MOOD – L’Appel

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MOOD – L’Appel
(Autoproduction)

« La Terre est bleue comme une orange », a dit un jour le poète Paul ELUARD. Sur la pochette de cet album, la Terre ressemble à une orange juteuse, savoureuse et, sur la première page du livret attenant, elle brille dans un profond bleu nocturne au milieu d’autres étoiles lointaines. Est-ce un écho ? Mieux, c’est un Appel ! Toujours sur la pochette, cette Terre est de plus tenue d’une main par une Muse vocaliste désormais bien connue des fidèles lecteurs de RYTHMES CROISÉS.

Six ans ont passé depuis la première création discographique soliste de Maude TRUTET sous son nom d’artiste MOOD. Depuis, de l’eau a coulé sous les passerelles, des rivières se sont creusées, des montagnes ont été soulevées, des plaines ont été défrichées, la géographie musicale de MOOD s’est élargie, et elle-même s’est un temps ouverte au grand monde, au “grand public”, auquel elle a porté l’écho de sa si singulière voix à laquelle il n’était certainement pas habitué. Cela n’a pas empêché MOOD de porter patiemment son nouveau projet discographique, dont la gestation s’est de fait inscrite dans la durée.

Certaines chansons de l’Appel avaient certes été déjà dévoilées lors des concerts protéiformes que MOOD a donnés ça et là ces dernières années, ainsi que dans l’album (a)live réalisé en 2018 et uniquement disponible sur son site. On savait donc que la totalité de l’Appel allait se faire entendre un jour.

C’est désormais chose faite, et le hasard a voulu que cet Appel retentisse au sortir de cette étrange et déboussolante “parenthèse de temps” qui a enjoint la plupart des peuples de la Terre à ralentir, si ce n’est à stopper, leurs petites et fébriles agitations pour cause de menace sanitaire planétaire. Si certains humains ont mal vécu cette période, la Terre, elle, l’a certainement vécu comme un salutaire répit. C’est cette même Terre que MOOD nous tend en offrande pour illustrer son Appel. On ne pouvait rêver meilleur moment pour se mettre à son écoute.

Revoici donc MOOD en prêtresse du chant de la Terre, matrice de toute manifestation vivante et plateforme d’accueil pour tous les êtres humains. Les propos liminaires que MOOD a couchés dans le livret de son nouveau CD sont sans équivoque : ses chansons sont « des appels à croire en cette puissance incroyable et magique de la vie et de son impermanence, des appels à célébrer l’intelligence mystérieuse de ses mouvements, des appels à l’urgence de la défendre, des appels à protéger le Vivant » (sic). MOOD reste ainsi fidèle à la vision artistique et spirituelle déjà exposée dans Do Om, mais elle l’expose ici avec d’autres atours, d’autres atouts, fruits des diverses expériences et rencontres qu’elle a connues depuis.

Pour réaliser l’Appel, MOOD a retrouvé le producteur Jacques-Yves LAFONTAINE, qui avait déjà réalisé la première et unique trace de son projet L’EFFET DÉFÉE il y a quelques années. De nombreux musiciens sont de même venus poser leurs empreintes sur telle ou telle pièce, en fonction des tonalités et des ambiances souhaitées, pour conférer à l’ensemble un accent syncrétique mêlant le caractère organique et viscéral des instruments acoustiques de MOOD (harmonium indien, ttunttun – tambourin à cordes – gascon, percussions diverses) avec les résonances cosmiques et futuristes de l’électro et les possibilités offertes par la MAO. Les flûtes de Sylvain BAROU, les cordes du GARDEN TRIO, les cymbales, le didjeridoo, les toms et le kamélé n’goni de Jonathan CESARONI, les guitares de Stéphane KERIHUEL, le violoncello de Daniel TRUTET, le clavier modulaire d’Erwan RAGUENES et les fresques électro de Jesse LUCAS, Uriel BARTHELEMI et Julien HAGUENAUER ont été mis à contribution pour déployer les reliefs de cet univers ethno-électro si caractéristique de l’œuvre de MOOD.

Mais c’est bien sûr sa voix qui fait front, et elle livre une fois encore une palette expressive aux saisissants contrastes, du feulement à l’envolée, du sussurrement à la clameur, de la prière au mugissement, conjuguant toutes les teintes incantatoires et extatiques. Les modulations du chant classique indien et arabo-andalou sont toujours développées, à la différence près que le singulier « français-miroir » dont usait MOOD dans Do Om s’est effacé au profit du français tout court – comme c’était déjà le cas sur (a)live. Le français devient donc le langage dominant dans l’Appel, à l’exception de quelques bribes d’hindi et d’anglais dans Out of Body et d’indonésien dans la nouvelle version du toujours envoûtant Sri Rejeki.

Sans doute certains penseront-ils que ce choix de la langue de Molière fait perdre un peu du mystère et de la singularité à l’art vocal de la fée MOOD, mais l’usage qu’en fait cette dernière ne le cède en rien aux usages conventionnels de la “bonne vielle chanson française”. Au contraire, les textes de MOOD révèlent des arcanes aux éclats polysémiques à l’indéniable goût d’étrangeté, et d’où émane une saveur sensorielle et des fragrances sensuelles éminemment féminines.

Le « courage d’aimer » et les « Odyssées amoureuses » que chante MOOD offrent plusieurs strates de compréhension, et servent surtout de tremplins pour percevoir, pour ressentir l’indicible, l’insaisissable, l’impermanent, le subtil et le quintessentiel dans les inflexions de l’intime comme dans les mouvements de l’universel, dans les vibrations du cellulaire comme dans les pulsations cosmiques, et dans les danses en spirale des éléments.

L’Appel que lance MOOD est donc pluriel, à l’instar des métamorphoses qu’elle manifeste : au gré de ses chants, MOOD se fait louve, déesse vénusienne ou celtique (Ommadawn), enfant du Soleil, fille de lune, fille du vent levé, rizière, fleur de vie, corps subtil, particule d’âme, cœur-tambour, et l’on voyage avec elle de Rivières en Kaléidoscopes, on va De l’avant pour délivrer Le Message, on traverse une Fôret de croix nord-américaine (en compagnie de William Z. VILLAIN, qui partage un temps le chant “lead” avec MOOD) pour atteindre Minuit où l’on peut « mourir encore » afin de devenir un Autre toi.

L’Appel peut s’écouter comme une fresque fantasmagorique ; ses treize chansons ont pour vocation à illuminer, à réenchanter les forces vitales de l’humain, telles des hymnes-constellations dont les formes en pointillés ne se révèlent qu’à celles et à ceux qui savent tendre l’oreille aux échos des mondes interne et externe. MOOD est bien plus qu’une voix, elle est le réceptacle d’autres voix, celles de l’ombre comme celles de la lumière, réunies dans une effusion ascensionnelle. Suivez donc la voie de l’Appel…

Stéphane Fougère

Site : www.mood-mood.com

 

 

 

 

 

 

 

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