JOHN TRUDELL – Bone Days

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JOHN TRUDELL – Bone Days
(Asitis / Fargo Records)

Initialement paru le 31 octobre 2001 sur son propre label Asitis Production, Bone Days, le nouvel album du poète musicien Dakota Santee John TRUDELL, a enfin été rendu disponible à la vente dans nos contrées en 2002. Ce n’est que justice rendue à cet immense bonhomme qui a choisi la musique et les mots pour continuer son combat et son engagement envers les siens. On se souvient du passé tragique de cet ancien activiste politique engagé aux côtés de Leonard PELTIER dans l’American Indian Movement, et dont l’action militante pour faire valoir les droits élémentaires de son peuple aura coûté la vie aux êtres qui lui étaient les plus chers : sa femme et ses trois enfants, assassinés en 1979 par des milices à la solde du gouvernement fédéral. TRUDELL se relèvera de ce cauchemar sans nom en cicatrisant sa peine et sa colère au moyen de ses vers et de sa musique.

Son inspiration d’être humain à fleur de peau donnera naissance à quelques-unes des œuvres les plus marquantes de la musique rock (Aka Grafitti Man, Johnny Damas and me, Blue Indians…), même si celles-ci restent à mon sens encore trop méconnues du grand public. Le terme «musique rock» est d’ailleurs bien faible pour précisément qualifier le style d’expression unique de John TRUDELL, artiste franc et intègre, maître incontesté du “talking blues”.

En effet, l’homme ne chante pas ses vers, ils les parle de sa voix chaude, expressive et profonde, sur fond de musique rock’n roll tantôt blues, tantôt country (voir jazzy et éthérée), fusionnée en un mélange unique et original à des sonorités traditionnelles amérindiennes.

Bone Days s’inscrit dans la droite lignée de Blue Indians, son magnifique prédécesseur (mais sans jamais tomber dans l’auto-parodie), nous offrant une nouvelle collection de treize morceaux “engagés” chargés de sens et d’émotion.  Certains résonnent en nous comme de véritables hymnes à la vie, de véritables prières (à commencer par le titre d’ouverture Crazy Horse, où TRUDELL rend hommage à l’enseignement d’un des plus grand personnages de l’histoire de la nation sioux).

L’album est produit en exclusivité par l’actrice américaine Angelina JOLIE (eh oui !, Lara Croft en personne !) qui pour l’anecdote a été récemment nommée “Goodwill Ambassador” à la Haute Commission pour les Réfugiés des Nations-Unies. On en comprend d’autant mieux son vif intérêt pour la musique de John TRUDELL ! Sans les encouragements et surtout sans l’intervention de cette dernière dans la réalisation de ce nouveau disque, celui-ci n’aurait peut être jamais vu le jour. TRUDELL d’ailleurs ne se gênera pas pour copieusement la remercier au cours d’interviews qu’il accordera suite à la parution de son nouveau chef-d’œuvre (n’ayons pas peur des mots).

L’inespéré Bone Days fut donc enregistré au début de l’année 2001 à Los Angeles avec le groupe BAD DOG (formation attitrée de TRUDELL) constitué des guitaristes Billy WATTS et Mark SHARK (slide, guitares électrique et acoustique), du claviériste Ricky ECKSTEIN (également crédité aux percussions), et du chanteur lakota QUILTMAN, l’ombre géante de TRUDELL depuis ses débuts sur la scène musicale.

On retrouvera également quelques “guest musicians”, dont le bassiste Bobby TSUKAMOTO, Debra DOPKIN (percussions additionnelles) ainsi que trois chanteurs : Carol ECKSTEIN, Hayley HUTT et Piper-Leigh DANIELS. La richesse instrumentale et la diversité des styles musicaux proposés durant les 55 minutes de Bone Days ne se sont jamais autant faites sentir qu’au sein de cet album passionnant et envoûtant de bout en bout, à écouter avec respect, voire dévotion pour certains (dont je fais partie).

Que vous dire de plus de Bone Days, si ce n’est que de courir vous le procurer en urgence ? Mes mots feraient en effet bien “pâle figure” (attention clin d’œil !) pour tenter une description en profondeur de l’art de ce monsieur John TRUDELL. Je préfère donc vous laisser savourer les siens… Mitakuye Oyasin !

Philippe Vallin

Site : www.johntrudell.com/

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n°10 – avril 2002)

 

 

 

 

 

 

 

 

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