Iarla O’LIONAIRD – The Seven Steps to Mercy // I Could Read the Sky

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Iarla O’LIONAIRD – The Seven Steps to Mercy // I Could Read the Sky
(Real World / Virgin)

Considéré depuis une vingtaine d’années comme l’un des plus populaires chanteurs de “sean-nós” (chant gaélique ancien), Iarla O’LIONAIRD, originaire de Cuil Aedha, dans le comté de Cork, en Irlande, peut se vanter d’avoir fait impression dans le domaine techno-transe. Car oui, c’est bien AFRO CELT SOUND SYSTEM qui lui a permis de faire ses classes chez Real World. Avant cela, Iarla s’était fait connaître des amateurs de celtitude irlandaise à travers sa participation au spectacle de Shaun DAVEY The Pilgrim (créé en 1983 au Festival Interceltique de Lorient), à l’album de Tony McMAHON Aistingi Cheoil et quelques compilations thématiques.

Pouvait-on s’attendre à voir ce professeur d’université en musique traditionnelle imposer sa voix (et non sa loi) placide et majestueuse aux hallucinés des dance-floors ? C’est que, si éthérée qu’elle soit, la voix de Iarla draîne dans son grain le poids de l’histoire gaélique et, bien évidemment, cette dernière a bien des leçons de sagesse à transmettre… Cette conversion d’un poids mnémonique en particules vocales participe assurément d’un processus alchimique. Mais à travers le sean-nós, est-ce Iarla qui appelle ses ancêtres, ou ceux-ci qui nous hèlent par le canal de sa voix ? Ou bien y a-t-il un flot continu d’ondes entre ces deux pôles qui ne demande qu’à être traversé par ce frêle esquif que serait le sean-nós ?

En tout cas, la présence d’un album solo de Iarla O’LIONAIRD chez Real World relève de l’exploit (pour lui) et de l’audace (pour le label). Naturellement, le label ne s’est pas risqué à laisser Iarla enregistrer un album de chant ancestral strictement a capella. L’idée était plutôt de constituer un recueil de sean-nós plus accessible à un public qui n’aurait peut-être pas su l’aborder de visu et de plein fouet dans sa nudité absolue.

Conformément à la philosophie du label, qui est de confronter des expressions anciennes avec des approches plus contemporaines et “actuelles”, The Seven Steps to Mercy (Seacht gCoiscéim Na Trocaire en version originale gaélique) a été paré des enjolivures maison concoctées par Michael BROOKS (Aoibhinn Cronan – The Humming of the Bees), qui avait auparavant fondu les musiques de Nusrat Fateh ALI KHAN et de U. SRINIVAS dans les moirages extatiques de son “infinite guitar” et de ses échantillonnages en boucles. Boucles, échantillons, percussions, “shruti box” et violoncelle ont été réquisitionnés pour habiller et mettre en relief l’antique univers gaélique chanté par Iarla O’LIONAIRD et le propulser dans la modernité sans lui faire perdre sa valeur.

Et la formule a suffisamment bien fonctionné puisque Iarla O’LIONAIRD a été invité à remettre le couvert chez Real World trois ans plus tard, entre deux réunions “afro-celtico-sound-systémiques”.

Paru en 2000, I Could Read the Sky est la musique écrite et produite par Iarla pour le film de Nichola BRUCE inspiré par le roman du même nom de Timothy O’GRADY. L’histoire de cet ouvrier irlandais émigré à Londres, usé par le temps et le travail dans un environnement urbain forcément agressif, en proie à ses souvenirs, se prêtait idéalement à une adaptation musicale aux couleurs de l’esthétique typiquement Real World.

Contexte oblige, Iarla O’LIONAIRD s’est entouré de plusieurs personnalités musicales de la Verte Erin qui lui sont familières et complices, tel Martin HAYES (fiddle), Dennis CAHILL (guitare), Noël HILL (concertina), mais aussi Tommy McMANAMON (banjo), Caroline DALE (violoncelle), le rappeur RI-RA, la chanteuse-star Sinead O’CONNOR et, au bodhran, James McNALLY (AFRO CELT SOUND SYSTEM).

Les programmations de Ron ASLAN et les claviers de David BOTTRILL, qui représentent l’espace urbain de l’histoire, peignent des textures impressionnistes, “soft”, entre jungle, indus et ambiant. Les machines savent cependant se taire dès lors qu’il s’agit de faire place aux prestations du duo HAYES/CAHILL (Mother, Old Road to Garry), à une interprétation soliste du trad’ The Mountains of Pomeroy par Noël HILL ou encore à cette version live de Singing Bird, où Iarla et Sinead chantent ensemble. L’album est dominé par une émotion nostalgique au pouvoir lénitif.

Dans The Seven Steps to Mercy comme dans I Could Read the Sky, les tissus sonores et autres bruitages intégrés aux contes visionnaires de Iarla n’ont eu d’autre but que de mettre en perspective et en relief l’aridité première de son style de chant. De fait, à la faveur d’une écoute un tant soi peu concentrée et disposée, on s’y accoutume bien vite, et on se laisse hypnotiser tant par le timbre rustique du sean-nós de Iarla O’LIONAIRD que par les horizons sonores qui lui ont été adjoints. L’accès par sept paliers à la miséricorde et la possibilité de déchiffrer le ciel méritaient bien ces guides initiatiques…

Druidix

Site : http://iarla.com/wp/

Label : https://realworldrecords.com/artists/iarla-o-lionaird/

(Chroniques originales publiées dans
ETHNOTEMPOS n°7, et remaniées en 2021)

 

 

 

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