Miao XIAOYUN – The Art of the Chinese Lute // Xiao YING – The Art of the Chinese Harp Guzheng

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The Art of the Chinese Lute – Miao XIAOYUN (ARC / DOM)
The Art of the Chinese Harp Guzheng – Xiao YING (ARC / DOM)

Ces deux réalisations du label ARC viennent compléter son catalogue, déjà généreux, en matière de musique traditionnelle chinoise, mettant chacun en évidence la pratique et le répertoire de deux instruments à cordes, en même temps qu’elles font découvrir deux artistes féminines de renom.

Madame Miao XIAOYUN avait enregistré ce CD en 1998 pour le même label, qui le réédite six années plus tard avec un nouveau visuel. Cette virtuose des luths chinois récidive à présent, jouant pas moins de trois luths, dont deux types de ruan, un luth à quatre cordes, au manche long et au corps arrondi, vieux de quelque 2 000 ans, dans ses versions ténor et basse. Deux pièces sont également interprétées au pipa, un luth lui aussi pourvu de quatre cordes, au manche court, qui fait en quelque sorte la synthèse entre le ruan et le luth persan, et dont la caisse de résonance est piriforme.

Les huit pièces traditionnelles sélectionnées par Miao XIAOYUN se caractérisent chacune par leurs particularités techniques, leurs climats (tour à tour intimistes, retenus, tendus ou brillants et énergiques) et aussi par les éléments musicaux qu’elles mettent en évidence, faisant ainsi de ce CD un tour d’horizon des styles autochtones du Nord et du Sud de la Chine : style ouïgour dans Son qui vient de loin (laquelle pièce est la seule à bénéficier d’un soutien rythmique au tambour), style xi’an avec La Lune au-dessus de la demeure de Jade et Vue sur la rivière Qin, tandis que les deux premiers mouvements de Mémoire de Yun-Nan combinent maints éléments provenant de diverses cultures ethniques minoritaires du Sud de la Chine. (Il est à noter que le tympanon yan qin de XU PINGXIN accompagne le ruan ténor de Miao XIAOYUN sur ces deux mouvements.)

Le Tyran ôte son armure nous plonge pour sa part dans la Chine ancienne, à l’aube de la dynastie Han, puisque l’histoire contée dans ce morceau n’est ni plus ni moins qu’une variante de celle narrée dans la pièce sans doute plus connue Embuscades de tous côtés.

Tout comme Miao XIAOYUN, Xiao YING est entrée au conservatoire central de musique de Pékin en 1978 et a appris pas moins de cinq styles différents au guzheng, cette harpe-cithare d’1,80 mètre de long réminiscente du koto japonais. Le guzheng, qui fut populaire en Chine occidentale plus de 400 ans avant J-C n’a cessé au cours des siècles de voir son nombre de cordes augmenter. De 12, on peut aujourd’hui en compter jusqu’à 26.

Le CD de Xiao YING présente lui aussi un répertoire aux origines et aux techniques variées, avec une prédilection toutefois pour la musique traditionnelle du groupe ethnique hakka et le style chaozhou (ville côtière du Sud-Est de la Chine, dans la province du Guangdong). Mais l’on y trouve également des airs traditionnels des provinces de Zhejiang, de Shandong, ou encore du Tibet.

Faisant montre d’une grande élégance, Xiao YING joue ces mélodies évoquant des paysages gracieux et grandioses, des sentiments d’amertume et d’autres au contraire exaltés, alternant style doux et style dynamique en de sublimes élans poétiques. Outre le guzheng, les violes erhu et  yehu de Xiao YAOXING ou de Peng LING, la flûte traversière dizi et l’orgue à bouche sheng de Liu XIAOHU accentuent de leurs couleurs les reliefs paysagers et émotionnels de certaines pièces.

Imprégnés d’un profond raffinement comme d’une éblouissante vivacité, auxquels s’ajoute une belle fibre dramatique et poétique, ces deux disques ont le mérite de présenter la musique traditionnelle chinoise pour luth et cithare dans sa qualité première : la fraîcheur.

Stéphane Fougère
(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n° 16, février 2005)

Sites : www.arcmusic.co.uk
www.chinesemusic.co.uk

 

 

 

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