MISS GOULASH – Karaoke Karate Club

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MISS GOULASH – Karaoke Karate Club
(Ektic)

 

Pour mémoire, c’est un certain Gilles LAVAL (PARKINSON SQUARE), qui a initié MISS GOULASH en réunissant des musiciens venus de groupes et d’horizons divers pour travailler, improviser et composer ensemble en fonction des influences et des personnalités de chacun. René LUSSIER et Fred FRITH ont au passage servi de tuteurs, puis la MISS, une fois en état de marcher, a fait cavalière seule.

Il lui aura fallu quelque six ans pour daigner enfin entamer sa première grande sortie discographique (après deux fugues démo prometteuses) au grand jour et en grande toilette, et nous ouvrir les portes de son Karaoke Karate Club. Tout un programme, que la MISS inaugure en kimono très « select » et… très troublant !

On avait bien deviné, à l’écoute du précédent mini-CD, Haro Pacific Chimie Station, les penchants de la MISS pour les sons et les thèmes de l’Est, mais européen, pas asiatique ! Par quel miracle pervers les « balkaniqueries » punk de la MISS, poussées au bout du chemin, aboutiraient-elles à une « Japonitude » feutrée, rassérénée et endimanchée ? À d’autres…

De toute façon, il ne faut pas longtemps pour réaliser que MISS GOULASH est plutôt du style déluré sous ses apparences de geisha timorée et que son antre sonore, domicilié en région lyonnaise (Villeurbanne), a tout de l’auberge espagn… euh… disons du loft européen libertaire et tapageur.

À une formation rock standard (guitare, basse, batterie et voix déjantée), elle allie cordes classiques (violon, violoncelle) et fanfare cuivrée (saxophone, trompette, clarinette) pour un melting-pot ouvertement débraillé et bouillonnant. Picorant allégrement dans le free-rock, le tzigane, la noise, le jazz ou le progressif, MISS GOULASH télescope les styles avec une maîtrise aiguë de la structure tarabiscotée et une énergie libertaire infaillible, conjuguant les échos de NO SMOKING ORCHESTRA et de THE EX en passant par ceux de MISTER BUNGLE et de NAKED CITY, et de bien d’autres encore.

Alfred HITCHCOCK, Akira KUROSAWA et Jean-Luc GODARD ont été invités à saupoudrer la tambouille « goulashienne » par samples interposés, et des extraits de cours de guitare et d’auscultation cardiaque ne font qu’ajouter à l’ébullition confusionnelle des mots baragouinés, déformés, hurlés ou murmurés du déjanté Seb RADIX.

Adepte jubilatoire de la déglingue multiculturelle, MISS GOULASH aime les hybridations fiévreuses, les festins éméchés, les partouzes luxuriantes, les rencontres sonnantes et trébuchantes, celles qui font bing ! sans pour autant faire clash ! et les éclats de rire sardoniques qui laminent tout sur leur passage.

Bref, elle incarne à elle seule une autre idée de la Constitution européenne, généreusement destroy sous ses mouvements alambiqués !

C’est toutefois sur une note sombre et acrimonieuse que se clôt l’album, et l’on ne peut s’empêcher d’y voir l’écho de la tragédie qui a frappé la MISS avant l’inauguration de son Karaoke Karate Club, qui fait malgré lui office de faire-part de décès là où Haro Pacific Chimie Station avait le rôle de carte de visite. Le guitariste du groupe, Guillaume QUEMENER (HAPPY ANGER, PLOD), a en effet disparu au début de l’année 2004.

Pas moins de quatre guitaristes ont été réquisitionnés pour suppléer ses parties de guitare. MISS GOULASH transcende son deuil sous une euphorie aigrie typique de son tempérament, et la parution de cet album est certainement la plus belle façon de rendre hommage à l’absent.

Stéphane Fougère

Sites : http://missgoulashonline.fr

www.ektic.org

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n° 18 – juillet 2005)

 

 

 

 

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