Steve HACKETT – The Night Siren

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Steve HACKETT – The Night Siren
(Inside Out Music)

L’œuvre de Steve HACKETT a toujours été marquée par une volonté de diversité musicale (rappelez-vous de la chanson Sentimental Institution en 1980 ou de l’album Till We Have Faces en 1984 avec ses percussions world). Et cette diversité sonore est encore plus prononcée sur ses derniers albums.

Ce désir d’embrasser diverses cultures, de les faire se rencontrer et fusionner, est un aspect important dans la démarche artistique actuelle de Steve.

Sorti en 2017, ce disque ne fait pas exception affichant pleinement ce multi-culturalisme tant souhaité. Les instruments utilisés à la fois modernes et traditionnels et les musiciens originaires de pays aussi lointains que La Palestine égrènent ici et là leurs petites particularités sonores et vocales dans l’univers prog’ rock du guitariste anglais. Avec The Night Siren, sa musique se veut être un message pour la paix entre les peuples.

Nous aimons énormément Steve HACKETT  mais, dès la première écoute, il y a quand même le risque de se poser des questions sur la qualité des chansons. Il n’y a pas cette magie des débuts, celle qui parsème Voyage of the Acolyte, Spectral Mornings ou Defector. Cependant, avec un peu de patience, nous arrivons à nous familiariser avec les mélodies et les musiques de ce disque. The Night Siren n’est pas un album si facile malgré son aspect assez commercial. Plusieurs écoutes sont donc nécessaires pour comprendre cet album et en capter l’essence.

Et avec de la chance, certains se laisseront happer par ces nouvelles compositions, possédant cette sincérité touchante propre à Steve HACKETT. Et puis tout de même, il y a ici et là ces solos de guitare que seul un musicien comme HACKETT est capable de livrer. Il reste un grand guitariste.

Si nous avons affaire principalement à des chansons (qui montrent encore une fois une intense collaboration entre Steve et sa femme Jo, sans oublier la participation de son claviériste Roger KING sur quelques titres), nous pouvons entendre deux pièces instrumentales de très bonne qualité et il est vrai que Steve est bien meilleur dans ce domaine que dans la concoction de chansons dont certaines sont parfois limitées.

Cela a été toujours son point fort et il nous le prouve encore ici avec le puissant et majestueux El Nino avec un jeu de guitare rapide et énergique ; et il y a ce trésor inespéré qui conclue le disque, intitulé The Gift (composé par Leslie-Miriam BENNETT et Benedict FENNER) avec un HACKETT merveilleux et mélancolique secondé par de soyeuses nappes de claviers ; il n’y a que lui pour nous émouvoir avec un jeu de guitare pareil. Dans un autre genre, il y avait aussi Gary MOORE, une légende comme il y en a plus, et qui était capable de faire pleurer sa guitare.

Qu’il s’élance dans du prog’ rock, de la pop, du folk ou qu’il privilégie des ambiances plus acoustiques (sur l’émouvant Other Side of the Wall), HACKETT est fidèle à lui-même en nous servant des compositions variées, originales et non dépourvues d’une certaine émotion (les très belles harmonies vocales sur Other Side of the Wall ou sur Inca Terra, les envolées fantastiques sur West to East).

Ses chansons qui peuvent aborder divers sujets (ses voyages au Pérou ou en Islande, les terreurs nocturnes enfantines), souvent en accord avec l’actualité dramatique (le thème des réfugiés sur Behind the Smoke), sont construites généralement en deux parties. Elles commencent par une partie chantée, généralement très simple, aux allures souvent un peu trop commerciales (Martian Sea, Fifty Miles from the North Pole, Anything But Love), puis changent de direction en proposant de longs développements instrumentaux aux contours labyrinthiques parfois impressionnants, où toute la puissance et la richesse de la musique se révèlent enfin (Behind the Smoke, Inca Terra, In the Skeleton Gallery).

Nous découvrons ainsi des titres aux ambiances variées, où tous les styles musicaux du monde dépassent les frontières sonores pour se retrouver unis par un même esprit de communion.

Il est difficile de parler d’une chanson en particulier parce qu’elles sont toutes imprégnées de cette nécessité quasi-vitale de piocher dans des genres différents… Au risque parfois de s’y perdre ! HACKETT privilégie la diversité au détriment d’une certaine cohérence musicale qui pouvait caractériser ses albums d’antan (Voyage of the Acolyte, Spectral Mornings, Defector, Highly Strung ou même plus tard Guitar Noir).

Ici, un certain effort est requis pour pouvoir assimiler les univers sonores multiples qui se télescopent aussi aisément.  Steve HACKETT nous offre un voyage sonique à travers le monde tout en nous posant des questions sur la situation de l’humanité touchée par le problème des réfugiés et des guerres incessantes.

Le rock côtoie ainsi des ambiances world (le côté flamenco sur Anything But Love, l’Amérique du Sud avec Inca Terra, l’Orient sur West to East, la musique celtique avec In Another Life où les cornemuses nous ramènent en des temps troublés qui ont marqué l’histoire de l’Écosse) et les instruments traditionnels (sitar, târ, didgeridoo, cornemuses irlandaises) rencontrent des plages orchestrales intenses et poignantes.

Cet album scelle la rencontre entre diverses cultures représentées notamment par la guitare électrique, le sitar indien, le charango péruvien ou le târ (luth) d’Azerbaïdjan. De même, le blues de Chicago (l’harmonica sur In the Skeleton Gallery), le didgeridoo australien, les cornemuses, les cuivres, les instruments à vent et les divers chanteurs, dont certains viennent de Palestine et d’Israël, envoient un message de paix, d’amour et appellent à l’unité face à un monde divisé et troublé.

C’est donc un album qu’il faut découvrir et apprécier à sa juste valeur même si, bien sûr, il n’égale pas ses albums des années 1975-1980. À ses côtés, nous retrouvons ses fabuleux musiciens qui l’accompagnent aujourd’hui sur scène (Nad SYLVAN, Roger KING, Gary O’TOOLE, Rob TOWNSEND), son frère John à la flûte, sa belle-sœur Amanda et son épouse Joanna dans les chœurs, mais aussi des invités comme Ferenc KOVACS du groupe hongrois DJABE, le batteur américain Nick D’ VIRGILIO et les chanteurs, aux superbes voix, Mira AWAD et Kobi FARHI.

Cédrick Pesqué

Site : www.hackettsongs.com/

Label : www.insideoutmusic.com/

 

 

 

 

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