Ross DALY avec CHEMIRANI TRIO – Théâtre de la Ville, Paris, Archives 11.06.2003

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Ross DALY avec CHEMIRANI TRIO – Théâtre de la Ville, Paris, Archives 11.06.2003
(Théâtre de la Ville/Naïve)

Depuis 1968, le Théâtre de la Ville de Paris (qui comprend en fait deux théâtres, l’un situé à Châtelet et l’autre aux Abbesses) propose une programmation de concerts de musiques traditionnelles fort réputée et qui draine un public fidèle. Ces concerts ont parfois été enregistrés et diffusés sur les antennes de Radio France. En 2003, à la faveur d’un partenariat du Théâtre de la Ville avec la maison de disques Naïve, certains de ces concerts ont eu le privilège de faire l’objet d’une publication discographique. Celle-ci, qui présente un concert de Ross DALY avec le TRIO CHEMIRANI, donné le 11 juin 2003 devant une salle comble (nous y étions), est l’une des trois premières à avoir inauguré cette série.

Bien que né en Angleterre et originaire d’Irlande, Ross DALY n’appartient pas à la sphère de la musique celtique mais s’est taillé une belle réputation en tant que “musicien du monde” au sens fort du terme, c’est-à-dire celui de nomade apatride qui a beaucoup voyagé et appris des musiques qu’il a étudiées au Japon, au Canada, aux États-Unis, en Inde, en Afghanistan, en Iran, en Turquie, avant de choisir la Crète comme Terre d’adoption et de devenir un “mordu” de la “lyra”, une vièle sans pique emblématique de la musique crétoise, proche du “kamantché” turc ou même du “rebec” médiéval. Durant seize ans, Ross DALY a ainsi suivi l’enseignement d’un grand maître de la lyra, Kostas MOUNTAKIS. Pour autant, il ne revendique aucune appartenance à une tradition spécifique et joue également du rabab, du saz, du kamantché et du tarhu (vièle à pique).

Son parcours artistique montre que Ross DALY s’est plutôt attaché de construire des ponts (solides) entre différentes musiques du Proche-Orient, des Balkans, du Caucase et de l’Inde du Nord. Être un “Sans-Terre” lui a permis de cultiver plusieurs terres musicales, comme en témoignent notamment ses créations musicales expérimentales mais ancrées dans la tradition crétoise et ouvertes à ses diverses influences avec le groupe LABYRINTH.

Pour ce récital donné en 2003 au Théâtre de la Ville (le troisième en ce lieu), Ross DALY (lyra, saz, rabab, tarhu) s’est entouré de virtuoses avec lesquels il travaille assez souvent, à savoir le célèbre maître de la percussion iranienne Djamchid CHEMIRANI et ses deux fils, Keyvan et Bijan, avec qui il forme le bien nommé TRIO CHEMIRANI (zarb, bendir, udu, daf). Aux autres instruments à cordes, on trouve un jeune compositeur crétois, Stelios PETRAKIS (lyra, saz, kopuz, laouto),et deux de ses élèves, Périclès PAPAPETROPOULOS (saz, laouto) et Kelly THOMA (lyra), ainsi que Angelina TKATCHEVA au tsimbal (dulcimer similaire au santour).

Les compositions de Ross DALY nous convient à une fabuleuse croisière orientalo-méditerranéenne où les mélodies, tel le vent dans les voiles, transportent l’esprit vers de beaux paysages à des rythmes variant suivant la force du vent (ici des cordes). La première des quatre pièces jouées durant ce concert est en fait une “suite” de quatre morceaux (Earpigon, Jurjuna, Houdetsanes Kontylies, Pentozalis) composés dans les styles de différentes danses de Crête, et sur un rythme en 10/8 de Turquie et du Caucase.

Le concert se poursuit avec une version écourtée de Synavgeia, une grande composition de près d’une heure que Ross DALY avait enregistrée en 1999 avec LABYRINTH, le TRIO CHEMIRANI et le violoncelliste Rufus CAPPADOCIA, et dont seules les deux premières parties sont interprétées (près d’une demi-heure quand même).

Abacus nous emmène pour sa part en Azerbaïdjan, puisque composé sur le mode “bayati-shiraz”, très populaire là-bas, et en clôture, Makrinitsa, fondé sur le maqam (mode) “nikriz”, nous ramène en Europe centrale, car inspiré par une “horo”, un style de danse populaire balkanique.

À travers cette expédition tout simplement divine et magique à l’Est de la Méditerranée et au-delà, Ross DALY et ses acolytes montrent une fois de plus les racines communes à diverses traditions musicales et brandissent haut la bannière d’une musique modale contemporaine pluri-culturelle dont le champ de création se révèle panoramique.

Sylvie Hamon

(Chronique originale publiée dans
ETHNOTEMPOS n° 17 – juin 2005,
et remaniée par Stéphane Fougère en 2021)

 

 

 

 

 

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