L’HIJÂZ’CAR

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L’HIJÂZ’CAR
(Buda Musique)

lhijazcar1Ça y est, L’HIJÂZ’CAR sort enfin du placard, fait son coming-out, bref, sort son premier vrai disque en tant que groupe autonome depuis sa création en… 2000 ! Le quintette (strasbourgeois, comme son nom l’indique…) s’était surtout fait connaître jusqu’ici à travers des créations avec d’autres artistes (Les Cavaliers de l’Aurès, avec Houria AÎCHI, mais aussi Sha’Ir Majnûn avec le chœur touareg LALLA TAHRA ou encore le quatuor à cordes d’Aziz BOULAAROUG, sans parler du GEM et de l’ELECTRIK GEM, dans lequel L’HIJÂZ’CAR se dilue ponctuellement). Sans doute un EP a-t-il même circulé durant la préhistoire du groupe, forcément introuvable aujourd’hui, donc ce CD paru chez Buda Musique est la première carte de visite officielle de L’HIJÂZ’CAR. Une écoute même rapide dissuadera toutefois les plus pressés de le considérer comme un album de jeunesse, un “essai” à transformer, etc.

Car une musique de ce calibre-là ne peut être que l’aboutissement d’une quête qui a patiemment posé ses jalons, a pris le temps de peser héritages et influences, d’en explorer les substances, les formes et les contours pour les jeter pêle-mêle dans un vaste chaudron bouillonnant d’inspiration, en se débarrassant des grumeaux théoriques.

Le personnel de L’HIJÂZ’CAR n’allait pas jouer plus longtemps à cache-cache sous les haillons de la justification traditionaliste ou « musiquesdumondiste ». Tombent les masques, il s’agit de montrer fièrement et en pleine lumière de quoi ce groupe est vraiment fait ! En l’occurrence, il est constitué de musiciens aux parcours suffisamment bigarrés et foisonnants pour oser l’innovation en forme de coup de pied dans la fourmilière world. Musiques traditionnelles, musiques contemporaines, jazz, musiques improvisées, musiques électriques… fini de devoir choisir, on prend tout, on touille sérieusement, et on joue une musique qui ne ressemble qu’à soi-même. Voici donc L’HIJAZ’CAR tel qu’en lui-même, c’est-à-dire un quintette mélodique moderne et acoustique !

Il y a la clarinette basse de Jean-Louis MARCHAND, le tarhu (sorte de violon à pique) de Nicolas BECK, la contrebasse de Vincent POSTY, les percussions d’Étienne GRUEL et le oud de Gregory DARGENT, le directeur artistique de l’ensemble. La formation en elle-même combine timbres jazz et couleurs world méditerranéennes et orientales. Mais la musique de L’HIJAZ’CAR ne s’arrête pas exactement à ces pôles stylistiques.

D’une composition à l’autre, chaque musicien explore les matières sonores de son(ses) instrument(s) dans les entrelacs de rythmes composés et obsédants, de dissonances exigeantes, de cassures thématiques, de rebondissements impromptus, de mouvements soufflés, de frénésies cahotantes en contemplations distendues. Tout en empruntant aux maqam turcs, le son de L’HIJAZ’CAR s’est nourri des apports d’un Olivier MESSIAEN, d’un Igor STRAVINSKY, d’un Fred FRITH ou d’un SHOSTAKOVITCH. L’HIJÄZ’CAR ose autant les mélodies entêtantes que les écorchures improvisées, les soli en résonance plutôt que nombrilistes, les écoutes mutuelles, les osmoses qui définissent un vrai son de groupe, un son unique.

Ce n’est peut-être pas de la « vraie » musique savante orientale, ni une copie de musique savante orientale, mais c’est une musique savamment populaire, qui appelle à une écoute approfondie, disponible. Et qui sait verser dans l’érudition décontractée. Quand on ose intituler ses compositions We All Scream for Ice Cream, Igor noir, Le Cuirassé Potentat ou Tyran Irak, c’est qu’on a vraiment plus rien à craindre ! Ou à perdre. Mais à écouter L’HIJÂZ’CAR, on a tout à gagner !

Site : www.hijaz-car.com

Label : www.budamusique.com

Stéphane Fougère

 

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