PASCALS – Dodesukaden

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PASCALS – Dodesukaden
(Bleu Electric / Harmonia Mundi)

pascals-dodesukadenC’est l’histoire d’un musicien japonais aguerri au punk-rock, Rocket MATSU, qui, au beau milieu des années 1990, devient complètement fada de l’univers musical d’un célèbre et inclassable musicien catalan, j’ai nommé Pascal COMELADE. En tant que fan complètement scotché à cette musique forcément exotique pour un Japonais, il décide – comme bon nombre de Japonais fana de telle ou telle musique – de former un groupe qui joue exclusivement des reprises de COMELADE et ne trouve pas mieux que de baptiser son groupe du prénom de son idole.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, d’autant que Pascal COMELADE lui-même n’est pas spécialement heureux de ce rôle d’icone musicale qu’on veut lui faire jouer dans un pays qui n’est pas de surcroît en première ligne de ses référents culturels. Il n’empêche que c’est apparemment grâce à lui que les PASCALS, dont le nombre de musiciens est passé au fil des années de sept à quinze, ont signé sur le label français Les Disques du Soleil et de l’Acier un premier opus, ouvrant leur répertoire à d’autres influences (Nino ROTA, Brian ENO, Henri MANCINI…) et écrivant leurs propres compositions, dans un esprit évidemment proche de COMELADE et du PENGUIN CAFE ORCHESTRA. (Précisons que les PASCALS privilégient une instrumentation acoustique aussi singulière qu’éloquente, comprenant accordéon, piano-jouet, ukulele, violon, guimbarde, banjo, trompette, violoncelle, jouets mécaniques, et plus encore…)

Ainsi l’oeuvre des PASCALS a-t-elle heureusement dépassé le stade du clonage pompier et de la pose idolâtre pour façonner un de ces folklores imaginaires certes très référentiel, mais à mille lieues d’un quelconque exotisme japonais ou asiatique, même si, en l’occurrence, il y a forcément quelque chose de japonais dans leur façon d’aborder ces musiques sans frontières au goût d’ailleurs.

Les PASCALS semblent voir le monde adulte avec le regard d’un enfant, et leur musique, faite de bricolage rêveur, de décalage ludique et d’expérimentation sémillante, reflète des images de promenade dans un jardin d’acclimatation qui fleure bon le sucre d’orge et la barbe-à-papa, et qui s’anime au son d’un orgue de barbarie et d’un tour de manège… quand soudain on croise cette figure patibulaire affalée sur un banc avec des nippes nauséabondes qui crache et qui éructe des insanités… Je sais, ça détonne. Mais la dissonance fait aussi partie du langage des PASCALS (oups, jeu de mots !), et c’est précisément ce bric-à-brac-et-de-broc d’idiomes musicaux populaires et savants qui en fait un combo susceptible de plaire à divers publics. On se délectera donc de ce Dodesukaden qui fourmille d’idées mélodiques et d’arrangements très fouillés derrière la naïveté de façade, et plus corsé encore que les opus précédents.

Et cette fois, outre les compositions sucrées-salées de Rocket MATSU, la troupe japonaise revisite également des pièces de Brian ENO, de MOONDOG, de BIZET et de Toru TAKEMITSU, Dodesukaden étant à la base l’un des thèmes de ce dernier qui a servi au film du même nom d’Akira KUROSAWA. Mais Dodesukaden renvoie aussi à tant d’autres choses… C’est un labyrinthe référentiel doublé d’une marelle et d’un jeu de l’oie, avec des créatures aussi « hurluberluesques » les unes que les autres !

pascals-la-tournee-grande-rose-2003A cet égard, on ne peut faire l’économie de voir les PASCALS en concert, tant leur performances se parent d’une bouffonnerie visuelle assez euphorisante. Ceux qui les ont vus à l’été 2006 aux festivals Les Suds à Arles, Quartiers d’été de Paris ou aux Eurockéennes de Belfort pourront en témoigner ! Sinon, il existe aussi un DVD retraçant leur première tournée française. La Tournée Grande Rose 2003 est effectivement celle qui a permis pour la première fois aux PASCALS de fouler le sol français (et suisse), et on peut y voir leurs accoutrements terribles (différents d’un concert à l’autre), et quelques-uns de leurs numéros scéniques d’anthologie, comme le solo de scie musicale, le violoncelle attaqué à la meuleuse (!) provoquant une gerbe d’étincelles, et divers gags. Proposant des extraits des différents concerts de la tournée entrecoupés de scènes de coulisses (répétitions, repas, voyages en car, visites dans les villes…), ce DVD est surtout à prendre comme un « carnet de voyages » dans lequel les PASCALS jouent à fond leur rôle de « touristes ». Ce n’est donc pas le DVD d’un concert, mais il donne une idée assez juste et touchante de l’état d’esprit du groupe.

A voir comme à écouter, les PASCALS ont le don de prodiguer une bouffée de réjouissance à ceux qui les croisent.

Sites : https://www.facebook.com/pascals.jp

http://www.pascals.jp/item/

https://www.youtube.com/user/pascals1995/videos

Stéphane Fougère

 

 

 

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