Richard & Duncan PINHAS – Sources

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Richard & Duncan PINHAS – Sources
(Bam Balam Records)

Sorti pour le Disquaire Day en juin dernier, cet objet célèbre les 70 ans de Richard PINHAS et  ses 50 ans de carrière ! Pour un tel événement, il fallait bien faire quelque chose qui marque les esprits. Et quoi de mieux qu’un disque réunissant Richard et Duncan PINHAS. Cela faisait longtemps que nous attendions une telle collaboration entre le père et le fils (il manque hélas le Saint-Esprit ; ce dernier étant parti en vadrouille avec Alan VEGA – Voir Mutator).

La première fois que nous avons vu le nom de Duncan (a.k.a. Duncan NILSSON) sur un disque de son père, c’était en 1994 sur Cyborg Sally avec John LIVENGOOD, où il est à la guitare sur Rock Machine: Red Ripe Anarchy. Il est également présent sur De l’Un et du Multiple en 1996 où il joue sur Des Essais nucléaires, un titre qu’il a lui-même composé. Aujourd’hui, cette réunion familiale des plus soniques est rendue possible grâce au label indépendant Bam Balam Records basé à Bordeaux.

Ce disque va devenir rapidement un collector, car c’est une édition limitée, sortie uniquement en 33t (un phénomène hélas de plus en plus courant). C’est plutôt dommage de ne pas avoir aussi une version CD, comme peuvent le faire d’autres labels (Bureau B ou Crammed Discs par exemple).

Sources est une réussite musicalement. Il y a un superbe travail réalisé sur le son au point que l’auditeur va partir pour un grand voyage rempli d’émotions et de rêves. Sources a été réalisé en 2019 et en 2020 à Nantes et à Pantin. Duncan est aux synthés analogiques et à la guitare, Richard joue de la guitare ; et nous retrouvons son jeu si spécial et ses sonorités parfois proches de celles de Robert FRIPP (De Sources et de Ravins). Le batteur Arthur NARCY est également présent sur quelques titres, Puissances infectées et Le Gritche, proposant des interventions bouillonnantes sur le premier et fortement tribales sur le deuxième.

Il y a six pièces instrumentales. La face A est tout simplement extraordinaire. Les titres  peuvent nous faire sourire, car nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la situation actuelle : Puissances infectées, Échappées belles et Aiguille rouge. Ils sont un résumé parfait de ce que nous vivons encore maintenant. Nous avons été infectés par un virus et nous l’avons échappé belle grâce à l’aiguille d’une piqûre. Oui, c’est tordu, je vous l’accorde, mais c’était trop tentant.

Le titre d’ouverture procure un sentiment de puissance à la MERZBOW ; c’est une avalanche de sons intenses et flamboyants, une élévation splendide vers le Divin. Échappées belles est magique avec cette vague synthétique mélancolique et aérienne à la ENO, ROACH. Duncan, avec ses synthés analogiques est merveilleux, car il réussit à créer des ambiances d’une grande profondeur, qui peuvent nous rappeler parfois les débuts de son père en dehors de HELDON (l’album Iceland par exemple).

Sur ce disque, vous découvrirez des sonorités intenses et mystérieuses : Aiguille rouge (en fait, il s’agit du nom d’un sommet situé sur la partie septentrionale du massif de la Vanoise dans les Alpes françaises, en Savoie) ou le premier titre de la face B, Onde aux rivages trop méconnus, recèlent des détails sonores d’une grande richesse.

Ce sont de vrais poèmes atmosphériques, où notre imagination s’emballe et voit défiler des paysages splendides : l’homme solitaire et silencieux face à l’immensité de la nature ou plongé dans un décor maritime enivrant ; par exemple, nous pouvons entendre distinctement des sons maritimes sur Onde ; ils ont été enregistrés par Duncan en Suède. Sur ce titre, il fait aussi des solos avec la guitare synthé GR300, prêtée par son père.

Le Gritche (en référence à Hypérion de Dan SIMMONS) se distingue surtout par la puissance de la batterie qui ouvre l’accès à d’autres horizons nettement plus lointains ; en effet, avec ses rythmes tribaux et world, c’est comme si l’univers space-rock de Richard et Duncan entrait en collision avec celui d’un groupe de percussionnistes africains. Dans la mythologie grecque, Hypérion est aussi un Titan, fruit de l’union entre le Ciel (son père Ouranos) et la Terre (sa mère Gaïa). C’est une assez belle image pour présenter leur musique qui est la fusion des forces venant du ciel, de l’espace et celles de la Terre.

Tout aussi impressionnant, le final De Sources et de Ravins propose des sons électroniques/drones obscurs et bien entendu une guitare aux forts accents frippiens, qui s’adonne nonchalamment à une danse sensuelle au parfum oriental.

Sources, au-delà de sa musique marquante, est un très beau titre. Nous allons à la source même de la beauté ; les deux musiciens arrivent à créer des sons étranges, souvent sombres, venant de la profondeur même de la Terre et du cosmos infini.

Sources est un autre exemple d’une musique captivante et intelligente, assez mélodique et accessible (beaucoup moins torturée et « noisy » que les précédents disques de Richard), qui comblera les rêveurs, les amateurs de l’école allemande, d’ambient music et d’expérimentations obliques et visionnaires.

Après avoir joué en région parisienne le 24 juin dernier (dans le cadre du Sonic Protest), ils seront le 2 septembre, en concert à Strasbourg (la onzième édition du Exhibitronic Festival – Cinéma Odyssée du 1er au 7 septembre 2021).

Cédrick Pesqué

Site : www.richard-pinhas.com

Page : richardpinhas-heldon.bandcamp.com/album/sources

Label : http://bambalam.com

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