Sarah DAVACHI – Antiphonals

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Sarah DAVACHI – Antiphonals
(Late Music)

Sarah Caroline DAVACHI, née en 1987 est une compositrice canadienne de musique minimaliste électroacoustique pour laquelle elle joue de son instrument de prédilection, l’orgue et tous ses avatars : le grand orgue (pipe organ), l’harmonium (reed organ) l’orgue de salon et parfois l’orgue de barbarie.  Elle utilise en effet toute la panoplie de ces orgues anciennes qu’on trouve particulièrement dans les églises (elle en a inséré certaines en photos dans le livret de son coffret de 2019) mêlés à des synthétiseurs analogiques, des mellotrons, du piano un peu de voix et des instruments à cordes ainsi que des samples triturés et réenregistrés. 

Entre 2007 et 2017, elle a travaillé au sein du National Music Centre du Canada en tant que chercheuse spécialisée de leur collection d’instruments de claviers acoustiques et électroniques, élargissant ses recherches en Amérique du Nord et en Europe. Depuis 2013, elle approfondit sa démarche en utilisant la répétition, le silence et la durée au travers d’une œuvre qu’on pourrait qualifier « d’ambient drone music » mélangée à des couleurs, des sentiments, des sensations, des ambiances et des effets de références et révérences religieuses. 

Son double album Cantus-Crescent paru en 2019 est un parcours de performances live enregistrées notamment sur le grand orgue Van Staten (copie de celui de 1479) d’Amsterdam ainsi qu’à Copenhague et Londres. Ses trois dernières compositions ont fait l’objet d’un coffret de 4 CDs sur son propre label (Late Music fondé en 2020 avec un sous-titre un peu énigmatique : « Objects thrown into relief » comprenne qui pourra !) et donnent à écouter la continuité de sa démarche à résonnance moyenâgeuse (ou médiévale), la polyphonie et le chant choral tissant une harmonie soutenue par l’harmonium méditatif qui accompagne et enveloppe les morceaux en bourdon. 

Son dernier album, intitulé Antiphonals (soit « En contrechant » :  terme utilisé pour la musique chorale liturgique signifiant que deux chœurs chantent des thèmes différents qui s’imbriquent) sorti début 2021, explore des paysages sonores plus intimes et plus courts également, sauf Magdalena le « morceau de résistance » de 10’20 minutes avec son final saisissant. Sarah DAVACHI décrit cet album comme une suite à ses dernières compositions mais avec davantage de texture et de timbre ; les morceaux Chorus Scene et Abeyant (En désuétude), tous deux splendides et envoûtants,  faisant parfois penser de manière lointaine à certaines musiques d’ameublement d’Erik SATIE mais qui s’évaporeraient dans des vapeurs tremblantes. On est loin des musiques sourdes de Thomas KÖNER qui elles, creusent la drone music dans des recoins parfois tellement sombres et lugubres qu’on ne les entend plus guère. 

Ici, les morceaux courts et mélodiques sont agrémentés de mellotron, de voix lointaines et de pianos éparpillés. Tantôt proche de CLUSTER et de la sphère ROEDELIUS/ENO, tantôt des compositions majestueuses de Robert FRIPP sur sa collection de guitars and soundscapes :  Music for Quiet Moments  parues en coffret de 8 CDs cette année, cette musique nous emmène, nous embarque, nous emporte et nous plonge dans ce qu’appelle Sarah DAVACHI : « ses calmes forteresses de solitude ».

Monde tout à la fois des hautes sphères et des abysses,  l’album très maîtrisé laisse au loin les étiquettes faites pour décrire et rattacher ; il est en effet difficile pour l’écriture critique d’être à la hauteur de cette musique, le mieux étant de s’y laisser envahir (s’y laisser ensorceler) et comme le dit malicieusement Sarah DAVACHI : « I just like to be cocooned by sound ».

Xavier Béal

Page : Antiphonals | Sarah Davachi (bandcamp.com)

Label : Late Music

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