MAHNA – Mahna

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MAHNA
(Autoproduction)

mahna-mahnaConcept polynésien désignant une émanation de puissance spirituelle, un vecteur d’efficacité symbolique ou un pouvoir d’influence ; eau minérale naturelle au Sénégal ; tonnerre en langue wallisienne (des îles Wallis et Futuna) ; fleuve de Guyane ; ville du Burkina-Faso ; rivière de Russie ; île de Nouvelle-Zélande, village de Serbie ; jeu de stratégie abstraite ; personnage de manga : les homonymies du terme « mana » garantissent à elles seules un tour du monde multi-dimensionnel.

Ajoutez un « h » en beau milieu de ce mana, et vous obtenez un « groupe vocal de création mouvementée », MAHNA, pour vous servir. A priori, il n’y a aucune allusion à cette fameuse chanson que l’Italien Piero UMILIANI avait écrite pour un obscur film sur la sexualité en Suède, et qui est devenue un tube popularisé par les MUPPETS, le Benny HILL Show ou encore Henri SALVADOR (Mais non, mais non).

MAHNA renvoie bien davantage à l’occulte, au mystère, à l’invocation divine. Y sont convoqués « le coq, les Anak Anak des femmes, l’homme sokwé, la Kadiyak de Joplin, la mangrove de l’Amour inestimable » (sic).

Quand le mana devient MAHNA, il ne perd rien en magie polysémique, et gagne de plus en voix. MAHNA est en effet constitué de cinq voix, trois féminines et deux masculines, qui s’expriment tantôt en langues authentiques qui ont cours quelque part autour du globe (à Cuba, en Finlande, à Java, aux Seychelles, au Congo, à Taïwan…), tantôt dans une langue imaginée qui évoque une culture rare, morte ou oubliée de quelque ethnie planquée sur un point indéfini du même globe, ou une civilisation extra-terrestre, à la manière du mythique kobaïen de MAGMA.

Et des Voix de MAGMA aux voix de MAHNA, il n’y a qu’une différence de cratère et de caractère. On pense aussi, bien sûr, à NOMAD ou à CHET NUNETA, qui ont déjà placé leurs voix au centre des ébats émotionnels. Mais chez MAHNA, il n’y a même pas d’instrument. Peut-être une percussion… à moins qu’il ne s’agisse d’un effet vocal. Car MAHNA exploite toute la palette de la voix, afin de chanter les vacarmes et les murmures du monde (ou des mondes) et tout ce qui palpite entre ces extrêmes.

Qu’ils adaptent des chants traditionnels ou s’adonnent à la composition (inspirée par les techniques vocales du monde), les trois femmes (Louisa BAILÈCHE, Serena FISSEAU, Emmanuelle GABARRA) et les deux hommes (Jean-Luc PÉNAFIEL, Le NAUN) de MAHNA élaborent une mise en circulation de leurs organes vocaux qui serait comme une illustration du libre-échange dans un espace cosmopolitisé. On a l’impression que chacun chante dans son coin pour mieux retrouver l’autre, ou bien chante à l’autre, qui chante à l’autre, qui chante… Les unissons se confrontent aux soli, les polyphonies aux monodies, chacun cherche tout le monde, tente le contact en usant de son ambitus, déployant tous les phrasés, les rythmes, les dynamiques, les souffles et les vibrations que la diversité des cultures met à disposition.

Pas de doute, il s’agit bien de « création mouvementée ». l’album a beau être court (une trentaine de minutes), les neuf pièces qui le constituent sont denses, labyrinthiques, vallonnées, rebondissantes, contrastées, charnues. Et sur scène, les voix de MAHNA n’oublient pas qu’elles ont des corps, dont les résonances s’esbaudissent dans une scénographie atypique.

Avec ses incantations dignes d’un chamane sibérien ou d’un sorcier vaudou, MAHNA captive, hypnotise, subjugue, ensorcelle. Il a judicieusement intitulé l’une de ses compositions Sortilège. Mais à vrai dire, toutes sont capables de jeter un sort à l’auditeur. Qu’importe si l’on ne saisit pas le sens des chants, leur mystère tient lieu de révélation.

Pages : https://m.facebook.com/mahnagroupe?ref=stream

http://www.maeveproduction.com

Stéphane Fougère

 

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