MORPHEUS HANG – Listening in the Dark

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MORPHEUS HANG – Listening in the Dark
(Sketis Music)

MorpheusHang_ListeningintheDark

Le « hang »… On aurait aimé pouvoir vous dire, histoire de faire rêver avec du mythe bon marché, qu’il s’agit d’un instrument ancestral et sacré (provenant forcément d’une ethnie disparue) injustement oublié et miraculeusement retrouvé, mais cet instrument acoustique de la famille des idiophones est en fait une invention très récente.

On pourrait même dire qu’il incarne le nouveau son de la world music du XXIe siècle, puisqu’il est apparu précisément en l’an 2000, fruit d’un long travail d’étude de la société PANArt Hangbau AG, basée en Suisse. Ses géniteurs, Felix ROHNER et Sabina SCHÄRER (encouragés par le musicien Reto WEBER), se sont inspirés de nombreux instruments émanant de diverses cultures, comme le gamelan indonésien, le ghatam indien, la scie musicale, le tambour, et bien sûr le steel drum (ou steelpan) des Caraïbes, ou encore la soucoupe volante extra-terrestre, avec laquelle il présente des similitudes formelles.

Le hang est en effet constitué de deux demi-sphères métalliques accolées formant caisse de résonance, sa partie supérieure (le « ding ») étant constituée d’une note fondamentale et de sept ou huit notes l’entourant, tandis que sa partie basse, (« Gu ») est une surface lisse dotée d’un trou en son centre. Il y a donc une note au milieu et huit notes réparties en cercle, et chaque timbre est constitué de trois sons harmoniques qui peuvent être obtenus différemment selon la technique de jeu. Le hang se joue généralement posé sur les genoux, et on le fait résonner en le frappant avec les doigts et la main, ou les deux mains. Du reste, hang, mot issu du dialecte de Berne, signifie « main ».

Vous l’avez immanquablement déjà entendu quelque part, même sans le savoir, surtout si vous êtes fans de percussions et suivez le travail de certains percussionnistes : Steve SHEHAN, Dominique MOLARD, David HOPKINS, Manu DELAGO, Talvin SINGH… tous ont intégré le hang à leur univers sonore, voire en ont fait le nouveau centre de gravité de leur processus de création. C’est notamment le cas du musicien et compositeur russe Yuri RUBIN, alias MORPHEUS HANG, qui lui consacre tout un CD solo, dans lequel il déploie de bien oniriques mélodies rythmiques imprégnées de vastes richesses harmoniques.

Consistant en cinq pièces de hang solo et de trois pièces (dont un « bonus track » !?) de sa proche cousine, la Caisa (steel drum convexe), cet album saura apporter un vent de fraîcheur bienvenu aux pratiques méditatives essoufflées et aux quêtes personnelles de ressourcement qui se seraient égarées.

Combinant les sonorités d’un gong, d’une harpe, d’un udu, le hang a été comparé à un son tombé du ciel. Il est sur ce disque une porte ouverte sur tout un monde à la fois céleste et intérieur que l’on découvre plus profondément à la faveur des vapeurs vespérales. Le titre est à lui seul un mode d’emploi : Listening in the Dark. Mais le titre du premier morceau, Last Day’s Morning, laisse entendre que les résonances métalliques du hang continuent de s’étendre jusqu’aux aurores.

Entre une danse serpentine et une berceuse spatiale, une évocation de l’automne ou d’un paysage balinais, MORPHEUS HANG convie également à une contemplation de ce vide entre les notes que l’on nomme silence.

Même si vous n’êtes pas amateur de rites méditatifs parfumés d’encens, Listening in the Dark est une expérience auditive métamorphosante qui vous convaincra que, lorsqu’il est infusé par le dieu des rêves, le silence est à portée de… main.

Site : www.myspace.com/morpheushang

Label : www.sketis-music.com

Stéphane Fougère

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