NEKROPOLIS (Peter FROHMADER) – Anubis Dance // NEKROPOLIS 23 – Vol. 1

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NEKROPOLIS (Peter FROHMADER) – Anubis Dance
NEKROPOLIS 23 – Vol. 1
(Nekropolis Records)

L’écoute de ces deux disques révèlent deux facettes totalement opposées de cet artiste prolifique que nous pouvons qualifier de “caméléon gothique”, j’ai nommé Mr. NEKROPOLIS, alias Peter FROHMADER.

Anubis Dance n’est pas vraiment une nouveauté, puisqu’il a été réalisé dans son studio, à Munich, il y a déjà sept ans. D’après ce que l’intéressé m’a dit, il n’y a pas de raisons spéciales à cette sortie tardive. Peu importe, car la musique d’Anubis Dance est intemporelle et reste au goût du jour, même en 2004. C’est tout simplement de la techno, voire même de la transe dans toute sa splendeur.

À titre de comparaison, cela peut se rapprocher de ses précédents albums Das ist alles et 2001, mais peut rappeler aussi le CD Trancelation de WAHNFRIED (groupe comprenant Klaus SCHULZE). Anubis est à oublier pour ceux qui sont réfractaires à ce style. Cependant, pour les autres, il serait dommage de passer à coté.

En effet, FROHMADER a intégré des samples de chants arabisants et de musiques orientales ; deux mondes, l’Occident et l’Orient, se rencontrent sur des titres comme Entrance, Anubis Rising, Initiation (électro arabesque), Ganesh.

Au total, nous avons neuf morceaux qui finissent par nous séduire avec leurs rythmes quasi-hypnotiques, tels des chants incantatoires, venant des machines obscures de Peter FROHMADER. Ce dernier est parfois accompagné de musiciens familiers, tels que Pit HOLZAPFEL (déjà présent sur Eismeer, et jouant ici du trombone sur l’excellent Ganesh, apportant ainsi une légère touche jazz), et Holger RUDER (batterie sur les deux “bonus tracks”).

Même si c’est un disque de pure “dance”, il n’empêche que nous retrouvons cette ambiance gothique si particulière, mais aussi ces boucles répétitives lancinantes (rappelant Cycle of Eternity) sur des morceaux comme Ganesh ou l’impressionnant No Panic. L’atmosphère, imprégnant Anubis Dance, est à l’image de l’œuvre de FROHMADER, toujours inquiétante, lugubre (Outer Limit), et pendant plus de 76 minutes, cet album nous entraine dans les abîmes mystérieux de l’Égypte Ancienne. Nekropolis rend un bel hommage à Anubis, dieu funéraire de l’Ancien Empire (3200 avant J.C.-2280), représenté avec une tête de chien sauvage ou de chacal, qui amenait les défunts dans l’autre monde et veillait sur les tombeaux.

La très flamboyante pochette est une représentation de cette divinité, que nous devons à Peter FROHMADER lui-même. N’oublions pas qu’il est également peintre, et qu’il réalise très souvent les “covers” de ses propres albums. En 1978, NekropolisMusik aus dem Schattenreich intriguait par sa froideur macabre et gothique. Ici, Peter FROHMADER crée une sorte de techno-ethno-trance gothique et dansante très appréciable (No Panic V. 2).

Vol. 1 est le premier album du groupe NEKROPOLIS 23 et dévoile un autre aspect de la musique de FROHMADER, tout aussi familier. Nous retrouvons l’ambiance “Krautrock” de ce qu’il faisait au temps de Kanaan Live 1975. Les cinq compositions ont été jouées en live et spontanément au Drum Art’Studio à Munich, entre mars et avril 2003. Peter FROHMADER m’a expliqué que c’était de l’improvisation collective totale. Cette méthode de création artistique (aucune ligne directrice n’a été définie avant d’entrer en studio) reflète sa vraie personnalité : celui-ci a en effet commencé à improviser énormément dans les années 1970. Le fait de « jouer d’une manière totalement libre » est une chose importante pour lui.

C’est donc une sacrée performance venant de FROHMADER (5 strings bass, fretless bass) et de son groupe constitué de Holger RUDER (batterie, cymbales, et propriétaire du Drum Art Studio, qui est une école de batterie à Munich), Udo GERHARDS (synthés, harmonium ; il a joué dans le groupe allemand SCYTH) et Matthias FRIEDRICH (violoniste et acteur).

Que ce soit en trio ou en quartet, la musique de NEKROPOLIS 23 allie habilement rock d’avant garde, jazz-rock, free-jazz, psyché et prog’. Les enchaînements sont réussis, à la fois complexes et mélodiques, avec des passages aériens ou plus intenses. D’abord calme et atmosphérique (l’inquiétante intro de Nightfall ou celle plus spatiale de Behind the Wall of Sleep faisant d’ailleurs penser à du Manuel GÖTTSCHING), la musique se transforme en un véritable tourbillon sonore, en un déluge apocalyptique ou en un carnage métallique, au choix (le colossal Grey Dawn of Day est effrayant à souhait ; et cela dure plus de vingt minutes). Celui-ci n’est pas sans rappeler le live de NEKROPOLIS datant de 1983, associant du Krautrock pur et dur à une certaine folie bruitiste métallico-urbaine à la EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN.

Tout le disque est ainsi marqué par le martellement de la batterie tribale, les attaques incessantes de la basse lourde ou du violon, heureusement apaisées par les douces envolées des synthés ou de l’harmonium. En écoutant le dernier titre prog-space, Nightfall, nous restons ébahis devant cette osmose entre les musiciens. Ils impressionnent par tant de puissance mélodique. Devachan reste le meilleur moment du disque : onze minutes de rock progressif dans le bon sens du terme, avec ces magnifiques synthés de GERHARDS, d’une rare puissance émotionnelle.

Ces deux albums nous font donc découvrir deux personnalités différentes chez FROHMADER. Sur Anubis Dance, il est un maitre de l’électronique (sampling…), abordant une musique facile d’accès qui suit le courant musical actuel. Le Vol. 1 de NEKROPOLIS 23 est, en revanche, nettement plus rock “underground” et prog’ avec cette sonorité typiquement 70’s : surtout lors des passages de synthés sur Dusk Express ou Nightfall, qui me font penser au groupe anglais AUTUMN. La musique très sombre est beaucoup plus cérébrale, et nécessite plusieurs écoutes pour l’apprécier pleinement.

Il y a donc le choix, mais une chose est sûre : ces deux CD sont recommandés par la maison. Parole d’un fan.

Cédrick Pesque

Sites : www.dbeau-arts.de/Nekropolis/

www.peterfrohmader.de/

(Chronique originale publiée dans
TRAVERSES n°15 – juin 2004)

 

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