Raoul VIGNAL – Years in Marble

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Raoul VIGNAL – Years in Marble
(Talitres)

Raoul VIGNAL, musicien lyonnais exilé à Berlin entre 2013 et 2015 (où il enregistre son premier album en 2016, The Silver Veil, avec une pochette noire et blanche et un CD noir) a depuis cette date été une signature fidèle et un peu secrète avec trois albums sur le label bordelais Talitres (créé en 2000).  Le chanteur, dès son premier disque, possède un son (guitares très en avant et technique du finger picking) et une voix (Nick DRAKE en moins grave) qui en font un parfait mélange entre John MARTYN à ses débuts et un pendant masculin de Bridget SAINT JOHN, chanteuse anglaise magnifique et diaphane, parfois un peu triste et souvent fragile à la voix extrêmement douce et sublimement grave qui, tous deux, évoluaient aux frontières du folk-rock anglais des années 1970.

Mais Raoul VIGNAL ne se réduit pas uniquement à un beau croisement ni à un héritier, même si les références sont avantageuses.  Il avoue d’ailleurs ne pas avoir beaucoup de “culture musicale” et n’a creusé et/ou découvert ses influences qu’après coup. Il admet que c’est à l’écoute de Nick DRAKE qu’il a résolument trouvé ses marques, mais dit aimer d’autres musiciens de différents univers (John RENBOURN de PENTANGLE, David GRAHAM, Neil YOUNG en solo? etc.)

Les chansons des trois albums de Raoul VIGNAL sont chantées dans un anglais qu’il semble posséder parfaitement et sont empreintes d’une poésie délicate et jamais mièvre, une sorte de folk intimiste et apaisant. Cette tendance s’amplifie avec le deuxième album, Oak Leaf, en 2018 (pochette blanche et verte et CD vert) enregistré avec davantage de musiciens et des accordages plus sophistiqués (renforts de saxophones et d’un vibraphone). Les désormais fidèles Lucien CHATIN aux percussions et Shawn HATFIELD au mastering permettent à Raoul VIGNAL de se renouveler tout en gardant la même empreinte de douceur sur les dix morceaux du disque avec mention spéciale pour The Dream, qui atteint la beauté de certaines comptines (The Lullaby of Spring) arrangées par le gentil ménestrel DONOVAN (une des références de VIGNAL) sur son album For Little Ones en 1967.

En 2020, Raoul VIGNAL, toujours affublé de sa moustache, et qui se montre cette fois ci en pied sur la pochette (blanche/crème et bleue et CD bleu) avec, en arrière-plan, un décor mal fichu de draperies posées comme pour des photos désuètes et un peu guindées, enregistre dans son home studio “le Chien Bleu” quelque part en France (Beaujeu), en duo avec son batteur, Years in Marble, onze chansons sur le même registre, mais cette fois le chanteur joue de tous les instruments sauf les percussions, mêlant synthé, basse et un hulusi (flûte chinoise) avec des tempos quelque peu plus enlevés surtout sur les deux premiers morceaux.

Aidé par un nouvel ingénieur du son et un “conseiller pour les lyrics”, ce disque, un peu moins hypnotique (disque de la maturité ?), semble s’attacher à des variations autour d’un thème que VIGNAL explore le long des trente-huit minutes qui coulent d’un seul tenant. Cette musique de troubadour, qu’on qualifierait de “pastorale” faute de lui trouver un qualificatif adéquat, est proche en effet des disques du groupe IN GOWAN RING/ BIRCH BOOK et de son chanteur B’eirth, pape du “wyrd folk” (ou du “pagan folk”) qui aligne depuis des années des albums sortis en secret, en auto-productions, ou sur des minuscules labels.

En parallèle, Raoul VIGNAL apparait également dans une compilation hommage, The Cabane Remake Series, dans laquelle il chante Take me Home part 2 de son compère belge Thomas Jean HENRY du groupe CABANE (tous deux ont en effet un petit air de famille).

Cette musique et cet album, qui tombent à pic, pile après cette sombre période que personne ne souhaite revivre, est un appel, non pas à aller s’entasser aux terrasses bruyantes et étroites de nos “vies sociales retrouvées”, mais à effacer la mélancolie et la tristesse pour enfin renouer avec des sensations qu’on semblait avoir perdues (ces “années de marbre” et peut-être les vertus de ce minéral rocheux qui craint l’acidité) ; un beau disque sans afféteries et tout en douceurs pures et soyeuses, qui, en ce mois de juin, annonce un bel été et de beaux moments suspendus et un peu hors du temps.

Xavier Béal

Page : Years in Marble | Raoul Vignal (bandcamp.com)

 

 

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