Tamer, et que Tamer est le père de Taner. Rien que de très logique là-dedans… Les deux percussionnistes, au demeurant sacrément doués pour chauffer à blanc des phrasés rythmiques déments, sont eux aussi à l’occasion des clarinettistes, comme l’atteste cette danse bulgare, Bulchenska, qui fait entendre les trois générations GIRNATACI jouer du même instrument.

Sinon, les autres instruments solistes sont le violon de Bekir TOKSÖV, lui aussi présent sur le disque précédent, et le kanun (ou qanûn) d’Ibrahim SIRA, qui constitue LA grande nouveauté instrumentale de la formation de Gargona. Les notes furieuses et tout à la fois gracieuses de cette cithare sur table très présente dans les musiques du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient pimentent les débats solistes avec le violon et la clarinette. Le groupe continue d’explorer avec une inspiration dynamique et interactive divers makams, chansons et danses populaires, mais aussi une pièce du répertoire classique turc, et reprend un thème (Akbaba) du percussionniste Okay TEMIZ, avec qui a joué Hasan YARIMDÜNIA à l’époque de l’album Fis Fis Tziganes.

Entre embardées mélodiques échevelées et introspections teintées de mélancolies, la formation du clarinettiste promet un voyage de très haute volée qui fait fonction d’adjuvant aux oreilles avides d’horizons plus larges.

Stéphane Fougère

Label : www.innacor.com

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°43 – été 2009)

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