TRAVIS & FRIPP – Between the Silence

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TRAVIS & FRIPP – Between the Silence
(DGM – Panegyric)

Partons pour une nouvelle escapade musicale dans un univers particulier, une sorte de musique de chambre ambient-électro-expérimentale-jazz, mêlant les soundscapes apaisants de Robert FRIPP et les instruments à vent (flûte alto et saxo soprano) de Theo TRAVIS.

Between the Silence est un rigoureux triple live, qui n’est pas facile d’accès pour ceux qui ne connaissent pas ce duo et leurs travaux en commun ; c’est une entrée directe  dans un monde de rêves pour certains, ou au contraire un supplice soporifique pour les autres. Disons le tout de suite, si vous n’avez jamais aimé les disques de TRAVIS & FRIPP,  il est logique que ce disque ne vous concerne pas. 

Nous avons ici réunis trois nouveaux enregistrements en public, succédant au Live at Coventry Cathedral (23 mai 2009) mais aussi au disque Discretion, qui regroupait notamment des enregistrements de concerts européens en 2010 (Madrid, Barcelone, Rome).

Le premier CD propose de retrouver le concert du 21 mai 2009 à Broad Chalke-All Saints Church. Il faut rappeler que cette performance était auparavant disponible sous la forme d’un double 33 t. (où figuraient aussi des titres du concert donné le lendemain à Bishop’s Cleeve). C’était une édition limitée à 70 copies via le label Tonefloat Records.

Les deux concerts suivants datent respectivement du 5 juin 2010 au Bath Festival (Spiegeltent) et du 16 juillet 2010 à Pittsville Cheltenham (All Saints Church).  Et c’est bien la première fois qu’ils apparaissent sur disque. Bien entendu, tous ces concerts étaient aussi disponibles en téléchargement sur DGM. Mais, pour ceux qui ne peuvent pas télécharger lesdits concerts sur le site,  c’est maintenant l’occasion ou jamais de compléter sa collection.

Le fait d’écouter ces trois concerts à la suite sera à n’en pas douter pour certains une épreuve légèrement difficile ; cependant, nous pouvons remarquer que chaque répertoire, même si nous n’échappons pas à des set-list aux contenus assez similaires, n’hésite pas à proposer des versions parfois différentes, soit plus courtes, soit plus longues, comme par exemple Duet for the End of Time ou Blue Calm. Cela nous permet de ne pas tomber dans cette impression d’écouter toujours les mêmes choses… Parce qu’au final, nous connaissons déjà la plupart de ces morceaux, entendus sur les précédents disques, Thread (Pastorale), Discretion et surtout Follow  (Dark Clouds, When the Rain Falls, Rotary Symmetrical).

Cependant, nous prenons toujours un réel plaisir à redécouvrir leur reprise étonnante de Moonchild de KING CRIMSON (revisitée à la sauce FRIPP & TRAVIS avec des interventions guitaristiques saccadées impressionnantes et de beaux soundscapes) et des passages improvisés comme le Bath Improv qui termine le CD 2. Et puis, il y a aussi, en introduction du troisième concert, cet autre extrait de KC, The Power to Believe, dont nous reconnaissons bien le thème principal. Ils offrent une courte et belle version mettant en avant Theo TRAVIS, soutenu par de discrets soundscapes, enchaînant ensuite avec Pastoral, léger et aérien où FRIPP crée des sons merveilleux.

Sinon,il y a toujours des moments très émouvants : notamment le Duet for the End of Time, qui reste l’exemple le plus révélateur où se conjuguent superbement une mélancolie ambiante et des envolées qui doivent certainement prendre toute leur ampleur lorsque nous assistons à ce genre de concerts dans un endroit comme une église. Le caractère sacré, à la fois du lieu et de la musique, prend  ici tout son sens. Pour apprécier cette musique, il faut juste se laisser porter par ces soundscapes fragiles et délicats.

Mais il est vrai que cette musique (les soundscapes) est très statique, marquée par un étrange sentiment d’immobilité, de suspension du temps, où viennent s’ajouter les interventions aux multiples facettes de TRAVIS, dont le jeu  est à la fois évanescent, solennel, lancinant, aérien ou parfois plus espiègle.

Rares donc sont les passages, disons plus rageurs, plus propices au chaos, où FRIPP s’élance dans des interventions agressives, comme si la guitare était prise d’une folie crimsonienne soudaine : il y a ce Rotary Symmetrical, complexe, désordonné et légèrement dissonant, et un délirant Bath Improv avec un FRIPP toujours aussi imprévisible et un  TRAVIS tout aussi excité.

Between the Silence s’adresse aux fans absolus. Ce triple CD ne propose pas vraiment grand-chose de plus, surtout si vous possédez déjà tous les autres disques. Mais, ce document est marqué par des instants d’émotion rare, de belles interprétations du répertoire crimsonien et cette sensation particulière d’écouter une musique aux couleurs diverses, qui touche au sacré, au divin, qui appelle au bien-être, ou au contraire nous précipite dans une  profonde solitude, si ce n’est dans un tourbillon de folie au gré des quelques soubresauts apocalyptiques, électriques et furieux. 

Malgré tout, il faut admettre que ce duo n’a pas la puissance émotionnelle de ce qu’a pu faire Robert FRIPP en solo, les années passées. Il manque ce côté visionnaire qui marquait les frippertronics, et cette beauté lumineuse des soundscapes. C’est parfois un peu trop soporifique. Between the Silence, même s’il possède un charme évident, n’a pas l’intensité d’un Blessing of Tears ou d’un Love Cannot Bear.

Cédrick Pesqué

Site : www.theotravis.com

Label :   www.dgmlive.com

 

 

 

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