RED CARDELL – Courir

Print Friendly, PDF & Email
RED CARDELL – Courir
(Coop Breizh)

Non seulement il s’est taillé une belle réputation de groupe de scène à force de tournées quasi incessantes déployant une énergie phénoménale et contagieuse, mais le groupe de rock breton RED CARDELL peut aussi se vanter d’une ample production discographique : 20 albums en 25 ans de carrière, ça tient du stakhanovisme ! L’eau coule sous les ponts, le « fumier rouge» court toujours. C’en est même devenu son slogan pour titrer ses albums. Il y a eu il n’y a pas si longtemps le live Running in Paris, voici, sans surcharge aucune, Courir. À croire que ce verbe résume tout l’esprit et l’histoire de RED CARDELL.

Mais après quoi RED CARDELL court-il ? La gloire ? Pas à n’importe quel prix. En tout cas pas au point de vendre son âme au diable. Courir pour mieux se rattraper ? Encore faudrait-il que RED CARDELL ait fait dans sa carrière un faux pas qui l’aurait fait quitter la route. Mais la route, il connaît ; et il la connaît d’autant mieux qu’il la trace généralement de lui-même, même si cette route est passée par plusieurs détours.

Car ce qui fait, au fond, courir RED CARDELL, c’est le goût des expériences, des aventures, qui ont façonné sa musique en forme de melting-pot brassant rock, blues, chanson, folk, world, électro au gré des humeurs, le tout conduit par la poésie à fleur de peau des textes de Jean-Pierre RIOU, inamovible pilier du groupe qu’il a formé avec Jean-Michel MOAL, lequel, après une éclipse le temps d’un ou deux albums, est revenu… au moins sur disque.

RED CARDELL est passé par plusieurs moutures (trio, quartet, quintet…) et a cultivé les rassemblements conviviaux et familiaux (Le Banquet de cristal, la Fête au Village), les créations partagées (Fest-Rock et Gwenn-ha-du avec le BAGAD KEMPER, Bienvenue). A-t-il tout fait ? Tout dit ? Possible. Mais ça ne l’empêche pas de poursuivre sa route. Par envie, par jeu, par appétit de l’ici, de l’ailleurs, de soi-même, des autres, de tout ce qui reste à voir, à sentir, à faire. Et du reste, RED CARDELL a décliné dans ce disque plusieurs manières de courir : « Courir dans les grandes plaines » ; « (Courir) sans prendre le temps de respirer » ; « Courir trouver le temps ou bien s’asseoir sur un vieux banc de terre ». Il y en a pour toutes les foulées ! Les onze nouvelles compositions de ce disque sont assez variées et diversifiées pour que chacun trouve un point d’accroche, puis deux, puis trois… Le reste suivra tôt ou tard.

Ça commence par une chanson folk-rock en anglais, aux réminiscences dylanesques et neil-youngesques avouées : You’ll Never Have to Go again, en forme de road-trip sans retour et au petit goût de « revenez-y ». Puis c’est le morceau éponyme, avec son thème folkeux accrocheur joué à l’unisson par l’accordéon de Jean-Michel MOAL et le violon de Pierre SANGRA et qui sent bon la Bretagne et ses ouvertures au monde. Et ce refrain entêtant : « Courir sur le bord d’un nuage, Plonger, se baigner dans la pluie, Brûler dans le feu de l’orage. La vie. » C’est un hymne cardellien par excellence !

RED CARDELL claironne, au sujet de cet album, qu’il voulait revenir « aux fondamentaux d’un groupe de rock » (sic). On les retrouve indéniablement, comme si le temps s’était arrêté à force de… courir ! L’énergie rock persiste et signe sur I Just Need to Love, qui va crescendo comme une course-poursuite haletante ; retrouve une vigueur juvénile « rockabillyenne » avec Mrs Dr. Feelgood, au clin d’œil évident ; et lâche ses écorchures vives sur le bluesy Climatik, qui démarre sans crier gare pour finalement hurler son angoisse dans une incandescence graduelle à fond la disto !

L’inspiration folk n’est pas en reste avec Little Big Man et ses effluves irlandaises et country, avec The Way et son thème orientalisant et ses lignes de violon alanguies ou sautillantes, ou encore avec Les Encombrants maritimes aux teintes funk.

Et puis il y a ces instants où RED CARDELL ralentit sa course, cultivant la flânerie reggae sur le louvoyant Chin-Chin et l’errance bluesy-plinn sur le grisant One Four Seven. Et il y a ce moment unique où le groupe coupe les gaz, démarré et achevé au piano (pas courant chez RED CARDELL) : Les Hommes qui s’aiment, déclaration d’amour et de foi polysémique, émouvante et frissonnante, tel un regard dans le rétro pour prendre les devants…

Toute la magie vibrante des mots de Jean-Pierre RIOU continue de titiller et d’interpeller les consciences, tandis que la musique réveille les corps, les tire à hue et à dia, sauvagement ou langoureusement. Courir. Que ce soit pour rattraper le temps ou pour s’en saisir à pleines dents. Courir, simplement par besoin d’air, pour mieux respirer. Courir, pour se régénérer.

Stéphane Fougère

Site : www.redcardell.com

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.