Phil MILLER ne rêvera plus éveillé

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Le guitariste anglais Phil MILLER est mort le 18 octobre 2017, à l’âge de 68 ans, des suites d’une longue maladie. Il était connu comme l’un des membres les plus éminents de cette forme de rock progressif que l’on a pris l’habitude de nommer la « scène de Canterbury ».

Natif de Barnet, Hertfordshire, cet autodidacte fut d’abord influencé par les guitaristes de blues avant de se passionner pour le rock et le jazz. C’est à 17 ans, en 1966, qu’il intègre son premier groupe, Delivery, avec son frère Steve Miller au piano, Carol Grimes au chant, Lol Coxhill au saxophone, Pip Pyle à la batterie, et Jack Monk à la basse, plus tard remplacé par Roy Babbington.

Alors que son frère intègre le groupe séminal Caravan, Phil Miller rejoint en 1972 le groupe Matching Mole, créé par Robert Wyatt après son départ de Soft Machine. Le groupe, dont l’existence n’a pas dépassé un an, a légué deux disques essentiels du mouvement canterburyen : un premier au titre éponyme, puis Little Red Record, que des archives viendront compléter dans les années 1990 et 2000. Phil MILLER y a laissé des compositions qui ont marqué le répertoire du groupe : Part of the Dance, ou encore God Song, Righteous Rumba et Nan True’s Hole, co-écrits avec Robert Wyatt.

C’est ensuite dans Hatfield & The North que Phil MILLER s’est fait remarquer. Si les compositions de ce groupe sont surtout le fait de Richard Sinclair, de Dave Stewart et de Pip Pyle, Phil MILLER y appose son empreinte guitaristique caractéristique du « son canterburyen » et signe tout de même quelques pièces de choix, Underdub, Lounging There Trying, Aigrette, marquées par une tendance à l’improvisation, contrastant ainsi avec les autres pièces du groupe, à l’écriture plus rigide. Hatfield & The North a marqué sa courte existence (1972-1975) avec deux disques majeurs du rock progressif canterburyen, Hatfield & The North et The Rotter’s Club.

Phil MILLER a rejoint ensuite Dave Stewart et Pip Pyle dans un autre groupe important de l’histoire canterburyenne, National Health, qui compte également dans ses rangs le bassiste John Greaves (ex-Henry Cow) et le claviériste Alan Gowen. La contribution de Phil MILLER au répertoire se limite à une composition, Dreams Wide Awake, dans le deuxième LP, Of Queues and Cures.

La disparition prématurée d’Alan Gowen a offert l’opportunité au groupe d’enregistrer un troisième album tardif (DS Al Coda, en 1981) en hommage au talentueux claviériste. Un mois avant sa mort, Gowen avait également enregistré un LP avec Phil MILLER, Richard Sinclair et Trevor Tomkins, Before a Word is Said, qui contient quatre compositions de MILLER. Des archives inédites de National Health ont de plus été publiées en 1996 (Missing Pieces) et en 2001 (Playtime).

Si les années 1980 ont été quelque peu fatales à « l’école de Canterbury », Phil MILLER a néanmoins occupé le terrain avec ses premiers opus solo, Cutting Both Ways, Split Seconds et Digging In, qui sont en fait les prototypes de la musique que Phil MILLER développera avec son groupe IN CAHOOTS, plus orienté jazz-rock, avec le bassiste Fred Baker, le saxophoniste Elton Dean, le claviériste Pete Lemer et le batteur Pip Pyle. C’est du reste sous le nom Phil MILLER/IN CAHOOTS que les autres albums du guitariste sont sortis (à commencer par le rétrospectif Live 86-89), exploitant de plus en plus l’idiome jazz électrique.

Il faut toutefois noter l’implication de MILLER dans le « super-groupe de fusion canterburyenne » SHORTWAVE, avec Hugh Hopper, Didier Malherbe et Pip Pyle, qui a légué à la postérité un seul album Live sur le label français Gimini (1993, réédité par Voiceprint en 2005).

IN CAHOOTS a traversé les années 1990-2000 en sortant ses disques principalement sur le label Crescent Discs, créé par Phil MILLER. (Seul All That est sorti chez Cuneiform.) Le dernier album d’IN CAHOOTS, Mind over Matter, est sorti en 2011.

Phil MILLER a de plus participé à la reformation-éclair d’Hatfield & the North en 1990, le temps d’un show TV qui a été consigné sur disque et en vidéo, puis à sa réunion dans les années 2005-06, le temps de quelques concerts. Deux albums d’archives inédites, Hatwise Choice et Hattitude, sont également parus en auto-production.

Après celles d’Elton Dean, de Pip Pyle et de Hugh Hopper, la disparition de Phil MILLER tourne une autre page de l’histoire du paysage musical canterburyen, qui se vide de plus en plus de ses forces pionnières.

Robert Wyatt avait pointé la singularité du jeu de guitare de Phil MILLER en disant qu’il « préférerait jouer une fausse note plutôt que de jouer une note déjà jouée par quelqu’un d’autre ».

R.I.P., l’artiste.

Stéphane Fougère

 

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