SALLY NYOLO – De Eyen-Meyong à Fébé

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SALLY NYOLO

De Eyen-Meyong à Fébé…

Après un long silence discographique, la chanteuse, multi-instrumentiste, auteur-compositeur, productrice et ex-ZAP-MAMA revient avec un sixième album somptueux.

sally_nyolo_la_nuit_a_febeEnregistré en partie au Cameroun, sur l’une des sept collines verdoyantes qui surplombent Yaoundé, ce nouvel opus chanté en eton, français et anglais reste profondément ancré dans les traditions rythmiques et vocales du pays. Accompagnée d’excellents musiciens dont le batteur ivoirien Paco SERY, la « reine » du bikutsi  («Frappons la terre de nos pieds») n’hésite cependant pas à s’écarter des chemins tracés. Elle s’accompagne elle-même du balafon mendjang, mêle le rythme emblématique des Béti avec celui de l’assiko voisin, des bruits de la nature et des brins de musiques actuelles. Elle s’autorise quelques duos savoureux (dont un avec GUIZMO du groupe TRYO) et dénonce la loi du talion, le mariage forcé ou les méfaits de la chirurgie esthétique avec une verve réjouissante.

Cette belle galette se termine de façon idéale parmi les pygmées Bokué.

Comment es-tu venue à la musique ?

Sally NYOLO : Je suis née dans le sud du Cameroun, en pays Eton, dans le petit village de Eyen-Meyong. Mes parents n’étaient pas musiciens mais mes tantes avaient une facilité déconcertante pour conter et chanter une situation, que ce soit une naissance, un deuil, une fête ou encore le travail aux champs et le lever du matin… Avec elles, j’ai appris à extérioriser des émotions par la musique et même rire d’une situation tragique.

Tu es venue en France à l’âge de 13 ans ?

SN : Oui, nous nous sommes installés à Paris.

A partir de l’adolescence, j’ai chanté dans plusieurs groupes puis j’ai été choriste de 1982 à 1994 avec TOURE KUNDA, PRINCESS ERIKA, le groupe SIXUN, Jacques HIGELIN et beaucoup d’autres…

Dans le même temps, j’ai composé la musique d’un feuilleton radiophonique (Le jeune Joseph) et interprété un titre pour le film Ashakara.

En 1993, j’ai monté mon propre orchestre, je me suis produit dans différentes salles parisiennes et j’ai même été invitée au festival Womad lancé Par Peter GABRIEL.

L’année suivante, j’ai enregistré sur son label Real World, un premier album de quatre titres.

Il y a eu ensuite la période ZAP MAMA ?

SN : J’ai rejoint la formation créée par Marie DAULNE très rapidement. Nous avions à peu près le même âge et l’envie commune de chanter et de partager. Ce n’était pas seulement du chant a cappella mais, au-delà de ça, une recherche plus générale sur la polyphonie. J’ai composé le titre Les Mamas des Mamas qui figure sur le deuxième album du groupe (Sabsylma).

Nous sommes restées ensemble pendant plusieurs années. Ce fut une belle aventure humaine.

Ton premier « vrai » disque solo (Tribu sur le label Lusafrica) est sorti en 1996 ?

SN : Oui. J’ai écrit et composé une grande partie des titres qui sont chantés dans ma langue natale (Eton). Il a reçu le prix Découverte 97 attribué par Radio France Internationale.

Il y a eu ensuite Multiculti (1998) qui est un peu la suite du précédent et où je chante en 6 langues.

En janvier 2000, mon troisième album (Beti) est un retour aux sources.

Grâce à Gérard PONT (NDLR : Fondateur avec Gérard LACROIX et Claude BERTRAC de l’agence Morgane Productions et actuel directeur des Francofolies de La Rochelle), j’ai eu l’opportunité de retourner au Cameroun. Nous sommes partis tourner un reportage (Notes de Voyage) filmé en forêt chez les Pygmées. C’était la première fois que je retournais au pays. Ce fut un choc émotionnel immense pour moi. J’y ai rencontré de nombreux musiciens traditionnels. Cela m’a permis aussi de redécouvrir de façon concrète le bikutsi.

Peux-tu nous parler de cette forme musicale dont tu es un peu l’ambassadrice ?

SN : C’est à la fois un rythme ancestral camerounais pratiqué par des femmes de l’ethnie Béti, une parodie des danses guerrières et une forme vocale qui dénonce les méfaits d’une société dominée par les hommes. Les villageoises formaient un cercle et venaient chacune à leur tour danser et chanter au milieu du rond en tapant du pied sur le sol, en claquant des mains et en chantant parfois en onomatopées leur vie quotidienne.

Plus tard, les hommes se sont appropriés le bikutsi en y ajoutant des instruments. Des artistes comme Anne-Marie NZIE ou LES TÊTES BRULEES l’ont modernisé et popularisé à travers le monde.

Pour moi, le bikutsi, c’est comme un journal quotidien chanté en 3/4 ou en 6/8. C’est à la fois ma vie personnelle, ma famille, mes voyages, mes expériences musicales…

Tu joues toi-même de plusieurs instruments traditionnels ?

SN : Oui, je m’accompagne avec un balafon mendjang, différent de ceux venus d’Afrique de l’ouest et de la harpe-cithare Mvet. Cette dernière est un instrument utilisé par les bardes et en même temps le nom d’une épopée dédiée aux Béti. Je suis assez fière d’être une des rares femmes à avoir appris à en jouer.

En octobre 2002 paraît Zaïone qui porte le nom de ton fils né l’année précédente ?

SN : Le disque comporte de nombreux duos avec des artistes comme Muriel MORENO (du groupe NIAGARA), Jean-Jacques MILTEAU ou ma copine camerounaise PRINCESS ERIKA.

En 2005, il y a eu la parution de mon cinquième album Mémoire du Monde, enregistré avec l’appui du guitariste Sylvain MARC. J’ai participé ensuite à une création de David MURRAY (Pouchkine) avant d’ouvrir au mois de juin de la même année un studio à Yaoundé.

Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à devenir productrice ?

SN : J’ai monté ma propre société (Tribal Production) afin de participer au développement de la scène musicale camerounaise.

J’ai commencé à faire des recherches d’artistes dès mon premier retour. J’ai par exemple rencontré le guitariste Lina SHOW et l’ambianceur Robert Ngwé PARFAIT à ce moment-là. Ce sont des artistes formidables mais aussi des personnes avec qui je m’entends très bien.

Un premier opus est paru fin 2006 : Sally Nyolo & The Original Bands of Yaoundé / Studio Cameroon. J’ai essayé de mettre à jour la grande richesse rythmique et instrumentale de ce pays multi-culturel…

Ton nouvel album (La Nuit à Fébé) est sorti récemment après plus de quatre années de silence discographique !

SN : Après mes projets de production dont je parlais, c’était le temps nécessaire pour composer et écrire de nouvelles chansons, les enregistrer et réaliser tout ce qu’il y a autour de la sortie d’un disque…

J’ai hâte de revenir sur scène, retrouver mon public et partager avec lui de façon festive ces nouveaux titres.

Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg

Site : www.myspace.com/sallynyolo

 Discographie :

1997 : Tribu

1998 : Multiculti

2000 : Béti

2002 : Zaïone (acheter le disque chez notre partenaire AKHABA)

2006 : Studio Cameroun

2007 : Mémoire du Monde

2011 : LA Nuit à Fébé

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