Ravi PRASAD & Pedro SOLER

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Ravi PRASAD & Pedro SOLER – Ravi PRASAD & Pedro SOLER
(Al Sur)

N’importe quelle carte géographique vous assurera qu’il y a une distance plus que généreuse de l’Inde gangétique à l’Espagne guadalquivirienne. C’est pourtant ce trajet qu’ont effectué au XVe siècle des nomades du Rajasthan, que l’on connaît plus sûrement sous le nom de “gitans”. Leur périple s’étant achevé en Andalousie, et cette terre étant très prisée pour sa musique locale, le flamenco, il y a fort à parier que cette musique n’est pas uniquement née dans les choux-fleurs du coin, mais bien plutôt à partir des graines semées par ces gitans, forts de tout leur bagage culturel oriental.

En fait, la musique ibérique a plusieurs antécédents orientaux, mais l’élément spécifiquement indien n’est peut-être pas celui qui saute immédiatement aux yeux ou qui titille instantanément l’oreille. Il n’empêche que, grâce à cette migration gitane, la musique indienne et le flamenco ont incontestablement des liens de parenté. Ce sont ces liens qui ont permis au célèbre guitariste flamenco Pedro SOLER et au chanteur, flûtiste et percussionniste indien Ravi PRASAD d’élaborer un répertoire commun, élaboré depuis cinq ans à partir d’improvisations.

À l’écoute de cet album accouché par le duo PRASAD/SOLER (enregistré par Steve SHEHAN et paru sur le label Al Sur, dont le catalogue contient plusieurs références discographiques de Pedro SOLER), il est bien difficile de déceler exactement l’influence prédominante de chaque morceau, tant le mariage Inde/Andalousie est naturel !

On est séduits par l’imprégnation flamenco des compositions de Ravi PRASAD, alors que les morceaux de Pedro SOLER respirent l'”indianité”. Flamenco indien ? Raga andalou ? Toujours est-il que le maître des “soleares” ibériques, connu pour le dépouillement de son jeu guitaristique, qui ausculte à la perfection les “alegrias y penas” (les joies et les peines) du peuple andalou, égrène ses notes tantôt avec la retenue qui sied à l'”alap” (introduction arythmique) d’un raga indien (Tampura Minera), tantôt avec l’allégresse d’un “drut”, caractérisé par sa vitesse rythmique supérieure (Rupak-Tal de Fiesta).

Pour sa part, le chant de Ravi PRASAD, habité avec la même passion par le rêve, l’exaltation, la tristesse ou la méditation, se confond avec le “cante jondo” (le chant profond) du flamenco. La symbiose est donc indéniable, et l’album ne souffre même pas de l’austérité que l’on pouvait attendre de cette association “minimale” (chant + guitare) puisque, si la guitare de SOLER est omniprésente, Ravi PRASAD use, selon les couleurs à donner aux composition, de sa seule voix, de la flûte, du ghatam (cruche en terre), du tambourin, de la guimbarde ou du tampura (le fameux ” bourdon ” indien), faisant ainsi varier la palette instrumentale.

Sur scène comme sur disque, l’aventure de Ravi PRASAD et de Pedro SOLER, c’est avant tout celles de deux hommes qui se racontent, allant jusqu’aux portes du silence pour mieux s’écouter.

Stéphane Fougère

Site : www.raviprasad.net

(Chronique originale publiée  dans
ETHNOTEMPOS n°6 – juillet 2000)

 

 

 

 

 

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