Japon : Ensemble YONIN NO KAI – Jiuta & Kotouta

Print Friendly, PDF & Email
Japon : Ensemble YONIN NO KAI – Jiuta & Kotouta
(OCORA Radio France)

Comptant parmi les genres de musique traditionnelle japonaise, le jiuta a une histoire qui se confond quasiment avec celle du shamisen, un luth à long manche et aux cordes pincées dont on joue avec un plectre, et qui est dérivé du sanxian chinois. Il a été introduit au Japon à la fin du XVIe siècle et a en quelque sorte supplanté le biwa dans l’accompagnement des chants et des déclamations de récits. Le terme jiuta désigne ainsi un type de chant accompagné au shamisen dont l’origine se situe dans la région de Kamigata, qui inclut les villes de Kyoto et d’Osaka, et qui se distingue donc des chants d’Edo (Tokyo).

À cette époque, le jiuta était joué et enseigné par des musiciens aveugles, les Todoza. S’étant propagé dans tout le Japon, le jiuta a englobé plusieurs types de musique vocale, comme le tegoto-mono (chant avec d’imposantes sections instrumentales), le kumiuta (suite de poèmes), le jôruri-mono (forme de narration modulée avec accompagnement musical), le yôkyoku-mono (issu du théâtre nô) et le saku-mono (issu du théâtre burlesque) et a été intégré à la musique de koto (cithare de 13 à 17 cordes) et à la musique de shakuhachi (flûte en bambou). Sont ainsi apparus des duos de shamisen et de koto, puis des trios (sankyoku) de shamisen, koto et shakuhachi.

C’est ce type de formation que l’on retrouve sur ce disque, au sein de l’Ensemble tokyoïte YONIN NO KAI, dont la création remonte à 1957. Fort d’une expérience scénique et discographique dans le domaine de la musique traditionnelle comme dans celui de la musique contemporaine (notamment avec Henri POUSSEUR, Iannis XENAKIS, Michio MAMIYA et Yutaka MAKINO), l’Ensemble YONIN NO KAI interprète dans cet album d’imposantes et rares pièces de jiuta datant du XIXe et du début du XXe siècles, et qui se distinguent par leurs combinaisons instrumentales.

La première, Yaegoromo, de presque vingt minutes, est la seule à faire intervenir les trois instruments, soit le koto de Mitoko TAKAHATA, le shakuhachi de Kôzan KITAHARA et le shamisen de Sumiko GOTO, avec le chant de Setsuko KAKU. Dans cette pièce, cinq poèmes juxtaposés sont interprétés par cette Setsuko KAKUI, qui interrompt son chant à deux reprises, selon la règle du tegoto, pour laisser les instrumentistes déployer tous leurs talents dans des mouvements plus véloces empreints d’un lyrisme aérien.

Shin-Kinuta est un duo pour koto et shamisen issu du genre kinuta, relatif au foulage des étoffes. La pièce, composée de quatre parties, évoque en effet les sentiments que traverse une femme dans l’attente de son mari parti pour affaires depuis trois ans, sentiments exprimés par le jeu particulièrement élaboré du shamisen ; tandis que le koto ponctue le morceau d’une note tenue et répétée, évoquant précisément le rythme du foulage d’étoffes.

Akikaze No Kyoku, composée au XIXe siècle par MITSUZAKI, réformateur de la musique de koto, offre l’opportunité à Sumiko GOTO de briller tant au chant qu’au koto, lequel s’émancipe amplement de son rôle de soutien au shamisen en faisant montre de complexes techniques de jeu.

Le dernier morceau est également une pièce soliste mettant cette fois en valeur le shakuhachi de Kôzan KITAHARA. Composée au début du XXe siècle par Nakao TOZAN (fondateur d’une école de shakuhachi), Kôgetsu Chô est constituée de deux sections contrastées qui exprime des sentiments sombres, entre angoisse et aspiration au répit, inspirés par la guerre russo-japonaise qui éclata à cette époque.

L’Ensemble YONIN NO KAI avait déjà plus de vingt ans de pratique quand il a enregistré le présent disque chez Radio France en 1979, pour une publication deux ans après en disque vinyle, réédité pour la première fois en CD en 1998, puis remis aujourd’hui à disposition sous forme de CD digipack. Ce disque est longtemps resté le seul de YONIN NO KAI disponible en Europe, jusqu’à ce que le groupe enregistre un autre album, dédié cette fois au répertoire de sankyoku, encore une fois chez OCORA, en 1994, et dont on espère également la réédition.

Stéphane Fougère

Label : www.editions.radiofrance.fr/category/collections/ocora

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.