Les Traversées Tatihou 2013 – Festival des Musiques du Large

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Les Traversées Tatihou 2013

FESTIVAL DES MUSIQUES DU LARGE

19e édition du 10 au 24 août 2013

Les Traversées Tatihou n’est décidément pas un festival comme les autres. Il y a d’abord le lieu insolite et magique, sublime petit bout de terre accessible par la grève à certains moments de la journée. Et puis, il y a la programmation exigeante, de qualité, riche en découvertes. Enfin, il y a cette ambiance unique, chaleureuse, humaine, loin des « gros événements » qui peuplent l’hexagone pendant l’été. Une invitation au voyage hors du commun en partie due aux nombreux bénévoles qui savent allier gentillesse et disponibilité afin de rendre ces journées encore plus agréables et accessibles.

Pour cette 19e édition, la manifestation gérée par le Conseil Général de la manche a attiré plus de 11 200 spectateurs (plus de 5 % de progression par rapport à 2012, 10 600 spectateurs)… un succès mérité, plutôt rare en ces temps de crise et qui en dit long sur sa capacité d’attraction.

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Depuis l’an passé, les Traversées se sont agrandies pour s’étendre dans le temps et sur différentes communes du Val de Saire. Une assistance nombreuse a ainsi pu écouter dans le cadre du Tatihou Tour la harpiste Cécile CORBEL à Barfleur et le groupe PIED’sTRAD à Quettehou et Montfarville. Le public a pu aussi se rendre à des expositions (Accordéons de Robert SANTIAGO), un atelier de cuisine cajun avec Sarah SAVOY, des séances de cinéma (les deux documentaires de Jean-Pierre BRUNEAU consacrés à la Louisiane Dedans le Sud de la Louisiane, Louisiana Blues et le beau film de Bernard FAVRE, La Trace), des dédicaces et des visites guidées.

Ajoutons à cela (du 20 au 24 août), Les Concerts sur le Zinc dans les bars de Saint-Vaast (Avec cette année FEMMES DE MARINS, STRAND HUGG et NOCTAMBULES, une scène spéciale Avis aux amateurs pendant trois après-midi sur le port et des groupes en déambulation dans les rues et les sites du festival: LA LOURE et la fanfare GIPSY PIGS.

16 ensembles artistiques venus de différents pays (Pas moins de huit se présentaient au public français pour la première fois) se sont produits pendant 4 jours dans les deux chapiteaux, l’un sur l’île et l’autre sur le port de Saint-Vaast-la-Hougue distant de deux kilomètres.

Revue de détail :

20 août. Journée « Rencontres au féminin »

Venu d’Ukraine, DAKHABRAKHA a ouvert les festivités sur l’île. Créé en 2004 au sein du théâtre Dakh de Kiev par son directeur Vlad TROÏTSKYI, son nom peut être traduit par « donner/ prendre » en ukrainien ancien. Les trois musiciennes en longues robes blanches et hautes coiffes et leur complice (violoncelle percussions accordéon claviers, bruitages vocaux) mélangent mélodies anciennes collectées dans les villages et polyphonies de toute beauté en y mêlant des sons et des rythmes venus d’ailleurs, inventant ce qu’ils nomment un « ethno-chaos », entre Europe et Orient.

Envoûtant.

ISABEAU VALOIS (voix, mandoline, banjo, piano) et « LES CHERCHEURS D’OR » François GAGNON (guitare, voix, harmonica), Simon PELLETIER-GILBERT (batterie, voix, percussions), Marie-Christine ROY (violon, mandoline) et Luke DAWSON (contrebasse) viennent de la bonne ville de Québec. Puisant au fond de la tradition, du folk américain et de la chanson, ils reprennent des oeuvres de Bill MONROE, Hank WILLIAMS ou encore Townes VAN ZANDT et Lou REED. Et comme ils n’oublient pas leurs racines, ils ont rendu un bel hommage à Félix LECLERC disparu il y a 25 ans en réinterprétant à la sauce country un de ses titres emblématiques (100 000 façons de tuer un homme).

Premier soirée sur le port avec les jeunes californiennes de WHISKEY AND WOMEN (Rosie Grace STEFFY : violon, percussions, Joan Wilson RUETER : violon et Renée DE LA PRADE : accordéon diatonique muni d’un système de basse unique !). Brassant allègrement compositions originales, vieux classiques de la musique cajun de Louisiane (Colinda, Allons à Lafayette), blues (Baby please don’t go), succès de Johnny Cash, rock, musique celtique et même chansons à boire (Chevaliers de la Table Ronde) le trio à l’énergie punk folk a enflammé le chapiteau dans la joie et la bonne humeur.

21 août. « Entre Mer du Nord et Baltique »

Constitué autour du violoniste Fergal SCAHILL originaire de Galway, la formation irlandaise FREEWHEEL comprend aussi Sean McCARTHY (uilleann pipes) David HOWLEY (guitare, chant) et un percussionniste. Revisitant le répertoire traditionnel avec dynamisme, musicalité et des arrangements souvent country et bluegrass, le public a apprécié la fougue des quatre musiciens et leur complicité évidente. Un groupe à suivre.

Petite déception avec AULI, fondé en 2003 à Riga en Lettonie. Les cinq cornemuses, le violoncelliste et les trois percussionnistes mixent nouveautés et thèmes lettons anciens. Certes, les costumes sont ravissants, les mélodies pleines de charme et la présence de ce beau monde incontestable. Les orchestrations ne sont malheureusement pas d’une grande subtilité et l’ensemble manque de chaleur et même un peu d’humour. Dommage !

Le quatuor électro-folk ASYNGE a vu le jour en 2002 au Danemark. La chanteuse à la voix ample et profonde Nanna BARSLEV (chant et percussions) et les multi-instrumentistes Søren HAMMERLUND (vielle à roue, bouzouki, nyckelharpa, electronics), Martin SEEBERG (viola, violon, flûtes, lyre, jawsharps) et Mads KJøLLER-HENNINGSEN (flûtes, cornemuses, vielle à roue, bouzouki) réinventent des musiques venues de loin dans l’espace et le temps : Berceuse, complaintes, ballades…mais aussi des airs de danse revigorants.

Magique

22 août. « Dans l’Imaginaire Celtique »

Colm PHELAN (Bodhrán, percussions), James HARVEY (banjo, mandoline), Áine MCGEENEY (chant, violon), Tadhg O’MEACHAIR (accordéon, claviers) et Conal O’KANE (guitare), forment l’ensemble GOITSE. Réunis à l’Université de Limerick il y a à peine trois ans, leur premier album sorti en 2010 a eu un beau succès. Malgré une sonorisation moyenne, l’assistance a salué la belle et dynamique prestation de ce quintet prometteur.

Créé en 1984 par Donald SHAW, CAPERCAILLIE (« coq de bruyère ») est un des piliers de la scène folk écossaise et a vendu un million d’albums à travers le monde. La seule « vraie » tête d’affiche du festival, très attendue du public de Tatihou a donné un bon concert mais sans plus… S’appuyant sur des musiciens remarquables (batterie, percussions, basse, violon, flûte, accordéon, guitare, bouzouki) et la voix toujours exceptionnelle de Karen MATHESON, les nombreuses chansons et les quelques instrumentaux bénéficient d’arrangements de toute beauté. Un surplus d’émotion aurait fait la différence.

Composé de la pétillante Paloma TRIGA (violon voix) qui a joué entre autres avec THE CHIEFTAINS, Sharon SHANNON et Carlos NUÑEZ et de ses impressionnants complices Joe BROUGHTON (violon, guitare, mandoline), Frank MOON (oud, guitare, voix) et Tom CHAPMAN (percussions, voix), THE URBAN FOLK QUARTET embrasse de nombreuses influences : des mélodies celtes au groove du funk, des airs moyen-orientaux aux rythmes indiens, le quatuor joue avec une joie et une énergie communicative un style musical sans frontière.

La grande surprise de cette cuvée 2013.

23 août. « Autour du violon et de l’accordéon »

Le guitariste, arrangeur et compositeur normand Mathias DUPLESSY ET LES TROIS VIOLONS DU MONDE Enkh JARGAL (vièle mongol môrin khuur et chant diphonique höömii), Guo GAN (violon chinois ehru) et Sabir KHAN (vièle sarangi indienne) ont fait lever les 1200 personnes du chapiteau de l’île de Tatihou. Leur création subtile et raffinée restera dans les annales du festival. Un voyage éblouissant, des steppes aux déserts, des montagnes arides aux vallées vertes pour un public plus habitué aux ressacs et à la bruine normande.

Accompagnée d’un groupe folk-rock (batterie, basse, guitare électrique, banjo), la toujours jeune et énergique violoniste acadienne DOMINIQUE DUPUIS a offert à un public conquis d’avance de nombreuses pièces traditionnelles, des créations originales extraits de ses deux albums et même la reprise d’un célébrissime titre de Paul MC CARTNEY (Live and Die). Un très agréable moment. Seul petit reproche, le volume sonore un peu étourdissant…

Cinq grandes maîtres européens de l’accordéon diatonique en une seule soirée… et pas n’importe lesquels : l’Italien Riccardo TESI, le Français Bruno LE TRON, Markku LEPISTÖ venu de Finlande, le Belge Didier LALOY et l’Irlandais David MUNNELY réunis pour le meilleur et…pour le meilleur ! Entre climats voluptueux et équipées retentissantes, SAMURAI propose un répertoire d’une folle inventivité. Ils ont reçu le Grand Prix de l’Académie Charles Cros 2011 en France et l’Octave de la musique 2012 en Belgique.

24 août « L’Île Tatihou invite la grèce »

Regroupés autour du couple turco-grec Pelin SUER et Stelyo BERBER, les musiciens (percussions, contrebasse, oud, kanun et violon), choristes, danseurs et comédiens de CAFE AMAN ISTANBUL ont fait revivre avec talent l’épopée du rembétiko, cette musique métissée des émigrés des quartiers populaires d’Athènes de la première moitié du XXe siècle.

Dernier concert sur l’île avec le multi-instrumentiste, chanteur et compositeur MICHALIS TZOUGANAKIS et son groupe. Renouvelant avec dextérité (Certains n’hésitent pas à le surnommer « le Carlos SANTANA du luth ») le répertoire des musiques de Crète, il a provoqué la ferveur du public en croisant la tradition avec des sons et des accents contemporains.

Cette 19e édition se clôturait de belle façon à Saint-Vaast avec les vétérans venus du pays de Fougère IHNZE et le sonneur Thomas LOTOUT (alias TITOM) et ses musiciens pour un grand fest-noz, afin de célébrer l’inscription du traditionnel bal breton par l’UNESCO en décembre dernier, au patrimoine immatériel de l’Humanité.

La vingtième édition des Traversées Tatihou aura lieu du 1er au 14 août 2014.

Site : http://www.manche.fr/culture/traversees-tatihou.aspx

Frantz-Minh Raimbourg

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