ROXY MUSIC – The Debut Album

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ROXY MUSIC- The Debut Album
(Virgin -EMI Records)

1972-2018, soit 46 ans ! Quelle curieuse date d’anniversaire pour marquer à travers un coffret magnifique (trois CD et un DVD), la sortie du premier album du groupe anglais ROXY MUSIC… Un groupe culte constitué de musiciens singuliers, pour certains même des visionnaires qui ont marqué l’histoire de la musique mondiale, qui va nous enchanter jusqu’à la sortie de leur dernier album studio en 1982, Avalon, l’un des disques les plus romantiques et les plus sensuels des années 1980.

Ce premier album a fait beaucoup parler de lui à sa sortie en 1972 :  par exemple, voilà ce que disait Alan NIESTER (Phonograph Record) en décembre : “this album is so great…Listen, Brothers. This is it. This is what you’ve been moaning for since 1969”.

ROXY MUSIC, un nom qui résume bien l’univers du groupe : ROXY , allusion bien entendu au terme “rock” mais aussi au cinéma de la grande époque, des années 1920-1950, à son architecture avec ces intérieurs art-déco (la fameuse salle de cinéma, le Roxy).

Ce disque a mis en lumière un groupe à part avec ces cinq musiciens habillés d’une drôle de façon, renvoyant une image rétro-futuriste, et synthèse parfaite entre le passé et le futur de la musique, à la fois imprégnés des standards du jazz, de la musique américaine, de la musique expérimentale et électronique, mais aussi très influencés par l’univers du cinéma, de Hollywood et de son glamour, où l’ombre d’un Humphrey BOGART n’est pas très loin et où de jolies filles, telles les fameuses pin-up (terme utilisé à partir du début des années 1940), vont poser avec plus ou moins bon goût, pour illustrer leurs pochettes.

Il faut bien comprendre que ce premier coup d’essai a été un véritable électro-choc dans la scène musicale anglaise du début des années 1970 alors en pleine ébullition et qui aura notamment impressionné David BOWIE à l’époque des SPIDERS.

Il fallait bien aujourd’hui un coffret digne de ce nom pour ranimer l’esprit de ROXY MUSIC : la “45th Anniversary Super Deluxe Edition” est un objet de presque 200 euros (il existe aussi une version alternative moins coûteuse). Mais tout de même, quel luxueux document, proposant l’album, des démos et des out-takes, des BBC sessions (les fameuses John Peel Sessions) et un DVD de vidéos,dont certaines assez rares ; le tout est contenu à l’intérieur d’un livre magnifique de 136 pages, incluant un essai fort instructif de Richard WILLIAMS, illustré de photos inédites en couleur et en noir & blanc, les paroles des chansons, une mini-biographie des musiciens ainsi qu’une chronologie détaillée de l’année 1972 (avec les dates d’enregistrements en studio, des BBC sessions, de leur tournée anglaise et de leur première tournée américaine)… 1972, une année décisive pour le groupe alors à ses débuts mais à l’orée d’une destinée à venir hors du commun.

Dès ce premier disque et cette pochette mémorable avec une cover-girl à la Betty GRABLE, la voluptueuse Kari-Ann MULLER, alors jeune aspirante actrice et modèle de l’école d’art de St Martin, le nom de ROXY MUSIC sera synonyme d’un certain esthétisme tant sonore que visuel. Le rose et le bleu sont les couleurs dominantes de la pochette : elles apparaissent en premier lieu sur les lettres imprimées du nom du groupe, en parfait accord avec le rouge à lèvre, l’ombre à paupière de Kari-Ann, le petit noeud qui entoure sa tenue de bain en satin blanc et la rose entre ses doigts.

Pour réaliser cet artwork très glamour, tout est étudié avec minutie de la part d’une équipe constituée de Nick DEVILLE, ami de Bryan FERRY, venant de l’université de Newcastle et tenant le rôle de réalisateur artistique, Anthony PRICE, consultant pour l’habillage et le maquillage, le coiffeur Keith WAINWRIGHT (du salon Smile à Knightsbridge), et le photographe américain Karl STOECKER (il a travaillé aussi sur la pochette de Transformer de Lou REED et fut marié à la fille d’Errol FLYNN) qui réalisera également les photos intérieures du disque où nous voyons les cinq musiciens portant des tenues fantaisistes ; il est difficile d’imaginer ENO en peau de léopard aujourd’hui ! Ils avaient beaucoup d’amis dans le milieu de la mode et sur scène, le groupe s’habillait de façon outrageuse, en plus d’être très maquillé. C’était très drôle et aussi kitch à souhait, avec ces tenues sorties de vieux films de science fiction des années 1950-1960. Ils portaient ces tenues du passé pour imaginer le futur… Un futur qui s’exprimait aussi et surtout par la musique.

L’histoire de ROXY MUSIC commence tout d’abord par la grande amitié qui lie Bryan FERRY et Graham SIMPSON dont son rôle sera décisif pour le futur de Bryan. Ils sont tous les deux étudiants à Newcastle, et font de la musique dans un groupe appelé GAS BOARD, spécialisé dans les reprises d’Otis REDDING ou de Bobby BLAND. Graham est un homme très cultivé, lecteur assidu (Jack KEROUAC) et passionné de musique.

Grand connaisseur de jazz (il est un admirateur d’Eric DOLPHY), il possède une impressionnante collection de disques. C’est aussi un multi-instrumentiste confirmé (violon, violoncelle, guitare, basse) et lorsqu’ils s’installeront à Londres en 1968, il aidera FERRY alors âgé de 23 ans, à se familiariser avec le piano, lui permettant aussi de travailler à ses premières compositions alors qu’il multipliera les petits boulots (notamment, prof de céramique dans une école secondaire pour filles).

En janvier 1971, les premières répétitions ont lieu dans la maison de la petite amie de Bryan, Susie CUSSINS, sur Kensington High Street, avec FERRY, SIMPSON et un nouveau venu âgé de 24 ans, un certain Andy MACKAY. Ce dernier est diplômé de l’université de Reading. Il a étudié le hautbois au Guildhall School of Music et a fait partie du London Schools Symphony Orchestra. Il a joué du saxo alto dans le groupe THE NOVA EXPRESS (le nom est lié au roman Le Festin nu de William.S. BURROUGHS), mais surtout il est détenteur d’un VCS 3 ; ce qui intrigue beaucoup Bryan FERRY, dont l’intérêt pour les sons électroniques est réel.

Ce trio va s’agrandir avec le guitariste John PORTER (également membre de GAS BOARD) puis de Brian ENO, ami de MACKAY depuis leurs études universitaires; ENO (de son vrai nom, Brian Peter George St. John Le Baptiste De La Salle ENO) était lui au Winchester College of Art, fréquentant le circuit de la musique d’avant-garde. Ils s’étaient retrouvés tous les deux par hasard dans le métro, et ENO possédait un “tape recorder”, forcément utile pour enregistrer leurs premières démos ; par ailleurs, il commença à étudier de plus près le synthé d’Andy pour en explorer ses multiples possibilités.

Ces trois-là étaient donc faits pour s’entendre ayant des connaissances qui sortaient du rock’n’roll. Ils parlent le même langage. ENO et MACKAY comprenaient parfaitement le projet musical de FERRY et pour ce dernier, ils étaient les compagnons idéaux. Déjà, les compositions étaient solides avec de fortes mélodies, des paroles intéressantes très imagées, qui puisent dans la musique des années 1950 et qui est ouverte à toutes formes d’expérimentations sonores, utilisant l’électronique, les synthés (ENO avec le VCS 3 et deux machines REVOX, très influencé par les premiers travaux de Terry RILEY et de Steve REICH).

Plusieurs musiciens vont se succéder aux postes de guitariste et de batteur. Il y aura d’abord Dexter LLOYD pour la batterie (un américain vivant en Angleterre, pour échapper à la guerre du Vietnam) et à la guitare, Roger BUNN de Norfolk.

C’est donc sous cette formation que vont voir le jour les premières démos en mai 1971, dans leur nouvel base situé à Battersea, un petit cottage, partagé entre FERRY et MACKAY. Ces démos, au nombre de quatre, révèlent le potentiel de ROXY MUSIC. Nous entendons des morceaux bien avancés mais pas encore totalement aboutis : Ladytron, par exemple, avec une intro plus longue très expérimentale et sans le final avec le solo de guitare ; et 2 H.B. est une version de plus de sept minutes comprenant un long passage instrumental entre le saxo, les percussions et la basse qui ne figurera pas sur la version définitive.

Malgré tout, il faut admettre que cette formation n’atteint pas encore le haut niveau que nous allons connaître plus tard avec Paul THOMPSON et Phil MANZANERA. Il manque cette puissance en particulier au niveau de la batterie et de la guitare et il n’y a pas encore cette touche de folie. C’est évident sur le titre The Bob (Medley).

Peu de temps après, le groupe va se voir amputer de deux de ses membres :  LLOYD quittera le groupe en juin suivi quelques mois plus tard de BUNN (il se lancera dans une carrière politique, et sera très actif dans le mouvement anti-apartheid jusqu’à sa mort en 2005). Cela n’empêchera pas FERRY de faire  le tour des compagnies de disques avec ces démos précieuses qui n’impressionneront personne. Seul Richard WILLIAMS du Melody Maker sera enthousiasmé par ces enregistrements dont la qualité laisse quand même à désirer.  Il perçoit le côté excitant et innovant de ces démos, détecte le mélange des genres dans leur musique (de Ethel MERMAN au VELVET en passant par le jazz) et cette volonté de créer quelque chose de nouveau. La deuxième personne a pressentir le succès pour ROXY n’est autre que le légendaire John PEEL.

Sur le troisième CD, nous pouvons entendre la première Peel Session datée du 4 janvier 1972 (diffusée le 21 janvier mais aussi le 18 février lors du programme Sound of the Seventies). Cinq titres sont interprétés par un ROXY affublé d’un nouveau batteur (cette fois, ce sera le bon jusqu’à Manifesto-1979), Paul THOMPSON et du guitariste David O’LIST qui a été préféré à Phil MANZANERA (membre du groupe QUIET SUN et qui travaillait pour une agence de voyages) après les auditions.

O’LIST était un musicien déjà réputé pour avoir joué avec le groupe THE NICE, un avantage non négligeable qui a été décisif quant au choix final de FERRY. Son jeu est très rock, incisif et énergique mais aussi délicat et parfois déchirant. Quant à THOMPSON, il apporte la puissance et la précision qui manquaient jusqu’ici, Cette prestation n’a rien à voir avec les démos : ROXY prend son envol sur le plan musical, auréolé des délires sonores d’ENO poussés à l’extrême sur Re-Make/Re-Model.

Cette performance radio est une première expérience vraiment palpitante qui témoigne de la force et de l’originalité des compositions toutes signées par Bryan FERRY. Le groupe est plutôt bon et les morceaux sont par ailleurs finement ciselés (le superbe Sea Breezes dans une version de huit minutes avec un final poignant de MACKAY). Cela s’explique par le fait que le groupe avait déjà acquis une assez bonne expérience de la scène grâce à un jeune agent Rod MC SWEEN, jouant dans des galeries, des universités, aux côtés de QUINTESSENCE, THE NOTHING HILL HIPPIES… Et même dans des clubs comme The Hobbit’s Garden, avec GENESIS le 7 décembre 1971 où le DJ de la soirée n’était autre que le légendaire John PEEL. Il avait auparavant écouté et aimé les démos du groupe. C’est ainsi que ROXY eut l’opportunité de passer à la radio alors que le groupe n’avait à ce moment-là ni management, ni contrat.

Le mois de février 1972 est décisif pour la carrière de ce groupe aux allures flamboyantes en signant avec EG Management (en 1970, c’est lors de son audition pour remplacer Greg LAKE en tant que chanteur de KING CRIMSON que Bryan FERRY rencontre les deux responsables de EG Management, David ENTHOVEN et John GAYDON). Il est alors décidé que l’album se fera avec Peter SINFIELD comme producteur, manière d’avoir en studio une personne d’expérience pour épauler le groupe. Le 14 février, c’est finalement Philip TARGET-ADAMS (prenant le nom de sa mère, MANZANERA) qui va remplacer O’LIST.

Depuis l’échec de sa première audition, Phil continuait de graviter autour de ROXY MUSIC. Pendant un temps, il tiendra le rôle d’ingénieur du son (en fait, dès Noël 71, pour des concerts à la “Tate Gallery”) et de roadie. Il les rejoindra pour des répétitions dans une maison à Notting Hill, alors qu’en fait il n’avait aucunement les compétences pour mixer le son du groupe. Il sera aidé par ENO. O’LIST, de son côté, était de plus en plus absent aux répétitions, ajoutant à cela des problèmes de drogue et même une altercation physique avec Paul lors de l’audition qui allait amener à la signature du fameux contrat avec EG Records.

De plus, il voyait d’un mauvais œil l’arrivée soudaine de MANZANERA à ce poste, soupçonnant ENO de comploter pour le faire quitter le groupe. Un jour de répétition, O’LIST manquant à l’appel, c’est finalement Phil qui va prendre sa place et de façon définitive ; son jeu de guitare impressionne le reste du groupe. ROXY MUSIC était enfin prêt pour de nouvelles aventures. Son premier concert avec ROXY MUSIC aura lieu le 18 février dans un pub à Olympia.

Le 3 mars, le groupe joue son dernier concert avec le bassiste Graham SIMPSON, qui semblait ne plus vraiment s’intéresser au projet (il était alors en pleine dépression), préférant le mysticisme et les religions orientales. Il partira notamment au Maroc. SIMPSON meurt en 2012.  Sur les conseils de SINFIELD, il sera remplacé par le talentueux Rik KENTON qui fera sa première apparition scénique pour leur premier festival (Great Western Express) le 27 mai, où le groupe fera sensation.  Quatre jours plus tôt, cet ancien vendeur de glaces participait à la deuxième Peel Session de ROXY MUSIC.

Mais avant ce changement de bassiste (et il y en aura beaucoup d’autres dans l’histoire de ROXY), le 14 mars marque le début de l’enregistrement de l’album aux Command Studios de Londres, avec l’aide de SINFIELD qui aura plus un rôle de soutien que de réel producteur. L’expérience des démos et surtout de la scène seront un atout pour le groupe qui va travailler rapidement : tout est bouclé en dix jours pour 70 heures de travail en studio, et le disque aura coûté 5000 livres.

Les 14 et 15 mars, le groupe enregistre Would You Believe ? et Ladytron. Le lendemain, c’est le titre Chance Meeting. Le 17, c’est If There is Something, et quatre jours plus tard, The Bob (Medley) ; 2 H.B. et Sea Breezes les 23 et 24 mars. Puis enfin, entre le 27 et le 29 mars, ce sont Re-Make/Re-Model et Bitters End. Il faut savoir que d’autres titres sont nés lors de ces séances en studio mais ils seront mis de côté pour de futurs albums : Grey Lagoons, The Bogus Man et Psalm. Le coffret propose de découvrir pour la première fois des out-takes de mars 1972, un petit plus pour les collectionneurs, manière d’entendre le groupe travailler en studio, comme si nous y étions, tous les morceaux qui vont composer l’album, y compris Virginia Plain. L’album sortira enfin le 16 juin 1972 sur Island Records, suite à un accord signé entre ENTHOVEN, GAYDON et la compagnie de disques.

Le succès de cet album est immédiat, recevant les louanges de la presse spécialisée (NME, Melody Maker). ROXY MUSIC devient le phénomène de cette année 1972. Leur musique est décrite comme à la fois moderne, intelligente, extrêmement variée, montrant le côté iconoclaste du groupe; ce qui était le but recherché par FERRY et ses complice: FERRY lors d’une interview disait : “There are lots of different directions there, and deliberatly so, because we never really did want to have one recognisable sound. Being elusive is one of the things we quite like, and being as varied as possible” (Both Ends Burning, Jonathan RIGBY, p.26) ; et puis surtout, cette musique n’hésite pas à évoquer  l’héritage musical passé. Les mini-solos sur Re-Make/Re-Model sont là pour le prouver : la guitare de MANZANERA rappelle le C’Mon Everybody d’Eddie COCHRAN, et la basse de SIMPSON, le Day Tripper des BEATLES. Pour MACKAY et FERRY, c’est respectivement une allusion à La Walkyrie de WAGNER et au grand pianiste Cecil TAYLOR.

Le 23 mai, ils enregistrent une deuxième Peel Session (BBC Sound of Seventies), normalement constituée de quatre titres (dont un Ladytron inoubliable et hypnotique), et diffusée le 23 juin. Seul la chanson Bitters End manque hélas à l’appel.

À partir du 27 mai, débute la tournée au Royaume-Uni qui va s’achever le 24 novembre. Les 25 et 30 juin, ils partagent la scène avec BOWIE & THE SPIDERS FROM MARS (Croydon) et Alice COOPER (au Wembley’s Empire Pool où The Gardian écrira que ROXY était à des années-lumière d’Alice), et de nouveau avec BOWIE à Londres (Rainbow Theater) les 19 et 20 août.

Entre temps, ils enregistrent une troisième Peel Session le 18 juillet où le groupe joue deux titres, Virginia Plain et If There is Something. Si cette dernière ne figure pas ici, nous pouvons la retrouver dans quelques bootlegs de 1990 (Chance Meeting-Flashback World Productions et When We were Young-Oh Boy). C’est bien dommage, car la version durait presque douze minutes !

Le 3 août, nous retrouvons ROXY pour le programme de la BBC In Concert. Le CD 3 nous fait découvrir cette performance live vraiment puissante avec The Bob, Sea Breezes, Virginia Plain, Chance Meeting et Re-Make/Re-Model. Nous regrettons cependant qu’elle soit incomplète avec l’absence du titre The Bogus Man Part II, en fait re-titré plus tard Grey Lagoons. Sachez tout de même que vous pouvez retrouver cette rareté sur le bootleg vinyl Better than Food (1975-Anti-Gravity Records). Et peut-être qu’elle sera incluse dans un coffret du même genre pour célébrer le deuxième album ? Qui sait !

ROXY MUSIC est en tous cas classé dans le top 30 dès la fin du mois de juillet. Bien sûr, ils n’échappent pas aux critiques. Il y a toujours les non-convaincus, remettant en cause leur authenticité ; il y a notamment les commentaires douteux du présentateur Bob HARRIS juste avant leur prestation de Ladytron pour le Old Grey Whistle Test le 20 juin (que nous retrouvons sur le DVD).

Toutes ces critiques ne disparaîtront pas avec le succès grandissant du groupe et la parution du single Virginia Plain le 4 août (chanson enregistrée entre le 10 et le 12 juillet aux Command Studios avec KENTON à la basse, et mixée les 17 et 18 juillet- La face B s’intitule The Numberer, une pièce instrumentale composée par Andy). Mais le plus important est que ces attaques n’empêcheront pas à ce single légendaire d’entrer dans le top 50, le 15 août… Ce qui permettra même au groupe de faire sa première apparition dans la célèbre émission Top of the Pops, le 24 août (également sur le DVD). Même si ENO fut énervé du fait que l’on filmait essentiellement ses mains et que MACKAY détestait cette émission, leur passage a véritablement marqué les gens.

À ce moment là, pour beaucoup, tout devenait possible ! Une telle diffusion à la télé a permis de faire connaître la musique et l’univers de ROXY MUSIC à une plus large audience ; ce qui aura aussi le bénéfique effet de “booster” les ventes de l’album. Et le single va atteindre la quatrième place dans le top 10, dès le 12 septembre.

Outre les passages à la télé cités auparavant, le DVD propose également la fameuse vidéo de Re-Make/Re-Model (en fait, c’est quasiment leur première vidéo promotionnelle) au Royal College of Art (6 juin), leur performance du 25 novembre (Full House) avec une version écourtée de Virginia Plain et Ladytron (ils joueront aussi For Your Pleasure et Grey Lagoons ; nous retrouvons par ailleurs cette performance en images, soit sur le DVD officiel The Thrill of it All, soit sur des DVD non-officiels comme The Life of Bryan ou A New Decade 72-82) et des extraits de leur concert parisien au Bataclan (26 novembre) et diffusés par l’émission Pop 2.

Entre le 7 décembre 1972 et le 4 janvier 1973, ROXY MUSIC entame sa première tournée américaine constituée de 24 dates. La légende ROXY est en marche. Et For Your Pleasure, le deuxième et dernier album avec ENO, chef-d’œuvre absolu sorti en 1973, nous le confirmera.

Ce premier album conserve toute sa force plus de 40 ans après sa sortie. C’est un album intemporel avec des chansons qui le sont tout autant, des classiques souvent repris au cours des décennies suivantes : TIN MACHINE, SIOUXIE, Franck BLACK et même MADNESS fera un hommage à la chanson 2 H.B. avec leur titre 4 B.F.

Cet objet pour les grands collectionneurs nous invite à retrouver cet univers teinté d’une ambiance glamour par sa pochette, par cette ambiance de fête que nous entendons au début de Re-Make/Re-Model (les bruits de verre, les gens qui parlent), le titre étant dérivé de Re-Think/Re-Entry (1962) de Derek BOSHIER, un artiste du pop art. Ce disque est un pot-pourri mélangeant différents styles : ROXY aborde la musique country/western avec If there is Something (où nous pouvons aussi entendre beaucoup de mellotron), le rock’n’roll avec Would You Believe ?, le doo-wop avec Bitters End, et l’ambiance très Kurt WEILL résonne sur Sea Breezes. Avec Chance Meeting, nous allons vers la musique concrète alors que sur 2 H.B., nous percevons des réminiscences de As Time Goes By.

Ladytron explore avec une intensité profonde le psychédélisme et la science fiction avec notamment ce que FERRY appellera “the haunted landscape theme” et cette incroyable intro mêlant le hautbois et le son du mellotron (l’intro très soundscape de la version démo est encore plus prenante). Et il y a ce final magistral avec MANZANERA qui montre de quoi il est capable avec une guitare électrique (qui prend de l’ampleur en live, notamment la prestation incendiaire du 25 novembre-Full House), soutenu par une section rythmique efficace. Par cette atmosphère très science fiction, ROXY MUSIC nous replonge dans ces films et ces classiques du genre comme It Come from Outer Space ou l’inoubliable Forbidden Planet.

The Bob (Medley) est sans doute le morceau le plus surprenant et le plus épique avec ses différentes parties musicales assemblées avec précision, ses collages sonores qui englobent beaucoup de choses : les sons drones d’ENO et ces autres sonorités du VCS 3 nous replongeant dans l’Angleterre dévastée en temps de guerre, ceux de MACKAY proches de l’univers de Glenn MILLER, les notes de piano très nostalgiques. Sur un texte romantique (le souvenir fragmenté d’un amour pendant la guerre, celle-ci étant représentée soniquement par les explosions et les bruits de mitraillettes), la voix hantée d’un FERRY mélancolique prend une tournure nettement plus dramatique, bien loin des jovialités vocales d’un Re-Make/Re-Model ou d’un Virginia Plain. Ce titre est également impressionnant lorsqu’il est joué lors de la première Peel Session (avec en intro cette sirène d’alarme, autre élément nous rappelant la guerre, des plus terrifiantes) !

Puis, il y a cette chanson, Virginia Plain, une de ces pépites “glam”. À la base, cette chanson ne figure pas sur l’édition anglaise de l’album (comme sur le coffret The Complete Studio Recordings qui regroupe tous les disques du groupe). C’est seulement sur l’édition américaine et plus tard sur la version CD classique que Virginia Plain est incluse entre If There is Something et 2 H.B.

Quant à Bryan FERRY, personnage central de cet ovni musical, il est magnifique et irréel. En plus d’être un compositeur impressionnant, il possède cette voix unique. L’album est traversé par ce chant très anglais, bien loin des chanteurs américains de l’époque, du rock et du blues, d’un Joe COCKER ou d’un Paul RODGERS.

L’essai de WILLIAMS et toutes les autres informations contenues dans ce fabuleux livre nous permet d’en apprendre davantage sur tous les protagonistes impliqués dans la réalisation de cet album, sur l’histoire et les débuts de ROXY mais aussi sur le disque lui même (ses chansons et ses textes).

Outre une dédicace à Susie CUSSINS et la liste des nom des responsables de la “cover art”, nous pouvions lire à l’intérieur du disque une “sleeve note” d’un certain Simon PUXLEY, diplômé de littérature anglaise, une connaissance d’Andy MACKAY lorsqu’il étudiait à l’université. Celui qui sera surnommé le Docteur, deviendra le consultant média du groupe et surtout un grand ami de FERRY. PUXLEY meurt en 1999. Le livre a eu la bonne idée d’inclure ses notes explicatives très intéressantes sur chaque composition. Cela permet de capter les innombrables secrets de ce disque, de décrypter les mystères qui parsèment les titres des chansons et aussi de voir la complexité et le double sens (Sur Chance Meeting et le passage de la robe rouge, “your red dress mine”) qui foisonnent dans les textes de FERRY.

Concernant la chanson d’ouverture, Re-Make/Re-Model, peut-être que certains d’entre vous ignoraient la signification de CPL953H. Il s’agit en fait de la plaque d’immatriculation d’une voiture appartenant à une fille qui avait tapé dans l’œil de FERRY au festival de Reading, une fille hélas qu’il n’a pas eu l’occasion de connaître mieux. Ce CPL953H sera de nouveau repris par Phil MANZANERA sur Numbers, un des titres de son album K-Scope (1978). Même FERRY proposera une nouvelle version (ainsi que d’autres morceaux de ROXY) sur son album solo, le fameux Let’s Stick Together, en 1976.

Et 2 H.B. est une référence à l’acteur Humphrey BOGART (et au film Casablanca), mais aussi au crayon pour le maquillage caractérisé par des symboles H, 2H, B, 2B, HB ; le symbole 2HB n’existant pas.

Au sujet du titre The Bob (Medley), PUXLEY fait notamment référence à la bataille d’Angleterre (Battle of Britain-1940) mais aussi, ne l’oublions pas,  à la célèbre coupe de cheveux… Vous verrez en lisant ces pages ; c’est vraiment passionnant. Nous nous immergeons complètement dans leur univers.

Cet objet vaut vraiment le coup ; il est esthétiquement beau (les photos sont sublimes) à l’image de tout ce qu’a pu représenter ROXY MUSIC et de plus leur musique n’a rien perdu de sa beauté. C’est indémodable, puissant, unique !

Avec ce premier album, FERRY (chant, piano, compositeur), MACKAY (saxo, hautbois), ENO (synthés, tapes), THOMPSON (batterie), MANZANERA (guitare), les bassistes SIMPSON et KENTON mais aussi tous les autres musiciens éphémères brillent pour toujours au firmament des étoiles. Viva ROXY MUSIC !

Cédrick Pesqué

Site : www.roxymusic.co.uk/

 

 

 

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