Musical Explorers : Deben BHATTACHARYA – Music of Tibet (CD + DVD of Archive Recordings)

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Musical Explorers : Deben BHATTACHARYA – Music of Tibet (CD + DVD of Archive Recordings)
(ARC Music / DOM)

La collection Musical Explorers du label ARC Music, grand pourvoyeur d’enregistrements de musiques traditionnelles, se targue de mettre à disposition une gamme de documents audio et vidéo plutôt rares, voire inédits, provenant de l’immense collection du célèbre « explorateur sonore » bengalais Deben BHATTACHARYA. Nous avions vu, avec le premier volume consacré au raga indien (Colours of Raga), que certaines pistes audio avaient déjà été publiées sur d’autres disques, de même que le DVD les accompagnant. Ce n’est pas avec ce nouveau CD + DVD consacrés aux musiques du Tibet que l’amateur trouvera davantage de documents réellement inédits ; mais ils sont indéniablement rares et ont une indubitable valeur documentaire, historique et culturelle, et leur réédition est à ce titre salutaire.

Le CD est la copie conforme de celui paru chez Frémeaux il y a une dizaine d’années sous le titre Music of Tibet – The Deben Bhattacharya Collection. Il contient pour moitié des enregistrements de musique sacrée captés en 1979 « in situ » dans des temples et des monastères tibétains en Inde, au Bengale-Ouest, au Sikkim et dans l’Himachal Pradesh, et pour autre moitié des enregistrements de musique profane effectués dans des communautés de réfugiés au Sikkim.

Les captations des temples présentent un beau panel de musique cérémonielle alternant des récitations et psalmodies avec des séquences instrumentales ponctuées de dantesques trompes, tintements de cloches, frappes de tambours et claquements de cymbales, mais également des prières matinales ou de l’après-midi et une lecture de textes sacrés. Certaines pistes se distinguent par leur atmosphère recueillies et intimistes, tandis que d’autres impressionnent par leur climat cultuel collectif et le déploiement de décibels dans les parties strictement instrumentales. Par contre, les fans de chants de gorge tibétains « façon Gyuto » en seront pour leur frais, car ce n’est pas ce qui prime ici.

Certes, il n’y a rien de très nouveau dans cette sélection, la musique sacrée tibétaine ayant fait l’objet de nombreuses autres disques à la qualité sonore souvent plus nette ; mais il ne faut pas oublier que ces enregistrements datent de presque 40 ans maintenant, de même que l’équipement dont usait Deben BHATTACHARYA… Bien sûr, le rendu des voix des moines dans les captations de musique cérémonielle peut paraître un poil étouffé, les frappes de tambours peuvent sembler ternes (en revanche, le son des trompes est d’un telle portée qu’il pourra faire fuir vos voisins encombrants), mais c’est à cela aussi qu’on reconnaît des enregistrements de terrain « authentiques ». C’était le choix de Deben BHATTACHARYA de restituer ces musiques dans leur contexte, plutôt que de les faire jouer dans le contexte aseptisé d’un studio. Et à cette époque, les moines tibétains n’effectuaient pas encore de tournées internationales et ne se produisaient pas « en concert » dans des salles plus ou moins prévues à cet effet…

Cette qualité rustique qui imprègne ces enregistrements offre l’avantage de restituer des « instants » de vie que la plupart des auditeurs ne risquent pas (ou plus) de vivre en direct. Ainsi de cette cérémonie du feu en mémoire des morts (Jensey) qui débute le disque : non seulement cette cérémonie ne se trouve guère dans d’autres disques de musique rituelle tibétaine, mais l’impression de proximité qui se dégage de la prise de son permet d’entendre jusqu’aux crépitements du bois dans le feu, de même que la piste illustrant une récitation de textes sacrés n’échappe pas à de légitimes « incidents sonores » comme des éternuements ou des bruits de klaxon !

Les autres pistes du CD présentant la musique folklorique tibétaine sont en tout cas de petits trésors, dans la mesure où on y entend jouer et chanter de très jeunes Tibétaines et Tibétains effectuant des danses religieuses et profanes accompagnés de flûtes « lingbu », et ponctuées de cymbales et de cloches. On y trouve aussi un chant patriotique et une chant de bénédiction de la province du Kham interprété par une voix féminine suave et mélodieuse.

Et c’est sur des résonances étirées de conques soufflées par de jeunes moines que se clôt le disque, et l’on n’échappe pas là non plus à un coup de vent dans le micro ! L’authenticité du contexte, toujours…

Le DVD contient pour sa part le court documentaire Echoes from Tibet, qui avait déjà fait l’objet d’une publication par le label Lyrichord, mais sa diffusion était assez restreinte (vente en ligne). Il a été tourné par Deben BHATTACHARYA en 1979 au Darjeeling, à Dharamsala et au Ladakh, appelé à juste titre le « Petit Tibet » puisque le paysage de plateaux et de montagnes neigeuses et rocailleuses y est identique. Ce film est une plongée dans les coutumes culturelles et sociales que la communauté tibétaine en exil a su préserver, vingt ans après l’occupation militaire du Tibet par l’armée chinoise.

On y voit surtout à quel point le chant, la musique et la danse font partie intégrante du quotidien. Tibétaines et Tibétains y sont « portraitisés » (nombreux plans rapprochés sur les visages et les costumes) entonnant des chants de travail durant les récoltes et les activités artisanales, ou assistant à des divertissements comme la danse du yak. Le théâtre tibétain y est de même présenté à travers une représentation de la pièce classique Prince Norsang, et l’on a également droit à un extrait d’une danse sacrée de la secte des bonnets noirs. Cerise sur le gâteau, le Dalai-Lama apparaît dans le film, à l’occasion d’une visite rendue dans un village d’enfants à Dharamsala.

C’est exclusivement le Tibet profane qui fait l’objet d’Echoes from Tibet ; il n’y a par contre aucune séquence se rapportant à la vie dans les monastères. En dépit de cette absence, il se dégage de ce film de 27 minutes une impression d’être face à un « Tibet éternel », archétypal, figé dans le temps, à quelques détails près… Mais toutes ces images ont quasiment quarante ans d’âge, et leur aspect archivistique renforce la sensation de décalage culturel qui y est illustré. Quoi qu’il en soit, avec son CD comme avec son DVD, Music of Tibet invite à une expérience immersive dont les amateurs de traditions asiatiques ne doivent pas se passer.

Stéphane Fougère

Label : www.arcmusic.co.uk

 

 

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