LOOK DE BOUK – Le Monde entier moins le monde entier sans vous

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LOOK DE BOUK – Le Monde entier moins le monde entier sans vous
(In Poly Sons / Musea)

Encore un retour qui ne nous rajeunit pas ! Surtout que celui-ci célèbre un état d’enfance qui n’en finirait pas. Il est vrai que seul importe pour le label In Poly Sons l’”art musical sempiternel”. Mais tout de même, LOOK DE BOUK, ça nous ramène au bon vieux temps du label AYAA, le festival des musiques de traverses à Reims, et tout le toutim… C’est du reste en 1985 que remonte sa naissance discographique, avec Laecrimae Rerum, qu’une réédition CD a rappelé à notre bon souvenir en 2001, sous le titre L’Âcre Hymne aérait Rome. Gaminerie d’un jour, gaminerie toujours… Alors certes, ça remonte à quelques lunes, mais l’art “pechno-brut” du trio, qui baigne par essence dans la perpétuelle jouvence, a le mérite rare de ne pas vieillir, et pour cause !

Son enfance sempiternelle, LOOK DE BOUK ne l’use pas outre-mesure, ce qui explique peut-être sa longévité. Car tout de même, son dernier album remonte à 1990 ! Depuis Bec et Ongles, les trois garnements ont surtout assuré leur longévité en musardant de compilation thématique en compilation thématique (Ubu et la Merdre, Hardis Bruts, MW pour Robert WYATT, No More No Mouroir, Pechno Hits…) et en jouant dans d’autres bacs à sable (TOUPIDEK LIMONADE, SZENTENDRE…).

Plus d’une décennie plus tard, comme on pouvait s’y attendre, la “pechno pop” d’Étienne HIMALAYA, de Denis TAGU et de Kwettap IEUW n’a pas pris une ride. Le Monde entier moins le monde entier sans vous livre seize nouvelles pochades tout aussi branquignolesques qu’auparavant.

Muni de chansons-bouts de ficelle, de couplets-bouts de scotch et de refrains-bouts de colle, LOOK DE BOUK redéfinit l’enfance de l’art. Avec ses mots tripotés et ses mélodies renversées, marqué des sceaux croisés de Jean DUBUFFET, d’Albert MARCŒUR, de Pascal COMELADE et du “Prince des penseurs” Jean-Pierre BRISSET, il impose le parc d’enfant comme terrain d’expérimentation musicale dans le vaste et parfois aride univers des musiques nouvelles.

Là ou certains se rouillent les méninges à vouloir “sonner” modernes, LOOK DE BOUK prend un malin plaisir à atteindre l’authentique en sonnant “faux”, utilisant tout plein de faux instruments (fausse trompette, fausse clarinette, faux trombone timbré), une pléthore de percussions, et recyclant tout ce qui traîne dans la maison en l’absence des parents : pot de yaourt, verre d’eau, mouton, pompe à vélo, planche à découper, vache, ressort, Goldorak, etc.

Un nouvel album de LOOK DE BOUK, c’est un peu comme un non-anniversaire au pays des merveilles de Lewis CAROLL : on s’y amuse d’autant plus si on ramène tous ses copains. Ce nouveau non-anniversaire de LOOK DE BOUK, enregistré entre 1995 et 2002 (une journée, que c’est long !), voit donc la participation de Jean-François PAUVROS (oui, MARTEAU ROUGE, CATALOGUE…) à la mandoline électrique, de Didier PIETTON (oui, oui, ART ZOYD…) au sax alto, de Bernard ODOT (A GETHSEMANI, c’est cela…) au chant et à l’accordéon, et plus, vu que les affinités ne manquent pas.

Mais il n’est pas question de s’enfermer dans un univers autiste : bien au contraire, et comme l’indique le titre, LOOK DE BOUK part même ici en quête d’observation du monde entier, étalant sa connaissance de la géographie (« Ce n’est pas ici cet été-ci au lac d’Annecy ni à Nancy… Ça s’passe pas quand c’est l’hiver, Paul », dans Mais c’est où, alors ?), sa tirade sur l’instrument (« Le Musicien tient au sien, le macho le tient au chaud… », dans D’l’eau l’mythe a l’goût), ou sa réflexion sur la nouvelle monnaie (« la virgule m’envoie dans une pirouette, ça fait pas une cacahuète… une monnaie unique ne peut pas dépasser un », dans Rappy Birthday), et toujours cultivant la rime qui paye pas de mine mais qui devient vite hymne (« C’était un petit chant inattendu, perdu sitôt qu’entendu, qui se jouait de ma mémoire, comme une odeur de vieille armoire… » dans A ma mnèse).

C’est en jonglant avec ces « mots inutiles, insensés et sots (qui) n’ont d’autre ambition que d’enlacer les sons » que LOOK DE BOUK décrasse l’imaginaire du quotidien. À ses images sémantiques, il a joint cette fois l’image visuelle en incluant une piste vidéo permettant de voir le clip d’un morceau de son deuxième album, La Couverture du rat, dans lequel on retrouve tous les éléments de l’univers de LOOK DE BOUK : jouets mécaniques, poupées dévoyées et livres “pop-up” alternent avec des images du groupe en live, rareté suprême ! On aura beau dire, mais le monde entier sans LOOK DE BOUK, ça aurait nettement moins de gueule !

Stéphane Fougère

Pages label : http://inpolysons.free.fr

https://inpolysons.bandcamp.com/album/le-monde-entier-moins-le-monde-entier-sans-vous

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°15 – juin 2004)

 

 

 

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