Niqolah SEEVA – 3NE

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Niqolah SEEVA – 3NE
(Vlad / Absilone / SOCADISC / Believe)

Si cet album devait être résumé à un seul vocable, ce serait sans détours celui d’”hybridation “. Son auteur ne cherche du reste pas à se chercher des circonstances atténuantes, puisqu’il décline cette idée à différents niveaux. D’abord, le titre de ce disque, 3NE, en dépit de ses allures de nom de code “jamesbondesque” ou de mot de passe provisoire envoyé par mail à tous ceux qui ont encore oublié le leur en voulant se connecter sur leur centre des impôts, se prononce “one” et, outre qu’il indique on ne peut mieux qu’il s’agit du tout premier album du chanteur et chatouilleur de cordes Niqolah SEEVA (après deux EP autoproduits en 2008 et en 2011), symbolise également l’unité dans la multitude. On remarquera au passage que plusieurs titres de pièces incluses dans 3NE comportent des chiffres, en référence aux phonèmes arabes, qui n’existent pas dans l’alphabet latin sous forme de lettres. Tout lecteur candide de cette chronique aura donc tôt fait de soupçonner la présence d’éléments arabes dans la musique de Niqolah SEEVA, et il aura raison ! Mais de musique classique ou populaire arabe il n’est point question ici, du moins pas dans une forme “puriste”.

Comme par voie de conséquence, l’instrument dont joue Niqolah SEEVA est lui aussi hybride et a été baptisé en toute simplicité “Guit°arabia”. Il n’y a pas de tromperie sur la marchandise, puisqu’il s’agit bel et bien d’un instrument unique et original né du croisement entre un luth arabe (le oud) et une guitare Gibson Les Paul, deux instruments que Niqolah a beaucoup pratiqués auparavant.

Mais de découvertes en voyages (notamment un séjour au Maroc), Niqolah SEEVA, qui a trempé dans des projets rock, jazz et électro avant de se sentir appelé par les sons indiens, moyen-orientaux et maghrébins, a cerné au fil du temps son orientation et sa vision artistique. C’est elle qui l’a poussé à concevoir cette guit°arabia en partie frettée en quarts de ton égaux, comprenant une touche fretless en ébène, une tête et des chevilles inspirés du oud, le tout étant ornementé d’une rosace “parchemin”, une véritable œuvre d’art !

Cette hybridation instrumentale reflète à merveille la mixture savamment épicée de la musique qui est donnée à entendre dans 3NE : les dix compositions qu’il renferme sont nourries de sonorités tout à la fois acoustiques, électro et électriques et se distinguent par leurs mélanges de rythmiques impaires extra-européennes digitalisées et de “beats” binaires, d’harmonies pop-rock et de mélopées orientales à quarts de tons, dans une savante et goûteuse combinaison de musiques actuelles occidentales et de musiques du monde aux fortes fragrances orientales et indiennes.

La formation qui entoure Niqolah SEEVA est à l’avenant de cette vision hybride, incluant la contrebasse amplifiée de Rémi ALLAIN, les percussions orientales (Bachir ROUIMI), la batterie et le pad électronique d’Emmanuel BIRAULT, les flûtes de Sylvain BAROU (who else ?), les programmations de Florent EXMELIN, sans oublier le “sound design” de Sébastien GUÉRIVE. Et d’après vous, comment se nomme ce groupe aux rythmes croisés (ben oui, il fallait bien le dire…) qui accompagne Niqolah SEEVA ? L’HYBRID ORCHESTRA, oui, bonne réponse ! Étonnez-vous avec tout ça de trouver une chanson qui a pour titre… Hybrid Sonq ! S’il faut un hymne à ce projet musical, il ne faut pas le chercher plus loin !

Et histoire de boucler la boucle de la cohérence artistique, Niqolah SEEVA a également inventé sa propre langue. Imaginaire et syncrétique, fusionnant les sonorités anglaises et arabes, elle se nomme l’ “3enqlish” ou, si vous n’êtes pas totalement polyglotte, l’”anglarabe”. N’allez pas croire à une simple coquetterie esthétique de façade ! Pour Niqolah SEEVA, l’anglarabe exprime une quête d’unification (déjà illustrée par le titre éponyme 3NE) en même temps qu’une quête de soi et du monde actuel (N3ou Worrd).

Les textes de Niqolah SEEVA ne prétendent cependant pas revendiquer un engagement socio-politico-environemmento-je-ne-sais-quo. Si engagement il y a, il est de nature plutôt poétique et utopique, ouvrant sur un champ du rêve délibérément tourné vers un futur fantasmé, évoqué notamment dans Time 1llusion. Après le 2032 de GONG, le 2049 du Blade Runner de Denis VILLENEUVE, voici le 2075 de Niqolah SEEVA ! (Notez comme l’échéance ne cesse de s’étirer d’une vision artistique à l’autre !)

Abreuvé de traditions d’hier, véritablement conçu ici et maintenant, mais tourné à la fois vers demain et là-bas, 3NE passera certainement de prime abord pour un OVNI, bien qu’il soit sustenté de langages musicaux typiques de notre bonne vielle Terre, d’harmonies microtonales en traitements électro-acoustiques impulsés de vibrations rock. L’ébriété sonore dont fait montre Niqolah SEEVA et son HYBRID ORCHESTRA est confraternelle dans l’âme. Et comme le suggère la splendide illustration de pochette réalisée par Michel CARDON, 3NE est un agrégat de lucioles sonores habilitées à éclairer le chemin buissonnier de tout pèlerin harmonique qui cherche à élargir son écoute et son regard.

Stéphane Fougère

Site : http://niqolah-seeva.com/

 

 

 

 

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