OPUS MINOR – Opus Minor

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OPUS MINOR – Opus Minor
(Monster Melodies)

Des têtes montées sur des jambes ou appuyées sur des bras : le visuel de ce LP ne passe pas inaperçu. Il est l’œuvre de Jean-Claude LARDROT, l’un des musiciens du groupe OPUS MINOR. Ne cherchez pas son bandcamp ou son facebook, et pas davantage son myspace (on ne sait jamais, il y a des obstinés !), ce groupe n’existe plus depuis belle lurette et aurait bien sombré dans le puit de l’universelle ignorance si l’on n’avait retrouvé ces enregistrements vintage, apparemment les seuls à pouvoir témoigner du passage sur Terre d’OPUS MINOR, ce dernier n’ayant pas eu le temps de léguer un 33 Tours, et pas même un 45 Tours, de son vivant. Heureusement, il y a Monster Melodies, dont le labeur spéléologique mérite une fois encore d’être salué.

OPUS MINOR était un groupe parisien qui a sévi de 1970 à 1973, fondé par trois élèves-professeurs de l’École Normale Supérieure de Cachan : Jean-Louis GRASSI (bassiste), Jean-Claude LARDROT (claviers) et Guy AICART (batterie), bientôt rejoints par Philippe MARCENAC (guitare électrique) qui, lui, était étudiant aux Beaux-Arts de Paris.

Flanqué d’un cinquième larron, Daniel REYNET, qui s’occupait de la sono et de tout ce qui n’est pas musical (l’assistance technique, comme on l’appelle), le groupe s’est d’abord commis dans les “boums” estudiantines, puis s’est rôdé en se livrant à l’expérience communautaire, comme tout bon groupe “underground” de l’après-68, jouant dans le club d’un village de vacances de l’Hérault. C’est là qu’il a composé ses premiers morceaux.

Ayant obtenu un concours organisé par RTL, le quartette s’est produit dans de grandes écoles parisiennes, dans des salles comme Le Gibus et la Taverne de l’Olympia, et même… en banlieue (notamment au festival d’Auvers-sur-Oise) ! Ses faits d’armes marquants ont été d’avoir assuré en 1971 la première partie de VAN DER GRAAF GENERATOR (!) et de Michel POLNAREFF. Ça ne s’invente pas !

Les enregistrements qui composent cet album proviennent du studio de répétition de prédilection d’OPUS MINOR, à savoir les sous-sols de l’ENS de Cachan. (On est “underground” ou on ne l’est pas !). Le destin a voulu que ces enregistrements soient le chant du cygne d’OPUS MINOR, ses membres ayant repris une vie normale (c’est-à-dire une carrière d’enseignants) peu après. Cela explique pourquoi ces morceaux n’ont jamais été publiés sur disque auparavant. Les voici donc, plus de quarante ans plus tard, sans retouches ni ajouts, délibérément et fatalement “brut de fonte” !

Sur les onze pièces dont est constitué ce LP, sept sont chantés en français, trois en anglais et un seul est instrumental. Les morceaux en anglais illustrent l’influence de groupes comme CREAM, THE WHO et LED ZEPPELIN, parfois à la limite de la caricature (le bien nommé Lardrock), avec un chant aigu et outré pas toujours maîtrisé. (On ne saura vous dire de qui il s’agit, puisque trois des musiciens sont crédités au chant, histoire de brouiller les pistes!) Mais on devine aussi une influence du rock psychédélique, époque oblige ! Le morceau instrumental, placé au début de la face A, renvoie même l’écho de SOFT MACHINE, avec ce son d’orgue bien proéminent. Et Le Chien sans tête lorgne même vers le rock progressif avec sa cassure inattendue.

Du reste, dans les morceaux chantés en français, OPUS MINOR dépasse ses influences premières et épouse à fond le son et l’esprit du pychédélisme ambiant, cultivant des textes à la fois recherchés et farfelus, développant des thématiques très “urbaines”. Les hippies planqués dans leur trip au LSD sont bousculés en bonne et due forme dans Pour un peu de rêve (« L’Acide vous détruit pour un peu de rêve, L’ouvrier vous fuit, les flics vous achèvent »), les aboiements des “chiens du pouvoir” sont consignés dans Les Poings (« Les Poings des hommes étaient tendus Pour une érection sans vergogne, Pour une érection mais les cognes Auraient voulu qu’on débandat ») et les violences policières sont dénoncées dans Cinquante CRS (« Pour douze gauchistes anémiques, Qui plaçaient leurs tracts, Cinquante CRS avaient sorti leurs matraques »), qui offre l’occasion de voir que les choses n’ont guère changé aujourd’hui, au point que ce morceau pourrait servir d’hymne au mouvement des Gilets jaunes ou à tout autre forme de manifestation “pour le climat”, par exemple…

D’autres textes évoquent comme il se doit les relations avec l’autre sexe, en termes forcément venimeux dans Evangelic Star (« Papillon lubrique elle n’offre qu’un cœur élastique (…) Poupée de série aux charmes de carton, Nous t’avons sans envie, tu n’es qu’un polochon ») ou en termes fantasmatiques parfois très érudits, comme dans Zulmira : « Elle m’a montré la manière de soigner mon thalamus, Qui fut ébranlé naguère par les paroles de Confucius » Ça aussi, il fallait l’inventer !

On pourra rire ou sourire de ces outrances verbales et vocales, mais le rock psychédélique d’OPUS MINOR savait indéniablement marcher debout avec ses têtes ! Et puis, franchement, vous en connaissez beaucoup, des groupes qui ont su écrire une chanson en y casant des phrases comme « Les Hippoportillons et les hirondellicoptères Escortent des millions de cigalbatros Pégazinières » ?! Alors, OPUS MINOR, peut-être, mais opus singulier tout de même, et qui mérite le coup d’oreille (avertie, tant qu’à faire) !

Stéphane Fougère

Page label : www.monstermelodies.fr/opusminor

PS : Cet album est paru en support vinylique coloré, avec une pochette ouvrante à quatre volets, avec en complément deux posters et une carte postale reproduisant une affiche de concert.

 

 

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